Luc 24, 13-35 – « La résurrection, c’est maintenant ! »

Dimanche de Pâques 31 mars 2013 – par le Pasteur François Clavairoly

 

Et voici que ce même jour, deux d’entre eux allaient à un village nommé Émmaüs, éloigné de Jérusalem de soixante stades, ils s’entretenaient de tout ce qui s’était passé. Pendant qu’ils s’entretenaient et discutaient, Jésus s’approcha et fit route avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Il leur dit : Quels sont ces propos que vous échangez en marchant ? Et ils s’arrêtèrent, l’air attristé. L’un d’eux, nommé Cléopas, lui répondit : Es-tu le seul qui séjourne à Jérusalem et ne sache pas ce qui s’y est produit ces jours-ci ? – Quoi ? leur dit-il. Ils lui répondirent : Ce qui s’est produit au sujet de Jésus de Nazareth, qui était un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple, et comment nos principaux sacrificateurs et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié. Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël, mais avec tout cela, voici le troisième jour que ces événements se sont produits. Il est vrai que quelques femmes d’entre nous, nous ont fort étonnés ; elles se sont rendues de bon matin au tombeau et, n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire que des anges leur sont apparus et ont déclaré qu’il est vivant. Quelques-uns de ceux qui étaient avec nous sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses tout comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. Alors Jésus leur dit : Hommes sans intelligence, et dont le cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! Le Christ ne devait-il pas souffrir de la sorte et entrer dans sa gloire ? Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les / Ecritures ce qui le concernait.

Lorsqu’ils furent près du village où ils allaient, il parut vouloir aller plus loin. Mais ils le pressèrent, en disant : Reste avec nous, car le soir approche, le jour est déjà sur son déclin. Il entra, pour rester avec eux. Pendant qu’il était à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction ; puis il le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent ; mais il disparut de devant eux. Et ils se dirent l’un à l’autre : Notre cœur ne brûlait-il pas au-dedans de nous, lorsqu’il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures ? Ils se levèrent à l’heure même, retournèrent à Jérusalem et trouvèrent assemblés les onze et leurs compagnons, qui leur dirent : Le Seigneur est réellement ressuscité, et il est apparu à Simon. Ils racontèrent ce qui leur était arrivé en chemin, et comment ils l’avaient reconnu à la fraction du pain.

« Vous demandez à qui ressemble résurrection des morts : je ne sais pas.
Vous demandez si la résurrection des morts existe : je ne le sais pas.
Vous demandez pour quand la résurrection est-elle : je ne le sais pas.
Je sais seulement ce que vous ne demandez pas : la résurrection de ceux qui vivent.
Je sais seulement ce à quoi il nous appelle :à la résurrection, aujourd’hui et maintenant. »
(Kurt Marti, théologien, poète et pasteur Suisse)

