Bienvenue à tous!

Dans nos vies parfois compliquées et dans un monde qui s’emballe, l’Eglise est un lieu où nous pouvons poser notre sac, accueillir la paix qui nous est sans cesse offerte, puiser à une source d’eau vive intarissable et reprendre notre chemin allégé et confiant.

Un lieu où nous pouvons recevoir et partager avec d’autres une parole qui nous met debout, nous (ré)-oriente, donne une direction à notre vie, nous appelle à changer le monde.

L’Eglise protestante unie du Saint-Esprit vous propose de venir faire une halte rue Roquépine :

  • lors des cultes dominicaux ou de semaine qui, cette année, seront assurés par plus d’une vingtaine de pasteurs ou de prédicateurs laïcs,
  • au moment des rencontres bibliques, du mercredi soir autour d’un dessert, et en journée avant le culte du vendredi,
  • le mardi midi à l’écoute d’un invité,
  • le dimanche matin à l’occasion des récitals d’orgue,
  • en chantant dans le chœur Per Cantum ou dans la Maîtrise,
  • en contribuant aux activités diaconales,
  • en participant à l’accueil, à l’organisation,

en étant tout simplement là.

Ce lieu est votre maison. Il vous attend.

Marc 6, 30-34 – Jésus est ému par la foule

Dimanche 19 juillet 2015, par le Pasteur B. Hollard-Beau

Lectures

Ephésiens 2, 13-18

Mais maintenant, en Jésus-Christ, vous qui autrefois étiez loin, vous êtes devenus proches, par le sang du Christ.

Car c’est lui qui est notre paix, lui qui a fait que les deux soient un, en détruisant le mur de séparation, l’hostilité. Il a, dans sa chair, réduit à rien la loi avec ses commandements et leurs prescriptions, pour créer en lui, avec les deux, un seul homme nouveau, en faisant la paix, et pour réconcilier avec Dieu les deux en un seul corps, par la croix, en tuant par elle l’hostilité. Il est venu annoncer, comme une bonne nouvelle, la paix à vous qui étiez loin et la paix à ceux qui étaient proches ; par lui, en effet, nous avons les uns et les autres accès auprès du Père, dans un même Esprit.

Marc 6, 30-34

Rassemblés auprès de Jésus, les apôtres lui racontèrent tout ce qu’ils avaient fait et tout ce qu’ils avaient enseigné. Il leur dit : Venez à l’écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu. Car beaucoup venaient et repartaient, et ils n’avaient pas même le temps de manger.

Ils partirent donc dans le bateau pour aller à l’écart, dans un lieu désert.

Beaucoup les virent s’en aller et les reconnurent ; de toutes les villes, à pied, on accourut et on les devança.

Quand il descendit du bateau, il vit une grande foule ; il en fut ému, parce qu’ils étaient comme des moutons qui n’ont pas de berger ; et il se mit à leur enseigner quantité de choses.

 

Prédication

Voici quelques versets du début de  l’évangile de Marc, qui précèdent le fameux récit de la multiplication des pains.(section des pains)

Très émouvants versets qui font partie de ces quelques passages bouleversants de l’Evangile,, car l’on apprend que Jésus est bouleversé également, il est dit : « ému aux entrailles » .

Il faut savoir que Jésus est toujours bouleversé dans l’Evangile pour des situations qui concernent des personnes autour de lui, qui sont dans des situation de détresse ou de mort …. Cette situation le renvoie alors à sa propre mort ; il est alors ému aux entrailles, dit le texte grec ; c’est le mot réel de la ‘compassion’.

Alors pour que Jésus soit bouleversé ainsi, on s’attendrait à ce qu’il pressente un danger terrible. Et qu’apprend-on ?

Que si Jésus ressent ce malaise, c’est que la foule dont les disciples s’occupaient, soignaient,  Jésus la trouve « instable ».

Le rédacteur dit même qu’elle est ‘sans berger’.

