Gloria de Vivaldi par le Choeur Per Cantum

Dimanche 8 février & Lundi 9 février 2015
18H 20H30

GLORIA DE VIVALDI
Pour solistes, choeur et orchestre,
DIXIT DOMINUS d’Alessandro Scarlatti
MISERERE d’Antonio Lotti

Choeur & Ensemble Instrumental
sous la direction
d’Etienne LESTRINGANT
avec
Anne-Emmanuelle DAVY Soprano

Florian HILLE Baryton
Leila BENHAMZA  Mezzo

Laure SLABIAKAlto

Sandrine MALLET, 1er violon
Delphine LHERBIER, orgue

EGLISE PROTESTANTE UNIE DU SAINT ESPRIT
5, rue Roquépine 75008 PARIS
Métro : St Augustin, Miromesnil

Billet pris à l’avance : 20€  Achat par mail : percantum@bbox.fr
Moins de 26 ans: 15 €

Vente sur place¾ H avant le concert : 25€

Placement libre

En collaboration, pour le prêt d’instruments, avec l’ARIAM Ile-de-France
(Région Ile-de-France – Ministère de la Culture”).

Soirée oecuménique – rencontre réflexion spiritualité

L’icône, l’empreinte et la Trace
Jeudi 22 janvier 2015 à 20h
Au Temple du Saint-Esprit
Suivi d’un verre de l’amitié

 

Invités :
Philippe Malgrouyres, conservateur au Louvre
Olga Medvedkova, spécialiste chercheur au CNRS sur les icônes, auteur de nombreux ouvrages, dont Les icônes en Russie, ed. Découvertes Gallimard.
Animé par le pasteur Béatrice Hollard-Beau

Marc 1, 9-11 – Le baptême du Christ

Dimanche 11 janvier 2015 – par le Pasteur Béatrice Hollard Beau

 

En ces jours-là Jésus vint, de Nazareth de Galilée, et il reçut de Jean le baptême dans le Jourdain. Dès qu’il remonta de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre vers lui comme une colombe. Et une voix survint des cieux : Tu es mon Fils bien-aimé ; c’est en toi que j’ai pris plaisir.

 

Amis, frères et soeurs, ne cherchez pas chez les maitres italiens ou flamands de la renaissance,  une peinture du baptême de Jésus, fidèle au récit que nous venons d’entendre.  Vous n’en trouvez pas. Chez Verrochio,  Philippo Lippi ou le Titien, vous serez surpris de la finesse des traits personnages ou de la transparence des eaux baptismales,

 

mais, vous n’y trouverez pas le texte de  Marc, qui ouvre un chemin profond et spirituel à l’homme, CAR pour être fidèle au MESSAGE biblique, il aurait fallu en premier que le peintre méditât sur le récit, et eut ressenti comme expérience spirituelle la force de l’Esprit au baptême,

et cela, pratiquement seul celui qui prie et peint en icône, peut le transmettre. Pas  même les mosaïques de Ravenne du VIème siècle ; elles ne le rendent pas.

Certaines icônes, comme celles du Monastère Sainte-Catherine du Sinaï, en Égypte, témoignent de cette force ultime de l’Esprit, essentielle au baptême, transmise par Dieu à Christ et par Christ au chrétien en son baptême, naissance de sa vie spirituelle .

 

Alors, c’est vraiment gracieux que ce texte,  soit texte du jour, avec cette actualité lourde mais surtout ,jour de 2 baptêmes.

En effet le baptême du Christ est un événement crucial. Plus important qu’une naissance, il est une mise en VIE avec un grand V, vie éternelle qui touche chacun .D’ailleurs il faut savoir que jusqu’au 4ème siècle, dans le christianisme, on ne fêtait pas la naissancede Christ, NOEL, mais son   baptême (1ère théophanie)qui était sa vraie NAISSANCE :Jésus est immergé  dans l’eau, RE-NAITpar l’ESPRIT dans l’eau de la VIE,  et cela préfigure la Croix et la Résurrection. De plus ce récit est l’appellégitimeoù DIEU  appelle Jésus son fils  bien aimé. ill’adopte et lui envoie  l’Esprit.