La résurrection de ceux qui vivent…
Dans le récit de l’évangile, les disciples d’Emmaüs sont bien vivants, eux aussi, comme nous.
Ils sont en route. Ils sont même, plus exactement, en déroute. Comme nous qui sommes en temps de crise.
Regardez-les, ils repartent chez eux, ils quittent Jérusalem, et de fait, ils s’éloignent, déprimés, du lieu de leur espérance. Ils sont tristes et méditent sur leur malheur. Ils s’enfoncent dans leur nuit et marchent vers leur perte.
Mais en chemin, et c’est ici l’un des traits essentiels de l’histoire, précisément sur ce chemin qui ne mène nulle part -d’ailleurs arriveront-ils à jamais Emmaüs, le récit ne le dit pas- ils sont rencontrés par Jésus.
Chers amis, frères et sœurs, pour introduire cette méditation de Pâques, je dirai donc que nous pouvons dans un premier temps nous reporter à ce moment particulier du récit en remarquant ceci d’important à savoir que Jésus « fait route avec nous » comme il accompagne les disciples d’Emmaüs.
Il fait route avec nous sur les chemins de nos déroutes même si, exactement comme eux, nous ne le savons pas encore nous non plus, même si, comme eux, nous ne le reconnaissons pas, étant persuadés d’être totalement abandonnés et seuls.
Et comme dans un mauvais rêve, nous nous demandons, nous demandons autour de nous comment il se fait que personne ne soit au courant de notre détresse, nous remarquons avec amertume et colère que personne ne se rend compte de la situation dans laquelle nous nous démenons et nous en voulons à la terre entière, à nos proches qui ne réagissent pas comme nous le souhaiterions, à nos amis qui nous paraissent aveugles, à ceux sur qui nous pensions pouvoir compter et qui restent à distance, nous en voulons même à l’Eglise et à Dieu lui-même.
Et il faut alors, exactement comme pour ce qui s’est passé avec les disciples, se remémorer la situation, se redire l’histoire, notre propre histoire, se raconter à nouveau les détails de notre parcours de vie, les épisodes, les enchaînements de ce qui nous est arrivé pour tenter de comprendre l’épreuve que nous traversons et dont nous ne possédons pas les clefs de compréhension.
La résurrection commence alors sans doute là, chers amis, frères et sœurs, dans ce travail lent et douloureux de la remémoration, dans ce processus d’un « faire mémoire » qui dans un premier temps tourne nos regards en arrière, certes, mais permet de relire le passé, de le reformuler, de le comprendre un peu mieux, et d’y remettre un peu d’ordre.
Relire notre passé, dans toute son épaisseur, et relier ce passé à l’aujourd’hui de notre détresse, relire et relier, religere, religare, deux mots pour dire cet acte qui se traduit par le terme de religion :

