Matthieu 25, v. 31-46 – Le jugement dernier…

dimanche 23 novembre 2014, par le pasteur Béatrice Hollard-Beau

 

 

Lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges, il s’assiéra sur son trône glorieux. Toutes les nations seront rassemblées devant lui. Il séparera les uns des autres comme le berger sépare les moutons des chèvres : il mettra les moutons à sa droite et les chèvres à sa gauche. Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : « Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; héritez le royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger et vous m’avez recueilli ; j’étais nu et vous m’avez vêtu ; j’étais malade et vous m’avez visité ; j’étais en prison et vous êtes venus me voir. » Alors les justes lui répondront : « Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, et t’avons-nous donné à manger ? — ou avoir soif, et t’avons-nous donné à boire ? Quand t’avons-nous vu étranger, et t’avons-nous recueilli ? — ou nu, et t’avons-nous vêtu ? Quand t’avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous venus te voir ? » Et le roi leur répondra : « Amen, je vous le dis, dans la mesure où vous avez fait cela pour l’un de ces plus petits, l’un de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche : « Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et pour ses anges. Car j’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire. J’étais étranger, et vous ne m’avez pas recueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas vêtu ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité. » Alors ils répondront, eux aussi : « Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim ou soif, étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, sans nous mettre à ton service ? Alors il leur répondra : Amen, je vous le dis, dans la mesure où vous n’avez pas fait cela pour l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait. » Et ceux-ci iront au châtiment éternel, mais les justes, à la vie éternelle. 

 

Frères et sœurs, Nous voici aujourd’hui avec ce texte du jour de l’Evangile de Matthieu :

Un texte plébicité par tous: « le jugement dernier » : Au hit parade de la Bible,

– Numéro 1 des études bibliques réclamées par les laïcs,( ils veulent s’informer ….)

– Mais Numéro 1 aussi des textes bibliques refusés de prêchés par les pasteurs.

Je vous laisse libre de toute interprétation…..

 

Et pourtant, dans ce récit situé chez Matthieu juste avant la passion, Jésus va parler en parabole, de jugement , mais qui dit jugement (juge) ne dit pas forcément enfer et damnation, et dit plutôt JUSTICE de Dieu, c’est à dire aussi SENS de la vie, sens de NOS GESTES, au temps ultime eschatologique. Et cela a des répercutions importantes pour nos vies d’aujourd’hui ce sera f. et s. le thème de notre méditation.

 

Alors rappelons ce qui s’y passe.

Cette parabole met en scène 3 types de personnages  : un roi, des boucs et des brebis. Mais ce qui est intéressant, c’est que le Roi va être cité comme Fils de l’homme, c’est à dire le fils de Dieu dans sa mission. Donc ce qui va se passer est important.

 

Ce roi, fils de l’homme, va être là dans sa GLOIRE, près de Dieu, entouré de toutes les nations. Il va juger pour DONNER la vie. Alors, on s’attendait à ce que pour juger il sépare les juifs d’un côté et les païens de l’autre, Pharisiens et Zélotes, croyants et incroyants : NON

 

Seront rangées à droite du roi de Gloire du coté de la vie éternelle, les brebis, ceux qui auront donné, au plus petit des frères. Celui-là dans le récit appelé Le JUSTE, le béni.

Seront rangés à gauche du côté des boucs, du côté de l’enfer éternel, celui qui n’aura pas

donné au plus petit des frères. Il est appelé le Maudit.

Alors voilà : première conclusion : LA VIE éternelle est donnée à celui qui donne au plus petit , ce qui le rapproche du Christ.

 

Oui, mais :puisque cela nous concerne, comment savoir si nous avons fait le bon geste ? MON DON est-il un geste de foi ? N’est-pas qu’un geste de bonne conscience ? Ouvre-t-il la porte du Royaume. Participe –t-il de la justice de Dieu ? Comment le savoir ?

 

En regardant bien le texte, Il y a quelque chose d‘étonnant :

Si l’on se demande qui DONNE le plus dans ce récit ? C’est le ROI, c’est lui qui JUGE pour donner la vie. Il est dans la Gloire (c’est le Christ)

Alors regardons ce ROI : AVANT de donner il avait faim, il avait soif il était NU.

Le Roi de gloire était nu. Et là : scoop, on pourrait même se dire qu’avant de DONNER, le Roi de GLOIRE était nu.