 

Mais pour le savoir, devant l’arianisme qui affirmait que Christ n’était pas DIEU, seulement adopté, il a fallu, redonner de l’importance au récit de Noël, la naissance qui montrait que Jésus était bien né de l’Esprit, de mère vierge couverte de l’Esprit ;  et on a un peu mis de côté le baptême du Christ . Sauf les orthodoxes c’est vrai le fêtent davantage.

 

Le baptême du Christ est donc très important  pour le chrétien, car il préfigure son propre baptême. Baptême qui le délivre du péché, c’est à dire de sa pauvreté humaine,  loin de Dieu , loin de l’amour et de la foi.  Par l’Esprit Saint le chrétien Reçoit la VIE. Il s’incorpore (ditCalvin) à la vie de Christ.Plongédans l’eau de la mort du Christ  eten ressort VIVANT de la VIE deChrist début de sa vie  éternelle.

Et cette  icône  d’influence byzantine du monastère  Sainte –Catherine montre la force de l’Esprit dans le baptême de Christ, que l’on retrouve dans la vie chrétienne.

 

Elle le montre par3 détails particuliers à elle, qui donnent une belle compréhension du récit.

 

-En tout premier sur cette icône: on voit comme un TRAIT ROUGE qui marque une TRACE qui relie Dieu à CHRIST, c’est l’ESPRIT DIVIN. (en fond, axe du livre de l’AT, et tables de la loi).Ce trait descend du ciel etdéchire ce ciel en 2 parties : L’auteur (chypriote) donne une importance cruciale à ce 1erverset : il vit les cieux se déchirer. C’est le verbe Skizein,  en grec qui a donné, le mot : ciseau, , schisme.  Le TRAIT relie,  mais marque  aussi une DELIMITATION : A partir de ce baptême de Christ, la TRACE de L’ESPRIT (donné à la Pentecôte)  :le temps est scindé , rien  ne sera plus jamais comme avant :  Par l’Esprit,siChrist reçoit la vie, le chrétien reçoit la VIE également .

 

Mais ce qui est important, c’est de voir comment Jésus reçoit cette vie ?

Il reçoit ce Trait rouge de l’Esprit qui RELIE: en REMONTANT  de l’eau ,de la coupe (à l’envers) de la souffrance et de la Croix il reçoit l’Esprit de PAIX  et de  Résurrection.

 

Ceci veut direaussi pour le chrétien qu’il y a une PROMESSE de VIE. On la reçoit, parfois, de REMONTER de l’échec et de la Souffrance. Il y a à ce moment là RENCONTRE  de Dieu et de l’Esprit . Lesévènements de la vie  tendent vers la vie et passent parfois par la Croix. Comme la Résurrection passe par la Croix.

Cela demande d’accepter ce temps de Dieu et d’espérer de la vie .

Les choses commencent parfois à être inanimées avant d’être de la VIE.

 

Le  professeur A. Carpentier fondateur de Carmat, et du  cœur artificiel, (protestant)

écrivait tout début janvier  justement qu’il était très difficile de faire admettre que la VIE réussite venait de l’échec. C’est une question spirituelle de le comprendre .

Il dit aussi que leprincipe de PRECAUTION, qui refuse l’echec, est utile ,maisparfois trop fort en France. Il empêche parfois la vie de la science, et la vie tout court.

 

 

-Le deuxième signe visible sur cette icône est la COLOMBE.  Une colombe qui est peinte de manière particulière : D’abord Christ la regarde, ce qui n’est pas le cas de beaucoup de peintures, mais surtout , mais surtout, elle figure sur le trait rouge de l’Esprit.