Relire, c’est à dire se laisser entraîner dans une relecture de notre vie, de notre parcours personnel, une relecture de type presque catéchétique où il s’agit de se laisser enseigner, comme se laissent enseigner les disciples à qui Jésus explique ce que contiennent les Ecritures, ce qui le concernait et qui les concernait donc directement eux aussi.
Relire et relier ce passé à ce qui advient maintenant, à savoir la rencontre avec Jésus.
Ce fameux « maintenant » de la rencontre.
La résurrection c’est maintenant !
Au moment du repas de la cène, c’est à dire au moment de ce geste du partage et de la communion, à ce moment de la rencontre qui est ce temps précis où chacun se trouve restauré -au sens spirituel du terme-, restauré dans son intégrité et dans son identité pleinement humaine et enfin réconciliée, et même plus que restauré dans cette identité, appelé à revivre, enfin, puisqu’ayant reçu des forces nouvelles grâce à cette nourriture spirituelle, à ce moment précis où chacun est restauré, appelé à revivre par celui qui suscite la rencontre, chacun se trouve soudain ressuscité ! Et c’est exactement le sens du petit poème de Kurt Marti : c’est la résurrection de ceux qui vivent.
Soudain, comme en un éclair, nos esprits et nos yeux s’ouvrent, et, enfin, libérés d’un poids, celui de la solitude que l’on croyait définitive, ou de l’épreuve que l’on imaginait insurmontable, nous réalisons que nous ne sommes pas seuls mais que nous sommes aimés, secourus, portés, accompagnés comme le sont sur leur chemin de tristesse les compagnons [1] d’Emmaüs.
Et, ouvrant les yeux, nous avons la ferme assurance qu’il est présent au milieu de nous, nous qui formons une ronde, un cercle, une assemblée une Eglise, ici et dans le monde entier, dans une joyeuse diversité de langues, de cultures et de liturgies de toutes sortes et de toutes les couleurs.
Au moment du repas, les disciples sont sûrs de le reconnaître et tout le travail de remémoration prend sens en leur esprit, tout ce qu’ils ont traversé en terme de doute, d’épreuve et de solitude, fait sens avec ce qu’ils expérimentent : le Christ qui dans leur mémoire était bien mort (c’est de cela qu’ils se souvenaient seulement lorsqu’ils parlaient entre eux) est maintenant vivant dans leur vie même !
La résurrection est ainsi donc l’événement de l’Esprit, autrement dit, en langage séculier, un événement « qui ne provient pas de nous », selon lequel notre mémoire, ce que j’appelais notre travail intime de relecture toute entière tournée vers le passé, est relié avec le maintenant d’une présence.
Comme nos disciples, encore une fois, qui ne pensaient plus à Jésus qu’en terme d’un passé à jamais révolu et de tristesse inconsolée, et qui désormais le discernent vivant au cours du repas, alors que le jour déclinait et qu’il allait faire nuit définitivement dans leur cœur, nous voici retournés, convertis, détournés de la seule vision mémorielle de la foi pour en discerner aussi la dimension expérientielle et actuelle.
Ainsi se crée l’Eglise, à Pâques, ainsi se crée l’assemblée de ceux qui croient, à la fois par le mémorial d’une histoire passée et en même temps par l’actualité d’une expérience inouïe au cours d’un curieux repas, ainsi se crée l’Eglise par l’écoute d’une catéchèse ou d’une prédication et par le partage d’un regard, d’un pain et d’une coupe [2].
Ainsi se crée l’Eglise et se remet en route chacune de nos vies désorientées, non plus vers le soir mais vers le jour, vers demain et surtout vers les autres avec qui il est bon de partager la nouvelle. Et quelle est-elle cette nouvelle ?
C’est que tout ce qu’avait dit et fait Jésus pendant sa vie prend sens, désormais, après elle, dans le présent de nos propres vies.
Il ne s’agit plus d’une histoire passée seulement qui ne vaudrait que ce que vaut un exemple à suivre, et dont le souvenir s’effacerait peu à peu, inexorablement.
Il s’agit d’une histoire à vivre maintenant, où les impasses ne sont plus forcément fermées, où les tristesses trouvent aussi leur consolation, où les solitudes peuvent s’ouvrir au partage, où les violences trouvent leur pardon, où le mépris et la haine rencontrent sur leur chemin des gestes de fraternité.
La résurrection, c’est maintenant.
La mort elle-même n’aura pas le dernier mot, quand bien même il nous faudra mourir un jour, car nos vies, aux yeux de Dieu qui nous aime, valent plus que nos vies sur cette terre et sur tous ses chemins de misère, de tristesse et de désespoir.
Il garde nos vies, mystérieusement, comme il garde Jésus, qui meurt, il est vrai, mais qui est vivant, à jamais,

Amen


[1] Ce terme de compagnon désigne, en un sens premier, la personne qui partage le pain.

[2] Le récit d’Emmaüs suggère finement ce qu’est l’essentiel de l’Eglise, comme le reformuleront plus tard de façon dogmatique les Réformateurs, à savoir l’écoute de la Parole et la célébration du sacrement, autrement dit l’enseignement de Jésus et le partage du pain. L’enseignement (la Parole) nourrit l’intelligence et le discernement des disciples, jusqu’au moment du repas, et le partage du pain (le Sacrement) au moment duquel les yeux s’ouvrent, renvoie à la Parole.

Luc 19, 28-44 – « disciples, invités, témoins… »

Dimanche des Rameaux 24 mars 2013 – par le pasteur François Clavairoly

 

Après avoir ainsi parlé, Jésus prit les devants et monta vers Jérusalem.

Lorsqu’il approcha de Bethphagé et de Béthanie, vers le mont appelé mont des Oliviers, Jésus envoya deux de ses disciples, en disant : Allez au village qui est en face ; quand vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s’est jamais assis ; détachez-le et amenez-le. Si quelqu’un vous demande : Pourquoi le détachez-vous ? vous lui direz : Le Seigneur en a besoin. Ceux qui étaient envoyés s’en allèrent et trouvèrent les choses comme Jésus le leur avait dit. Comme ils détachaient l’ânon, ses maîtres leur dirent : Pourquoi détachez-vous l’ânon ? Ils répondirent : Le Seigneur en a besoin. Et ils amenèrent à Jésus l’ânon, sur lequel ils jetèrent leurs vêtements, et firent monter Jésus. A mesure qu’il avançait, les gens étendaient leurs vêtements sur le chemin. Il approchait déjà (de Jérusalem) vers la descente du mont des Oliviers, lorsque tous les disciples, en foule, saisis de joie, se mirent à louer Dieu à haute voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus. Ils disaient : Béni soit le roi, celui qui vient au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel, Et gloire dans les lieux très hauts.