 

Le Roi dit : j’ai eu faim, vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif vous m’avez donné à boire , j’étais nu et vous m’avez pas vêtu, et j’étais en prison et vous êtes allés vers moi. Jésus ajoute : ce que vous avez fait au plus petit vous l’avez fait à MOI.Après il adonné.

Et aussi. A l’inverse :

j’ai eu faim, vous NE m’avez donné à manger, j’ai eu soif vous ne m’avez donné à boire ,. Jésus ajoute :ce que vous n’avez pas fait au plus petit vous l’avez fait à MOIAprès il adonné.

 

Alors oui, d’accord pour dire que le juste, la brebis, celui qui est à droite est celui qui donne au plus petit, il rencontre Christ.

Mais n’y a t’il pas plus dans ce texte ? …….

Si le geste de DONNER au plus petit renvoie à Jésus, Celui qui donne BIEN, est celui qui, comme le Roi, comme Christ, AVANT de DONNER ou POUR DONNER, se considère NU. Passez par ce chemin de NUDITE , Dieu vous rencontre ! Il reçoit l’énergie de Dieu de la Résurrection.. Il est vivant lui-même , alors, il peut donner. Le Roi de gloire était nu.

 

Cela m’invite à faire 5 remarques :

Je crois qu’il est essentiel de comprendre ce CHEMIN DE NUDITE.

-Il ne faut rien faire, même pas IMAGINER DONNER sans CONSIDERER sa nudité.

Autrement le don est une sorte de bonne conscience. Il n’apporte à l’autre aucune énergie.

 

Parce que justement DE notre nudité nous recevons de Christ, un DON une ENERGIE, une force de vie une transformation qui nous amène à DONNER, CREER   L’autre reçoit alors immensément. C’est la COMPASSION.

(Quand je donne , quand je visite un malade, ou que je vais voir des femmes en prison, si j’y vais sachant que je suis pareille et que je suis dans un chemin de nudité, cette conversion intérieure permettra de donner un peu de vie. C’est vrai pour chaque visite.)

 

Et justement souvent à l’inverse, c’est l’autre dans sa nudité, qui nous ramène à nous-même. On y trouve le Chist nu qui nous donne toute l’énergie de la Résurrection.

On s’aperçoit que le plus PETIT, c’est SOI-MEME. ..que plus que donner ,on s’aperçoit de la COMPASSION, parce que Christ est en l’autre.

 

-La troisième   chose , je me dis que si au fond on reçoit cette ENERGIE pourDONNER Je crois que le but dans la vie n’est pas soi mais l’autre. On nous donne pour donner, on nous sauve pour sauver , on nous console pour consoler voilà. Donner au fond est juste restituer la grâce, partager. C’est pour cela que le juste est celui qui donne. Il reconnaît la grâce .Mais ce n’est pas un don, s’il ne se voit pas lui-même nu. Le Roi de gloire était nu.

 

– Et puis, j’y suis très sensible : quand on passe par la nudité, comme des personnes que je vois actuellement, il faut toujours espérer recevoir du Christ , s’attendre aussi à recevoir Christ nous rencontre dans cette souffrance . C’est là où il nous donne la vie. Et ne pas se dire : je ne sers à rien, au contraire. On donne beaucoup dans sa nudité. Le roi de gloire était nu. C’es là où on donne le PLUS .

 

-Enfin, il me semble que passer par sa nudité pour donner a des répercutions dans la vie active. On ne peut pas CREER et DONNER sans passer par sa nudité.

Pour un architecte vous ne pouvez pas établir des plans de bureaux, de clinique, d’hôtel soit viable, sans penser à l’homme dans sa nudité et vouloir qu’il vive mieux . Mais il faut le vivre de l’âme (de sa nudité, que cela vous touche). Si vous n’êtes pas confronté à cette nudité de l’homme, vous ne pouvez rien tracer, rien donner.

Mais aussi, dans les rapports humains c’est vrai . Quand on DONNE un Avis (le mariage pour tous par exemple, il faut passer par sa nudité) ,Lévinas parle de la nudité du visage….

 

En politique, c’est pareil, si vous TRACER un avenir, sans pensez à l’homme NU. Cela ne marche pas. L’écologie est intéressante car elle part de l’homme nu.