Cette foule à l’allure de moutons représente les non-croyants, les païens, ou selon d’autres avis : les premiers chrétiens dans leur Eglise qui se comportaient mal. Ils n’attendaient que des miracles et avaient un comportement personnel et hostile : « l’inimitié » qu’évoque Paul dans l’épitre aux Ephésiens .

En tout cas, ils sont dans le texte, comme des ovins, dira J. Calvin, des moutons de panurge…

Et savez vous ce que sont des moutons de panurge ?

Cette expression vient du Quart Livre de Rabelais, écrit en 1552, temps de J. Calvin, …..

Panurge était le compagnon de Pantagruel, homme assez malin. Il est embarqué sur un bâteau, et il se dispute avec un dénommé Dindenault, pour une affaire de marché.  Pour s se venger, il lui achète sur ce bateau, la plus belle bête de son troupeau ;  une fois achetée il la jette à la mer.  Tout le troupeau va suivre …

C’est exactement la situation que l’évangéliste  Marc va décrire (Matthieu également): cette foule instable courre et va n’importe où : elle « accourait ensemble » (sunedramon ) en grec.

Alors  je ne sais pas si vous avez eu l’occasion de courir ensemble : ce n’est pas très facile. Cela peut-être  même très dangereux, si l’on hésite, si l’on ne va pas à la même vitesse, ou si l’on tombe, on peut être bousculé, même piétiné, et surtout, dans le même élan, on peut entraîner d’autres, qui n’ont rien demandé.

Dans un mouvement de troupeau  n’y a plus alors de discernement individuel , on peut être entraîné sans le vouloir dans  une situation non contrôlée,  qui peut faire tomber d’autres.

Cette foule sans discernement, instable, qui le dérange touche alors de très près Jésus, et pour cause : c’est cette foule sans berger, qui dans ces mêmes conditions, réclamera à grand cris qu’on crucifie Jésus.

C’est cette foule sans berger, sans foi, qui va être homicide. Son manque de discernement va entrainer la mort de Jésus. Et s’il s’en émeut aux entrailles, c’est que ce manque de discernement peut aussi entraîner avec la mort d’autres personnes.

Alors, il est vrai que ce phénomène grégaire  a toujours existé, existe tout à fait aujourd’hui  également. Il est parfaitement repérée en sociologie :

Il porte un nom précis : « la preuve sociale » .  Cette expression définit l’individu qui ne sait pas quoi « faire ou penser », qui  a une tendance naturelle à adopter le point de vue des autres, il s’agglutine près d’eux.

Un exemple de « preuve sociale «  assez courant consiste en l’attitude de celui qui cherche un restaurant,  une religion, ou un lieu de culte ….. Il ira le plus souvent dans un lieu qu’il n’aurait pas choisi d’emblée, mais où il y aura beaucoup de monde..

La preuve sociale, c’est par conséquent, le fait d’aller dans le sens du troupeau, sans se consulter soi-même avec discernement … Pour le choix d’un restaurant, ce n’est pas grave, mais cela peut être dangereux dans d’autres situations où il faut réfléchir en son âme et conscience et non en troupeau, avec « preuve sociale ». L’actualité nous le rappelle lorsque nous voyons des situations de populisme,  ou de radicalisme terroriste, ou autres …..

 

Alors ce qu’il y a d’extraordinaire dans notre récit, c’est que, si l’on regarde de près, en son  début, Jésus donne un contrepoint à l’attitude du manque de discernement, de cette foule qui courre ensemble sans berger (preuve sociale).

Quel est ce contrepoint ?

Ecoutez -bien,  ce sont les seules paroles de Jésus du texte (qu’il dit aux disciples)  :

Venez-vous vous autres, à l’écart, dans un lieu  désert, et reposez-vous un peu

Ce n’est pas une expression dite à la légère. Chaque mot est important.

-D’abord dans le texte  grec, il y a cette insistance : venez vous-mêmes , ou traduit aussi comme venez  « vous-autres »,  comme s’il fallait ce temps singulier d’interrogation personnelle pour être autre, pour être ‘soi-même’ …

-Et puis, venir à l’écart.. Cela est important. Cette mise à l’écart de la foule, cet écart de soi, est le contraire de la posture grégaire du mouton de panurge….