Quelques Pharisiens, du milieu de la foule, dirent à Jésus : Maître, reprends tes disciples. Il répondit : Je vous le dis, s’ils se taisent, les pierres crieront ! Comme il approchait de la ville, Jésus en la voyant, pleura sur elle et dit : Si tu connaissais, toi aussi, en ce jour, ce qui te donnerait la paix ! Mais maintenant c’est caché à tes yeux. Il viendra sur toi des jours où tes ennemis t’environneront de palissades, t’encercleront et te presseront de toutes parts ; ils t’écraseront, toi et tes enfants au milieu de toi, et ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas connu le temps où tu as été visitée.

Chers amis, frères et sœurs,

Le récit de l’approche de Jésus vers le temple, le récit de ce que l’on appelle « les Rameaux », ou « l’entrée de Jésus à Jérusalem », bien qu’il n’y ait ici ni rameaux ni référence explicite à Jérusalem, ne raconte pas non plus une fête liturgique, ni même une entrée triomphale à la manière des empereurs prenant symboliquement possession de leur ville ou de leur territoire.
Le récit de l’approche de Jésus vers le temple est tout autre que la justification d’un rite d’Eglise bruyant et exubérant, où il faudrait absolument qu’ y participent les paroissiens, brandissant des branches d’arbres bénites ou encore les enfants de l’école biblique qui feraient nombre comme une foule et produiraient des bruits de toutes sortes : ce récit, chez Luc, est celui d’une confiance tranquille et d’une humilité qui dérange presque.
La confiance, tout d’abord, celle des deux disciples qui vont faire ce que Jésus leur demande en allant chercher une petit âne sans d’ailleurs bien comprendre ce que cela signifie, et d’autre part l’humilité même de Jésus qui, juché l’animal, mimera tout au plus un semblant de démarche messianique, certes louée par ses disciples mais vite rabrouée par les témoins, les amis, les pharisiens, un peu gênés, et qui désirent (comme nous ?) évidemment un peu plus de discrétion.

La confiance des deux disciples, peut-être celle-là même qui sera déçue après Golgotha, après la mort de Jésus et l’échec apparent de sa mission, une confiance déçue qui verra justement encore deux disciples, mais ne serait-ce pas précisément les mêmes, partir de Jérusalem pour aller vers Emmaüs [1], vous vous en souvenez, cette confiance est ici pleine et entière : elle est tranquille et assurée. Il s’agit pour eux de préparer l’arrivée du maître.

Je voudrais, en ce jour d’assemblée générale [2], en ce jour où nous allons réfléchir ensemble à l’avenir de notre Eglise, je voudrais vous redire combien le récit de l’évangile insiste sur ce fait, combien il nous rappelle à cette confiance du disciple.

Certes, nous ne comprenons pas tout de ce que le maître nous demande, comme eux, mais comme les deux disciples de l’évangile, nous acceptons de faire ce qu’il nous dit et nous lui obéissons, dans la certitude que c’est pour oeuvrer à la préparation de sa venue, à l’avancée du règne, au témoignage de l’évangile dans nos vies et dans le monde.
Telle est notre vocation de disciple : celle de vivre, donc, dans la confiance. Ce sera mon premier point.