 

SA place  donne sens au texte , Christ ne voit pas une colombe, il voit l’Esprit COMME une colombe. La paix est liée à l’Esprit (au trait rouge).Il voit l’Esprit comme une LIBERTE  au moment où  il ressort de l’eau de la VIE. Et qu’est ce que la liberté, c’estla VIE qui domine sur tout:Sur sa peur, sur sa souffrance, sur la mort, sur ce que l’autre pense sur vous.

Dans ce baptême du Christ, la liberté de l’Esprit lui est donnée par Dieu.

 

Pour le chrétien ,cette force de la LIBERTE, qui fait que la VIE passe au dessus de tout, la souffrance et de la mort, n’est pas une liberté DONNEE par SOI-MËME comme on l’entend aujourd’hui, elle n’est pas un dû, elle est RECUE c’est LA GRACE. Elle est divine.

C’est une LIBERTE reçue à grand prix. C’est le Christ qui s’est donné.

Christ est ce don de la colombe, ce don de la grâce et de la paix, ce don de vie ,et la liberté que chacun peut vivre,  cette force. Il est le « je suis » de la colombe.

Oui, cette colombe posée sur le trait rouge nous le dit n’a pas de limite. La liberté n’a pas de limite . C’est elle qui permet d’avoir la parole franche , la Paressia, de créer d’inventer et d’AFFIRMER  notre liberté, et de ne pas avoir peur de notre monde.

 

La colombe de liberté de l’Esprit  est chère au protestantisme, mais le pense à une sculpture de Chillida (catholique) . Elle est  forme d’ailes Espace pour l’Esprit  (elle est une pièce maitresse du Musée  Gughenheim de Bialbao , ( crée pour son exposition ; existe t-il des limites à l’esprit ). Elle se souvient de la colombe et de la vie de l’Esprit. Chillida dit qu’elle (la liberté )nous dépasse tant, et qu’elle demande d’avoir conviction totale en la Vie, et de ne céder à sa peur.

 

-Enfin le  troisième signe sur cette toile, est peut –être le  plus fort. Sur cette icône, le Christ est NU.  C’est très rare, normalement, il a un pagne.Cette nudité de Christ au baptême, indique que la vie de l’Esprit nous rejoint  dans ce lien de vie du trait rouge et nous RELIE à Christ dans sa pauvreté, il nous donne sa Résurrection.

 

Mais ce n’est pas tout : il est nu avec un corps  androgyne, « homme et femme ».

Et cela c’est extraordinaire, car cela dit que la nudité de Christ est celle de TOUS :  les hommes et des femmes.

Nous somme « LUI », quand nous sommes unisdans notre pauvre humanité,

mais nous sommes ‘LUI » aussi quand nous sommes liés à  SA Vie.

Et comment la reçoit –on cette vie nous aussi ? Quand on fait acte  de nudité, d’HUMILITE , et quelque fois quand on PLONGE.

 

On rejoint la vie de l’Esprit, la GRACE quand on se retrouve devant Dieu en humilité en demandant pardon aussi, DEVANT LUI : CORAM DEO  dit Luther, se disant juste et pécheur . C’est aussi cela vivre son baptême dit Luther.  Ainsi REMONTE-t-ON, reçoit-on la vie de Dieu, ainsi devient on frères et sœurs, dans cette communion vie que Christ a partagé avec nous-mêmes.

(Quand ça ne va pas,  il faut tous aussi vivre son baptême, dans cette nudité.  C’est à partir de cette nudité que nous pouvons recevoir la force de la Création de l’Esprit.). Là est le lieu de toute création.

 

Je souhaiterais terminer en disant, que peut –être que tout cela et même que l’icône pourrait se résuméer en une Parole de Paul : « Le Seigneur est l’Esprit , et là om est l’Esprit , là est la liberté. » 2 Cor, 3 , 17.

 

A nous de nous en saisir, A nous de créer d’accueillir en TOUS l’Esprit du Dieu vivant et de REFUSER tout ce qui refuse la VIE au nomde toute idéologie, au nom de toute religion A nous de refuser toute fausse liberté .