Mais pour le politique qui pense écologie, il doit passer par ce constat de SOI. Il y a un JE à mettre nu. Autrement c’est de l’écologie de salon. (c’est pour cela qu’il faut voyager). Je suis très septique quand la semaine dernière NKM disait qu’il ne fallait pas voyager ….).

Mais l’économie de marché peut être aussi très altruiste si elle part par l’analyse de la nudité de l’homme. C’est possible.

 

La bioéthique comme on a vu avec Changeux, doit participer parfaitement de ce constat de nudité : Elle doit considérer l’homme nu, autrement elle ne sert que les sciences, sans soucis de l’éthique. Elle devient dangereuse. Changeux a montré que sa finalité était l’homme.

Et qu’il était toujours renvoyé à sa nudité.. C’est une garantie disait-il. Naouri aussi.

 

Enfin j’en arrive à l’essentiel.

Ce passage par la nudité pour vivre et pour DONNER, c’est l’histoire du Christ , Elle s’appelle JUSTICE de Dieu . Car le JUSTE apprend qu’après la nudité vient la résurrection et la vie. C’est là ou se situe de la grâce. Il apprend qu’on ne peut donner que par COMPASSION .Il apprend qu’il faut ESPERER de sa NUDITE et qu’elle DONNE une FORCE VITALE . C’est dans cette nudité que nous COMMUNIONS et nous unissons ensemble en la Sainte-Cène, avec le roi de gloire nu qui nous a donné la VIE.

 

Enfin je terminerai en disant que c’est le sens profond du BAPTEME que Tristan va vivre. Ce bain dans la nudité et la mort de Christ, va rendre le baptisé VIVANT du don de la grâce et de la VIE Jusqu’à l’éternité. Il faudra qu’il s’en souvienne et qu’il donne à son tour. Comme le dit Luther, c’est dans ce baptême là que nous sommes tous, « roi et prêtre « (sacerdoce royal) , c’est à dire capables de donner et de prier les uns pour les autres, d’agir libres et de CREER avec à la force incommensurable de la Résurrection qui se partage.

 

 

Amen

Cycle Esprit-Cinéma « de la Trace au Geste » – Tabou de Miguel Gomes le 1er décembre

Tous les 1ers lundi de chaque mois. 19h 45 – 22h 30 Aux Cinq Caumartin : 101 rue Saint Lazare, Paris 9e. 1ère soirée : lundi 6 octobre. Le Cinéma les Cinq Caumartin a accepté de projeter une programmation spéciale de 9 films choisis. A l’issue de la projection, débat animé par Pauline Escande-Gauquié, maître de conférence, Université Paris-Sorbonne (dans l’espace café du cinéma).Sans réservation.
Le Cycle s’inscrit dans le cycle anniversaire des 150ans. Venez nombreux !

Matthieu 23, 1-12 – « agir pour le regard de l’autre… »

Dimanche 2 novembre 2014, par le pasteur Béatrice Hollard-Beau

1Alors Jésus dit aux foules et à ses disciples : 2Les scribes et les pharisiens se sont assis dans la chaire de Moïse. 3Faites et observez donc tout ce qu’ils vous diront, mais n’agissez pas selon leurs œuvres, car ils disent et ne font pas. 4Ils lient des charges lourdes, difficiles à porter, pour les mettre sur les épaules des gens, mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. 5Toutes leurs œuvres, ils les font pour être vus des gens. Ainsi, ils élargissent leurs phylactères et ils agrandissent les houppes de leurs vêtements ; 6ils se plaisent à avoir la première place dans les dîners et les premiers sièges dans les synagogues, 7être salués sur les places publiques et être appelés Rabbi par les gens. 8Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi ; car un seul est votre maître, et vous, vous êtes tous frères. 9Et n’appelez personne sur la terre « père », car un seul est votre père, le Père céleste. 10Ne vous faites pas appeler docteurs, car un seul est votre docteur, le Christ. 11Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. 12Qui s’élèvera sera abaissé, et qui s’abaissera sera élevé.