-Et la plus importante, mais qui va avec : ‘dans un lieu désert’. Le lieu désert, eremia  en grec,

mitbar  ou  en hébreu, vient de Rhema (grec) et de dabar ( hébreu), la Parole :

le désert est un lieu qui se situe à travers la PAROLE DE DIEU.

Alors voilà ce que Jésus invite à faire pour éviter l’instinct grégaire: se retrouver au désert à l’écart et prendre le repos nécessaire pour recevoir la simplicité de la Parole de Dieu.

C’est ainsi qu’on peut retrouver le berger qui est le guide  et qu’on se retrouve  soi-même. C’est ainsi qu’on  retrouve la Parole de Dieu qui mène toujours vers la LIBERTE….

Cette Parole  dont Luther disait dira dans  ‘La liberté du chrétien’, « qu’on a que cela ».

C’est cette Parole de Dieu révélée par les prophètes, que Jésus  a citée au moment de sa tentation dans le désert, et qu’il a pu trouver ; Parole qui est bien plus que la nourriture terrestre, ‘L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu’.

Cette seule Parole sera Christ la Parole. Jésus sera le «  berger » de la Parole , conduisant vers la Parole de Dieu, là où Moise, lui n’a pas su mener le peuple, ( même si Josué qui a le même nom que Jésus,  lui , saura mener le peuple…)

Jésus le Christ sera le berger de cette Parole de Dieu, qui va permettre aux disciples (qui avaient pas de temps de manger ni de boire)  d’enseigner, de guérir, de remettre en vie , de nourrir le peuple. (récit  juste avant la multiplication des pains).

Jésus sera le berger de la Parole pour un  peuple sans berger. Il leur enseignera la vie et la vérité, avant de leur DONNER SA VIE , afin que le peuple ne meure pas….

Jésus sera le berger qui mènera les disciples et le troupeau, leur  indiquant que chacun, comme lui l’a fait au désert,  doit apprendre et à la recevoir en se mettant à l’écart, dans un lieu de l’Esprit ; lieu intime de la rencontre, désert, prière  où l’on retrouve la force de Dieu, rencontre qui nourrit qui donne force, confiance, discernement personnel. La Parole de vie.

 

Alors  mes amis,  au moment de l’été, j’ai confiance en cette possibilité pour chacun de trouver la Parole. Le désert pour retrouver le Sens, retrouver le Berger, le seul vrai Pasteur, et après se retrouver soi-même.  Certains vont se disperser, d’autres resteront, là. Certains se déplaceront géographiquement,  d’autres  non. Peu importe, le déplacement géographique, pour la mise à l’écart et se remettre à la Parole, ce n’est pas l’essentiel .

Une  mise au désert de soi en revanche, est bénéfique, pour aller vers « soi-même », être  « nous autres », en prenant le temps de l’écoute, du recueillement, du repos.

Oui, c’est dans ce REPOS  de soi, donné,  demandé par Dieu, cette pause en Dieu en son repos, que nous pouvons retrouver la force  de ne pas COURIR ensemble, mais de CONSTRUIRE  ensemble, menés par le Seigneur, qui nous enseigne non pas ‘l’inimitié’, mais l’amour, la vérité  et la VIE. LA vérité est toujours vivante.(et non la preuve sociale).

Du  repos pour se refonder, se nourrir, avant de nourrir d’autres, qui n’attendent que ce geste .

Jésus va dire aux disciples juste après : donner vous mêmes à manger. Mais pour cela ne faut –il pas s’être nourri soi-même par le Berger ? Ne pas se tromper de Berger.…

Alors oui, allons nous mettre à l’écart au désert, avant de nous retrouvrer…

Théodore Monod nous disait souvent en famille : Vous parler du désert , mais pour parler du désert,  ne faut –il pas d’abord commencer par se taire pour entendre la Parole, Jésus– Christ .

 

Amen