A nous avec la force de l’Esprit et de nous RELIER avec ce fil rouge de l’Esprit en communion entre  frères et sœurs, avec nos baptisés, en Jésus-Christ né de l’Esprit.

Amen

Matthieu 25, 14-30 – La parabole des talents.

dimanche 16 Novembre 2014 – par le Dr Jean VITAUX

 

14Il en sera comme d’un homme qui, sur le point de partir en voyage, appela ses esclaves et leur confia ses biens. 15Il donna cinq talents à l’un, deux à l’autre, et un au troisième, à chacun selon ses capacités, et il partit en voyage. Aussitôt 16celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla les faire valoir et en gagna cinq autres. 17De même, celui qui avait reçu les deux talents en gagna deux autres. 18Celui qui n’en avait reçu qu’un alla faire un trou dans la terre et cacha l’argent de son maître. 19Longtemps après, le maître de ces esclaves arrive et leur fait rendre compte. 20Celui qui avait reçu les cinq talents vint apporter cinq autres talents et dit : Maître, tu m’avais confié cinq talents ; en voici cinq autres que j’ai gagnés. 21Son maître lui dit : C’est bien ! Tu es un bon esclave, digne de confiance ! Tu as été digne de confiance pour une petite affaire, je te confierai de grandes responsabilités ; entre dans la joie de ton maître. 22Celui qui avait reçu les deux talents vint aussi et dit : Maître, tu m’avais confié deux talents, en voici deux autres que j’ai gagnés. 23Son maître lui dit : C’est bien ! Tu es un bon esclave, digne de confiance ! Tu as été digne de confiance pour une petite affaire, je te confierai de grandes responsabilités ; entre dans la joie de ton maître. 24Celui qui n’avait reçu qu’un talent vint ensuite et dit : Maître, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes où tu n’as pas semé, et tu récoltes où tu n’as pas répandu ; 25j’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre : le voici ; prends ce qui est à toi. 26Son maître lui répondit : Esclave mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne où je n’ai pas semé et que je récolte où je n’ai pas répandu ? 27Alors tu aurais dû placer mon argent chez les banquiers, et à mon arrivée j’aurais récupéré ce qui est à moi avec un intérêt. 28Enlevez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents. 29— Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on enlèvera même ce qu’il a. — 30Et l’esclave inutile, chassez-le dans les ténèbres du dehors ; c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents.

 

Deux évangiles synoptiques seulement, inspirés par la source Q (Quelle, source en allemand), rapportent la parabole des talents, Matthieu et Luc où elle est appelée parabole des mines. Les mines et les talents étaient des monnaies en usage chez les grecs. Mais la tradition a surtout retenu la parabole des talents, car, en français au moins, talent a un double sens : la monnaie grecque et les dons naturels. Le talent, comme la mine étaient des monnaies de très grande valeur, correspondant en Israël au temps de Jésus à 35 kg d’argent, soit le salaire d’un homme pendant 20 ans. Les deux sens du mot talent en français ont cependant la même étymologie, la traduction latine du mot grec, talentum, dont le sens symbolique a pris le pas sur le sens monétaire originel, sans doute à cause de cette parabole. Jean Calvin a interprété le mot talent à la fois comme les dons naturels et les dons du Saint-Esprit.

Si l’on prend dans cette parabole, le mot talent au sens littéral, elle parait inhabituelle dans les paroles de Jésus : les bons serviteurs ont fait fructifier l’agent de leur maître, le mauvais serviteur l’a enterré dans la terre et l’a rendu intact ; la maître lui répond : « Alors tu aurais dû placer mon argent chez les banquiers, et à mon arrivée j’aurais récupéré ce qui est à moi avec un intérêt ». Voilà un plaidoyer pour le capitalisme et la finance qui nous paraît inhabituel dans la bouche de Jésus, lui qui a chassé les marchands du temple.