Amis frères et sœur nous continuons la lecture suivie de l’Evangile de Matthieu, et nous qui nous penchons cette année sur le thème : De la trace au geste,le geste que va enseigner Jésus à ses disciples, dans notre texte du jour, va vraiment être fondateur :

Ce gesteappelé dans le texte en grec,l‘oeuvre’ne se voit pas directement, il est voilé… Comme toute les choses spirituelles, il se dévoile. (fondation L.Vuitton en forme de voiles ? )

 

Ce geste que Jésus veut enseignerapparaît comme contraire aux gestesque les pharisiens font, le «  pharisianisme », pensée radicaleque Jésus exècre, qui s’attache plus au revers de la loi, qu’à la loi elle-même, et qui traque celui qui n’observe pas la loi.

 

Jésus va donc,non seulement prévenir ses disciples del’attitude fausse des chefs religieux, mais aussi en la critiquant, il va leur révéler de manière voilée legeste spirituel qu’il attend d’eux, et qui apparaîtra mieux après la Croix et la Résurrection.

Ce geste sous la grâcequi vient inverser la routine sous la loiconcerne nos vies d’aujourd’hui. Ce sera Frères et Soeurs le thème de notre méditation.

Alors qu’en est-il ?

 

On le voit apparaître quand on soulève le voiledes reproches fait au pharisianisme :

-Ils « ligotent » des hommes de pesants fardeauxqu’eux –mêmes refusent de porter.

-Ils font des gestes, ou des œuvres, destinées à être regardées par des hommes.

 

-Alors, S’ils ligotent avec de lourds fardeaux, c’est qu’ils font quoi ?

Ils enlèventla liberté aux autres.

-De même S’ils ne sont préoccupés que par leur propre paraître, c’est que leur intérioritéest atrophiée et que eux –mêmes manquent de liberté.

Autrement dit la loi leslie eux-mêmes , ils ne peuvent donc pas délier les autres….

A travers ces reproches, on voit bien que ce que Jésus dénonce a affaire à la liberté .

Il semble leur dire : Ne soyez pas comme eux vivez la liberté, contraire à l’inquiétude du regard des autres. (Entre parenthèse , c’est d’autant plus important, que dans les langues sémitiques commel’arabe ou l’ hébreu,toutn’existe que par le regard des autres : il n’y a pas de verbe être . On ne dit pas « je suis dans le temple », mais je suis vu dans le temple . )

 

Donc Jésus demande aux disciples d’avoir cette liberté qui se passe du regard des autres, et qui seule permet de libérer les autres. Cette disposition à la liberté s’appellela singularité . C’est l’élément essentiel de la vie donnée par Christ.

 

Mais on peut se demander comment recevoir cette liberté personnelle , cette singularité qui se passe de regard de l’autre ?Jésus le dit par 3 recommandations aux disciples.

 

-1/ Jésus dit , je cite : n’appelez personne, ‘mon Père’ sur la Terre, vous n’en avez qu’UN ,

Pour vivre son intériorité, le disciple doit découvrir ( par le Saint Esprit) que Dieu ‘est ‘singulier’,le seul sacré ( dans le sens de à part, ) , et qui donne la vie en Christ.

Entre parenthèse : (c’est curieux que les catholiques appellent le prêtre, mon Père).

C’est Dieu   seul qui doit vous donner votre vie. Et c’est très intéressant car cela veut dire que si quelque chose vous empêche de vivre : une maladie, une souffrance, elle ne doit pas prendre le pas sur vous. C’est un refus de se faire dominer . C’est Dieuseul qui est le maître car c’est le seul qui donne une parole de Résurrection. Le penser donne la liberté.

 

_2/ Le deuxième élément pour avoir sa liberté,et sa singularité : Ne vous faites pas appeler docteur ou maître (curieux d’ailleurs, que les pasteurs aient des robes de docteur !) . Mais si le disciple ne doit pas se dire docteur ,ce n’est pas par morale , c’est beaucoup plus profond.

En effet le docteur peut être celui qui vit une loi collective, un systématisme .Le geste que Jésus veut, est un geste d’interrogation, de doute, un face à face personnel singulier, régénéré chaque jour dans la confiance.C’est une liberté au singulierdonnée par un « le je suis » de Christ  : Se mettre chaque jour devant Dieu dans le Règne immédiat de Dieu dit Bonhoeffer

 

3/ Enfin la troisième chose Jésus dit : vous êtes tous frères, soyez serviteur.

Le disciple se sent libre quand il sent que le Pèredonne la vie en Christ,et que chacun est fils et frères en Christ . Comme il sert Christ, il est appelé àservir le frère.