Alors comment faut-il lire cette parabole si célèbre ? Plusieurs éléments nous permettent de répondre : d’abord, cette parabole est située immédiatement avant l’explication de Jésus sur le Jugement dernier, dernier chapitre avant la Pâque et la passion. Ensuite Jésus se compare au moissonneur, qui est une métaphore du Jugement dernier.

Revenons au texte et comparons-le avec celui de Luc. Chez Matthieu, le maître donne  une somme différente à ses trois esclaves : cinq, deux et un talent, alors que chez Luc le maître donne-la même somme à dix esclaves, mais ne parle qu’à trois d’entre eux. Dans les deux évangiles, le maître était craint par ses esclaves, surtout par ceux qui n’ont pas fait fructifier son argent : « Je te craignais, en effet, parce que tu es un homme sévère ; tu prends ce que tu n’as pas déposé, et tu moissonnes ce que tu n’as pas semé » (Lc,19). Le mauvais esclave reproche donc en fait au maître de faire travailler les autres à son profit : nous voilà donc, selon le sens moderne, dans une logique anti-capitaliste. Le maître récompense ceux qui ont fait fructifier son argent : « c’est bien, tu es un bon esclave, digne de confiance ! tu as été digne de confiance pour une petite affaire, je te confierai de grandes responsabilités ; entre dans la joie de ton maître ». Le maître est, par contre, d’une grande sévérité vis-à-vis du mauvais esclave : « Esclave mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne où je n’ai pas semé et que je récolte où je n’ai pas répandu ? Alors tu aurais dû placer mon argent chez les banquiers, et à mon arrivée, j’aurais récupéré ce qui est à moi avec un intérêt. Enlevez lui donc le talent, et donnez le à celui qui a les dix talents ». Le maître apparait donc sévère, mais juste dans sa logique.

L’interprétation de Jean Calvin sur ce texte fameux me semble toujours d’actualité. Les talents sont à la fois les dons naturels que nous possédons et le don du Saint-Esprit. Il faut considérer que tous les dons que nous possédons en propre, qu’ils tiennent à son intellect, à sa profession ou à sa richesse, sont des dons qui nous ont été confiés par le Christ, que nous devons faire fructifier jusqu’à ce qu’Il vienne. Nous devons, comme le dit Paul : « rendre grâce pour toutes choses » (1Th5,18). Le retour du maître, inopiné après une longue absence, est celui du Christ, dont tout chrétien attend le retour, mais dont le Christ nous dit un peu plus tôt dans l’évangile de Matthieu que : «  Pour ce qui est du jour et de l’heure, personne ne les connait, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul ». Le maître est donc le Seigneur Dieu.  Lorsque le maître fait rendre compte à ses esclaves à son retour inopiné, il jauge leur fidélité : c’est-à-dire – et c’est le même mot – leur foi en lui. Cette fidélité dans la parabole se traduit par le fait de faire fructifier les talents : c’est ainsi que la double signification en français donne un sens tout particulier au mot talent. Celui qui laisse ses talents en friche, c’est-à-dire qui les enterre en terre et les laisse en friche, est qualifié par le maître de paresseux et de mauvais. En un mot, le bon serviteur est celui qui, touché par la grâce, a foi en son maître, le Seigneur, et le mauvais serviteur est celui qui est infidèle, qui ne reconnait pas la grâce qui lui a été faite. Son oisiveté témoigne qu’il ne s’est pas considéré comme engagé et est resté à l’écart de la Parole.  Ce que Jean Calvin exprimait ainsi ; « Jusques au dernier jour de la résurrection, Christ est comme en chemin, absent des siens, et cependant, il ne faut pas qu’ils soient nonchalants ou qu’ils demeurent oisifs sans rien faire ». Le premier message de ce texte est que la grâce est un don de Dieu gratuit, donné à tous, mais qui exige en réponse un engagement de celui qui la reçoit, un engagement de tous les instants dans sa vie par ses pensées et ses actes.