Le regard de l’autre n’est plus une inquiétude. Le frère est comme vous, à la fois fort et porteur de Christ, et en même temps vulnérable. Le penser donne une liberté.

Luther dira : Le chrétien est libre de toutes choses ,il n’est soumis à personnes.

Le chrétien est libre de toutes choses, il est le serviteur de tous.

 

Alors qu’est ce que cela peut nous dire dans la vie de chaque jour : 5 choses :

 

– 1/ Je pense que ce texte dit que le Christ est liberté et que geste chrétien est liberté. Ce geste qui n’est pas une morale, mais une éthique de la confiance et de la singularitéet non une loi impersonnelle et bien pensante valable pour tous. C’est un « je » que donne Christ , qui rencontre chacun , souvent dans la souffrance, dans la rupture, dans le paradoxe. et qui donne la viequelque soit sa faute ou sa culpabilité pour celui qui a confiance en Dieu et pour celui qui nese dit pas docteur, sachant tout, c’est à dire qui accepte la rencontre et la transformation de soi.

 

– 2/ Je crois qu’il est important de comprendre ce rapport à la singularité.C’est ce qui a

donné l’éthique protestante. Rien, aucun problème sociétal, d’Eglise, ni de personne ne

se juge qu’à l’aune loi collective, en faisant l’économie du singulier du personnel. Pour les débats sur la fin de vie, pour la bénédiction des couple homosexuels, l’éthique protestante passe toujours par le Bien commun collectif, et considérant « la personne singulière », au dessus de toute valeur y compris le bien.

 

-3/ Le chrétien est appelé à avoir une singularité comme une force qui le met en égalité avec ses frères.   C’est une égalité de l’être. Ce n’est pas une égalité sociale, ou de genre. Cette égalité est reçue. L’égalité est toujours reçue et non un dû comme on entend aujourd’hui. Cette égalité procède du don de la grâce du seul sacré et singulier Christ . Elle engage, Elle nous rend responsable et serviteur.

 

-4/ Le 4ème pointme tient à très cœur. Je crois qu’il faut absolument profiter d’un texte comme celui –ci pour interroger sa liberté , Il y a beaucoup d’esclave des autres, d’instabilité des uns et des autres, dans les familles et dans les entreprises. On ne se sent pas libre tout le temps,

Il faut vouloir cette liberté. La liberté procède d’un appel à l’Esprit et de l’Esprit, c’est un événement qu’il faut solliciter. Kierkegaard en parle très bien,

 

Il dit que seul Christ est singulier et libre par essence. Mais que nous pouvons devenir singulierdans un événement (c’est cela le geste). Nous vivons des appels par l’Esprit pour devenir unique. Seul un appel de la transcendance de Dieu en une rencontre peut nous faire devenir libre, A chaque moment on peut devenir libre.

 

  1. Enfin , je terminerai en disant que nous qui allons baptiser Jules, le baptêmeest

« le sacrement de l’alliance », le sacrement au nom de Christ seul saint. Par l’Esprit Saint , il incorpore spirituellement le baptisé à la mort et à la vie de Jesus, à sa vie à sa liberté. Il en devient homme nouveau, Homme singulier.

Mais ce sera son oeuvre, son geste de revivre toute sa vie son baptême comme le dit Luther, en vivant l’appel de liberté et de vie et en créant.

Le baptême sera ces voiles de liberté qui l’amèneront ainsi à être serviteur des autres.

 

 

 

Amen

 

 

 

 

Epitre à Diognète, une lettre anonyme écrite dans la communauté des premiers chrétiens d’ Alexandrie vers les année 160, qui parle bien la liberté du chrétien qui rend parfois étranger.

 

« Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage , ni par les vêtements . Ils n’habitent pas les villes qui leur soient propres, ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier . Ils ne se font pas , comme tant d’autres les champions d‘une doctrine humaine…..

Ils résident chacun singulièrement dans sa propre patrie , mais comme des étrangers domiciliés….. Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie une terre étrangère.

Ils passent leur vie sur terre , mais sont citoyens du ciel . Ils obéissent aux lois établies ,

et leur manière de vivre l’emporte sur la perfection des lois… ».   Ainsi en est-il de la liberté

qu’ils vivent et qu’ils ont reçue. )

Luc 19, 1-10 – Zachée « …Jésus cherche, appelle et sauve »

Dimanche 3 novembre, par le pasteur Jean-Arnold de Clermont

 

Jésus entra dans Jéricho et traversa la ville. Alors un homme du nom de Zachée qui était chef des péagers et qui était riche cherchait à voir qui était Jésus ; mais il ne le pouvait pas, à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut en avant et monta sur un sycomore pour le voir, parce qu’il devait passer par là. Lorsque Jésus fut arrivé à cet endroit, il leva les yeux et lui dit : Zachée, hâte-toi de descendre ; car il faut que je demeure aujourd’hui dans ta maison. Zachée se hâta de descendre et le reçut avec joie. A cette vue, tous murmuraient et disaient : Il est allé loger chez un homme pécheur. Mais Zachée, debout devant le Seigneur, lui dit : Voici, Seigneur : Je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et si j’ai fait tort de quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. Jésus lui dit : Aujourd’hui le salut est venu pour cette maison, parce que celui-ci est aussi un fils d’Abraham. Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.

L’histoire de Zachée est probablement parmi les textes bibliques les plus connus de tous ; il est la revanche des petits sur les grands ; son histoire est illustrée à loisir par les ouvrages destinés aux enfants et aux écoles bibliques ; c’est un texte bref, vivant, bien écrit, plein de détails très parlant. Je pourrais insister sur le personnage lui-même, collecteur d’impôts donc riche parce que se sucrant au passage, donc un peu voleur, considéré comme un collaborateur de l’occupant romain ; petit, n’arrivant pas à se mêler à la foule, qui de fait le rejette, ne le considère pas comme l’un des siens… au point qu’il doit se débrouiller tout seul pour voir, grimpe sur un sycomore, et malgré la foule est vu, appelé par son nom, invité à accueillir Jésus ; et lui le prétendu ‘pécheur’, lui que la foule ostracise, il peut se tenir ‘debout’ devant Jésus, reconnaître ses fautes , les corriger et s’entendre réintégrer parmi les fils d’Abraham par Jésus venu le chercher et le sauver. Tout un parcours de vie, un parcours modèle, un parcours de ‘sainteté’, parcours de réintégration dans une communauté mais en même temps un modèle pour cette communauté …. Ainsi il me revient que la Communauté de l’Emmanuel, catholique, charismatique, a donné le nom de Zachée à un parcours de vie fondé sur … la doctrine sociale de l’Eglise catholique !!! Zachée à toutes les sauces !

Je souhaite aborder ce texte sous un autre jour. Moins concentré sur le personnage de Zachée. Plus attentif à la personne et à l’enseignement de Jésus. Et je fais cela parce que ce petit texte se trouve à un tournant de l’Evangile de Luc. Après les récits de l’enfance et le cycle de Jean-Baptiste, et après le ministère de Jésus en Galilée, l’Evangile de Luc est construit comme une lente montée vers Jérusalem, ponctuée d’annonces de sa passion. A la fin du chapitre 18, Jésus vient à nouveau de réunir ses disciples pour leur dire :’Nous montons vers Jérusalem’ et il leur annonce une dernière fois qu’il y sera livré aux non-juifs, qu’on le maltraitera,… le mettra à mort, mais que le troisième jour il se relèverait. Et c’est à la fin de notre chapitre qu’il va entrer à Jérusalem. Notre récit de Zachée se trouve juste à la charnière. En un mot, je dirais qu’il est comme un résumé de tout l’Evangile ! J’essaie de vous le montrer.