La conclusion de cette parabole est qu’en réponse au don gratuit de la grâce et à l’engagement de celui qui la reçoit, viendra le temps du jugement. L’allusion au moissonneur est transparente pour les disciples, puisque Jésus l’avait déjà employée dans la parabole du bon grain et de l’ivraie. Le Christ punit donc l’esclave infidèle, lui confisque son talent et le donne à celui qui a les dix talents, et enfin chasse l’esclave inutile dans les ténèbres du dehors. Le Christ répond donc aux craintes que le serviteur avait de son maître, qui selon lui moissonnait où il n’avait pas semé et récoltait où il n’avait pas répandu. La conclusion du Christ est sans appel : «  Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a ». Cette phrase a pu paraître choquante, contraire aux affirmations des béatitudes, mais il faut la remettre dans le contexte de l’évangile de Matthieu, qui s’adressait à une communauté d’origine juive, mais fortement teintée d’universalisme, s’adressant aussi aux craignant-Dieu, aux païens et pour finir dans les dernières phrases de son évangile à toutes les nations (Mt,28,16). C’est donc une adresse aux juifs et notamment à leurs dignitaires religieux. Ceux qui ont entendu la Parole de Dieu et ne l’ont pas entendue seront exclus du Royaume. Cette parole s’adresse bien sûr aussi à chacun d’entre nous, et les talents ne concernent que les œuvres de la foi.

Il nous importe donc de rester à l’écoute de la Parole, de faire fructifier par la foi la grâce du Seigneur dans l’attente de son retour.

Amen

 

Luc 1, 26 – 38, Annonce de la naissance de Jésus « le deuxième plan…»

dimanche 20 décembre 2014 par le pasteur Béatrice Hollard-Beau

26Au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth, 27chez une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; le nom de la vierge était Marie. 28Il entra chez elle et dit : Réjouis-toi, toi qui es comblée par la grâce ; le Seigneur est avec toi. 29Très troublée par cette parole, elle se demandait ce que pouvait bien signifier une telle salutation. 30L’ange lui dit :
N’aie pas peur, Marie ; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
31Tu vas être enceinte ; tu mettras au monde un fils
et tu l’appelleras du nom de Jésus.
32Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut,
et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père.
33Il régnera pour toujours sur la maison de Jacob ;
son règne n’aura pas de fin.
34Marie dit à l’ange : Comment cela se produira-t-il, puisque je n’ai pas de relations avec un homme ? 35L’ange lui répondit :
L’Esprit saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre.
C’est pourquoi l’enfant qui naîtra sera saint ; il sera appelé Fils de Dieu.
36Elisabeth, ta parente, a elle aussi conçu un fils, dans sa vieillesse : celle qu’on appelait femme stérile est dans son sixième mois. 37Car rien n’est impossible de la part de Dieu. 38Marie dit : Je suis l’esclave du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole. Et l’ange s’éloigna d’elle.

Nous voici quatre jours avant la veillée de Noël avec ce beau récit de l’Annonciation, tel qu’on peut l’admirer sur les tableaux de Raphael, ou de Bellini.
Un ange est en train de parler à une jeune vierge Marie, en lui prenant la main.
Il lui dit à l’oreille de se réjouir car elle est graciée de Dieu : elle va être enceinte, couverte de l’ombre de l’Esprit, et va porter en son sein Jésus , « le SAUVEUR » en hébreu.

Joie et retenue, finesse et hésitation :si ces 2 œuvres interprètent si admirablement cette Annonciation de Luc, profitant des effets de la perspective naissante, c’est aussi que toutes deux placent au 1er plan de cette scène l’ANGE, au 2èmeplan Marie, et au 3 ème , une personne indissociable de ce récit : Elizabeth la cousine de Marie.
Tous ces plans sont autant de traces qui traduisent le beau geste de Marie , geste qui vient interroger nos vies et ce sera frères et sœurs le thème de notre méditation.