Nous sommes donc ‘en route vers Jérusalem’, lieu de la passion, de son ‘départ’ est-il dit dès le chapitre 9 (31) au moment de la transfiguration. Et si nous devions résumer le sens de cette marche, nous parlerions de son enseignement et de ses guérisons, des paraboles et des miracles. Ici, dans notre récit trois mots vont résumer la mission du Christ ‘chercher et sauver’. J’en ajoute un qui est présent dans un récit étrangement parallèle de Marc, lorsque Jésus dit à Lévi le collecteur de taxes ‘suis-moi’ et que, prenant son repas chez lui au grand scandale des scribes et pharisiens, il explique : je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs’. Appeler ! Le mot n’est pas employé chez Luc dans le récit de Zachée mais il s’agit bien de cela lorsque Jésus lève les yeux vers le sycomore et lui dit ‘Zachée descends vite. Il faut que je demeure aujourd’hui chez toi !
Jésus est venu chercher, appeler et sauver…mais qui donc ? Ce qui était perdu ! Non des justes mais des pécheurs ! Et Zachée sert ici de figure du pécheur. Non pas principalement parce qu’il a collaboré avec l’occupant romain ; non pas principalement parce qu’il s’est enrichi au dépends de ceux qu’il aurait dû taxer avec justesse ; mais bien parce qu’il est petit – que les petits dans ce temple ne s’émeuvent pas ! – petit signifie ici, de manière symbolique, qu’il ne peut être en relation avec Jésus ? Il est derrière la foule, il ne peut voir, il ne peut s’approcher de lui. Il devra ruser et pour cela monter dans un sycomore. Le péché, ce n’est pas une question de morale, c’est précisément la perte de relation avec Celui qui donne vie et du même coup la perte de relation avec les autres. Le péché c’est ce qui fait que nous ne sommes pas vraiment en vie, car ce qui fait la vie c’est la relation ; et la vie pleine et entière, c’est la relation avec le Christ, notre vie. Et Jésus rend la vie à Zachée en l’appelant. Il le connaît par son nom, comme une personne unique ; c’est chez lui qu’il veut demeurer…. Et tout le reste en découle, la joie de Zachée, la transformation de Zachée qui de riche va devenir moins riche mais qui aura des relations renouvelées avec sa communauté humaine, les fils d’Abraham. Un mot va symboliser cela : il est debout ! Il n’a plus besoin de grimper dans un arbre ; il n’a plus à avoir de crainte d’être exclu en raison de sa petite taille. Il est debout, grand en lui-même parce que le salut est venu pour sa maison.
Jésus est venu chercher, appeler et sauver ce qui était perdu… Voilà pourquoi il monte à Jérusalem.

Mais, chers amis, si nous avons bien là le résumé de l’Evangile, le condensé de la mission de Jésus, nous ne pouvons plus le lire aujourd’hui dans ce sens, de bas en haut ; comme si nous étions les spectateurs d’un film dont nous connaîtrions la fin. Car, précisément ce que Jésus annonçait à ses disciples, a eu lieu. Il est mort et ressuscité. Il a été relevé d’entre les morts pour que sa vie soit plus forte que toutes les forces de mort. Le salut est venu, non plus seulement dans la maison de Zachée, mais dans le monde, pour cette foule qui maugréait parce qu’il entrait chez un pécheur et qui ne pouvait savoir à l’époque que c’est elle qui avait besoin de retrouver la relation avec Dieu.
Aussi les termes de l’histoire sont retournés. Le salut est offert à tous pour que nous sachions appeler et chercher. Nous avons Jérusalem désormais derrière nous. Nous sommes dans le temps de l’Eglise, de l’après Pentecôte. Il nous revient d’être ceux qui appellent au nom du Christ, ou plus précisément qui relaient l’appel venu du Christ.

Bon ! Ne nous prenons pas pour plus que nous ne sommes. Rien ne se fera sans l’aide de l’Esprit, Pentecôte nous le dit, confirmant les promesses de Jésus. C’est lui qui ouvrira les cœurs, et nous donnera d’être témoins de l’Evangile.
Mais quoiqu’il en soit il nous revient d’appeler, d’appeler à la vie. Appeler à dépasser le mépris qui se déverse des justes, de ceux qui se croient justes, vers les pécheurs. A surmonter le mépris de soi-même qui fait penser aux pécheurs qu’ils sont nécessairement coupés de Dieu. Appeler à se connaître et nous même reconnaître que chaque être humain est créature unique que le Christ cherche et pour lequel il a donné sa vie et ouvert le chemin d’une vie nouvelle.
Ce que nous indique l’histoire de Zachée c’est qu’il nous faut peut-être surmonter nos frilosités ; apprendre à dire à ceux que nous côtoyons que Jésus a besoin d’eux, qu’il veut faire chez eux leur demeure.
Et cette parole reste forte et vraie pour chacun de nous… si nous ne nous croyons pas, trop facilement, justes, c’est-à-dire mieux que les autres. Mais dès lors que nous saurons grimper sur les sycomores, chercher la relation avec le Christ, il saura nous appeler par notre nom et nous dire ‘je veux demeurer chez toi’. Alors nous serons debout pour une vie renouvelée au service des autres pour qu’eux aussi soient un jour ‘debout devant le Christ’.