Ainsi dans l’ombre , placée au 3èmeplan du tableau : Elisabeth. Dans l’ombre, mais centrale : comme notre récit qui commence d’ailleurs par ces mots: au 6ème mois de sa grossesse. Comme s’il fallait comprendre ces deux maternités ensemble.

-Il est vrai qu’un même ange est envoyé auprès d’Elisabeth et de Marie: l’ange Gabriel. Gabor en hébreu veut dire ‘ héros’ : Dieu fort…
-Il est vrai qu’une même annonce est proférée par l’ange Gabriel : Un FILS va naître pour ces deux femmes, Fils de Dieu pour Marie.
-Il est vrai aussiqu’une même impossibilité de naissance existe pour les 2 femmes : Elisabeth est stérile et d’un âge proscrit pour enfanter, ce qui la met dans la honte.
Marie, pire encore ; elle est fiancée. Etre enceinte avant la noce est passible de rupture de fiançailles, et de rejet
A croire que l’Ange de Dieu se manifeste plutôt dans des situations périlleuses !
Voici donc deux destins relativement proches, unis par cette PAROLE de l’ange Gabriel.
SAUF QUE ! l’ange Gabriel, ne parla pas à Elizabeth. Il parla à son mari Zacharie, qui
dans son incrédulité et dans sa peur, devint muet, SANS PAROLE jusqu’à ce que l’enfant naisse. PAS de PAROLES donc pour Elizabeth.
Triste conséquence pour Elisabeth. Il est dit dans notre texte ‘ »qu’elle se CACHA » les 5 premiers mois de sa grossesse. Sans Parole, pas d’action, pas de vie.

Marie quant à elle reçut des PAROLES : elle qui est placée au 2ème plan du tableau.
Sois joyeuse, tu es favorisée de Dieu, tu vas être enceinte du Sauveur, son règne n’aura pas de fin, tout est possible à Dieu.
Paroles fondatrices, mais difficiles à entendre, destin qui bascule, mais PAROLES quand même, fortes. Elle fut troublée par la Parole de l’Ange.

Et ce n’est pas pour rien que Marie est peinte est au 2ème plan, parce que très vite elle comprit que la Parole était centrale, au 1er plan dans sa vie, LA PAROLE Christ, qu’elle-même devait mettre au monde, était aussi la PAROLE qui devait enfanter la VIE à travers les âges.
C’est quand elle le comprit qu’elle se transforma que le Saint Esprit, la couvrit de son ombre. Marie reçut la Parole et elle accepta son destin .Qu’il en soit selon ta Parole !

Mais ce n’est pas tout, ce qu’il y a d’extraordinaire, est là maintenant là :
Marie dans sa foi, et grâce à cette Parole en 1er plan dans sa vie, accepta et s’ENGAGEA, au point de faire table rase de son ancien projet de vie et de faire un saut dans le vide dans la confiance et fit le choix de se mettre elle-même au 2ème plan :
Elle n’a aucune garantie de la suite : la Trace va se faire en marchant.
Elle ne sait pas de quoi demain sera fait.

C’est ce basculement dans cet engagement SANS VISIBILITE qui est étonnant, préférant à elle-même, le projet de Dieu mis au 1er plan.
C’est là où son destin rejoint celui du Christ, lui aussi se voulant en 2 ème plan, témoin de sa foi en Dieu, elle est SERVITEUR comme Christ serviteur. Elle sacrifie sa vie inconnue dans l’immédiat, pour un projet de Dieu, sans VUE.

Poussée et TRANFORMEE par la Parole, Marie est la figure de l’ENGAGEMENT.
Qu’il en soit fait selon TA PAROLE dit Marie le texte. (1er plan)
Et qu’est ce que l’engagement ? L’engagement dit le Littré : c’est « suite à une conviction, se risquer fidèlement dans un chemin étroit où l’on n’a pas de visibilité.

Alors, quelles sont les conséquences dans la vie d’aujourd’hui ? 3 points :

-Ce geste de Marie nous recadre et nous remet dans le 1er plan de la PAROLE, Christ, l’Ange est au 1er PLAN, au commencement était le Verbe. La parole met en VIE, elle est naissance. En ce temps de l’avent il faut être dans l’espérance de recevoir cette Parole, et de la donner Christ est en l’autre. Nous sommes parfois des envoyés de Dieu.
Il faut être à l’affut de recevoir de l’autre cette PAROLE qui fait faire des projets, qui fait avoir de la vie. C’est une promesse de Dieu. Quand cela ne va pas Pour un deuil ou un autre malheur. Où elle est la Parole de VIE ? Il faut Chercher ce 1er plan .Se dire avec Christ qui naît que la PAROLE est fondatrice.
Elisabeth, n’a pas eu ni trouvé de Parole, elle est restée dans l’ombre.

-La deuxième chose. Il faut interroger ce 2ème plan de Marie…
Elle a accepté ce premier plan qui est la Parole. Si elle est au 2ème plan, c’est que elle accepté que le projet de Dieu passe avant le sien. Elle est dans une obéissance.
Interroger ce 2ème plan, c’est accepter et s’engager, non pas dans une obéissance aveugle, mais accepter le temps de Dieu avant le sien, va certainement donner de la VIE,
C’est ETRE SERVITEUR et accepter de NE PAS VOIR tout de suite le résultat de sa vie. C’est cela l’engagement. C’est crucial. Cela passe souvent par la dureté au début mais après grâce sur grâce…..

– Il me semble que l’engagement est UN GESTE très important aujourd’hui dans notre monde. Il va à l’inverse du TEMPS brutal: du résultat immédiat, de la volonté de visibilité immédiate, INVERSE du temps qui aspire chacun.
L’engagement agit comme un CONTRE-TEMPS.
Ancré dans le TEMPS de DIEU (1er plan), c’est un temps gagnant qui est VIE qui contre -care le temps de la mort. C’est un temps de vie de projet plus fort que notre temps, qui contre la mort. C’est le temps de la création.

En ce qui concerne les jeunes, on voit dans les groupes, les jeunes désabusés, qui dénoncent l’écart entre ce qu’ils projetaient, et leur vie concrète dans le monde du travail.
LA vie les engloutit parfois. Mais quand ils s’engagent (parfois suite à une Parole spirituelle) ils sont transformés,) quand ils vivent ce 2ème plan, comme SERVITEUR, qui vient CONTRER le temps, ils arrivent sont après plus créateurs de vie beaucoup mieux après à prendre leur vie en main, et à en être acteur beaucoup plus décisifs. (Attention actualité…)

C’est le pari de maisons de soins palliatifs, qui misent sur l’engagement chaque jour du malade, d’un petit projet, qui contre le temps. VIE. Elle est mise en œuvre par la Parole.

Je voudrais terminer en disant que Marie par sa FOI et son engagement est une femme qui nous aide profondément. En accueillant la Parole elle a été serviteur accompagnée du Saint Esprit. Qu’il en soit fait selon ta PAROLE ;

Ce temps de l’avent permet redécouvrir comme une naissance, la Parole première en 1er PLAN, de la chercher et de l’entendre, de se transformer et de s’engager à la Vie, d’avoir des projets pour Dieu et les autres. TOUT est POSSIBLE pour DIEU.
C’est un temps de naissance, de don et d’engagement, où les choses peuvent naître de nouveau

Enfin la vie d’Eglise dans accueil de la PAROLE et son engagement, REND VIVANT tout le reste.
Elle est le lieu où Dieu s’engage en 1er plan dans nos vies, et nous donne sa grâce ;
Il nous donne l’Esprit Saint pour nous engager ensemble autour de la Parole qui nous construit et nous fait vivre.

 

Amen