Et voici le deuxième point :
Cette curieuse scène, ce curieux équipage, cet animal, ces vêtements que l’on pose par terre ou qu’on utilise comme une scelle royale, cette petite cohorte d’amis qui acclament leur maître, tout cela ressemble à un geste prophétique à la manière des gestes prophétiques des temps anciens, comme ceux d’Esaïe ou de Jérémie.
Ce geste fait sens pour qui connaît le texte la bible hébraïque, pour qui connaît aussi le prophète Zacharie avec sa référence à l’âne comme étant qualifié de monture messianique, et pour qui connaît en son cœur l’espérance en la venue du messie où chacun aura accès au salut et où chacun, avec les autres, sera dans la proximité de Dieu.
Ce geste, donc, aussi humble et discret soit-il, ne doit pas être brocardé ou condamné. Jésus sait bien l’effet produit par cette petite mise en scène, et il sait aussi que certains de ceux qui assistent à l’événement vont être gênés, comme certains de ses amis et notamment, parmi eux, parmi ses proches, les pharisiens. Mais, sans exagérer, il pose un signe qui fait réfléchir.
Et la réflexion est la suivante : est-ce que oui ou non nous pensons que le règne de Dieu s’est approché ? Et comment cela s’est-il produit ? Comment cette approche s’est- elle réalisée ? Le geste prophétique nous apprend à déchiffrer tout cela.
Ce geste nous dit que l’approche du royaume ou du salut est semblable à une marche commune. Peut-être une marche dans un joyeux désordre, à la manière du désordre de nos Eglises, de toutes nos Eglises, mais une marche commune. Humble mais pas timide, humble et publique ; joyeuse mais pas orgueilleuse, joyeuse mais pas trop tapageuse, elle avance vers le temple de Jérusalem, vers le lieu de la rencontre.
Et rien ne pourra l’empêcher, en quelque sorte. Rien ne l’empêchera même si certains voudraient qu’elle se fasse en silence. Le message, quoiqu’il advienne, passera.
Même si l’on faisait taire les disciples, le messie, alors, trouverait une autre manière de faire connaître son projet et de le réaliser. « Si les disciples se taisent, les pierres crieront. »…
Le deuxième point est donc celui-ci : le projet se réalise, sachez-le, croyez-le, et ce d’autant plus que nous n’en sommes pas les maîtres d’oeuvre. Ce qui nous est demandé, la seule chose qui nous soit demandée, est de savoir si nous y participons, si nous en sommes ou non. Si nous marchons avec Lui. Si nous sommes de ceux qui rabrouent, les râleurs professionnels, les rabat-joie, ou si nous sommes de ceux qui avancent, proposent, préparent, posent des vêtements sur le sol, posent des jalons, ouvrent le chemin, prennent les initiatives qui conviennent pour que la marche commune soit réussie.

Troisième point enfin, après celui de la confiance et le rappel de notre marche commune, la prière et l’enseignement. « Il entra dans le temple en leur disant ma maison sera une maison de prière, il enseignait tous les jours dans le temple. »
C’est qu’arrivé au temple, Jésus rappelle l’essentiel à savoir la rencontre personnelle avec le Seigneur dans la prière et à travers l’enseignement reçu. Une rencontre que nul ne peut vivre à la place de l’autre, et où la prière demeure le secret et le mystère d’une proximité imprenable. Et avec la prière, l’enseignement qui permet de comprendre et d’approfondir cette proximité et ce mystère.

Frères et sœurs, le récit de l’évangile de ce jour est pour vous.
Il vous rappelle premièrement à votre vocation de disciple, en replaçant toute votre vie dans l’esprit de la confiance. Deuxièmement, il raconte avec cette marche prophétique étonnante vers le temple que l’approche du salut pour le monde à laquelle vous êtes invités à participer avec beaucoup d’autres, différents et variés, est inexorable. Et enfin,troisièmement, il renvoie chacun de nous à l’intime et au singulier de la rencontre de la réflexion personnelle : c’est à notre intelligence et à notre discernement qu’il est fait appel ici, par l’injonction à s’exercer à la prière et à se mettre sérieusement à l’écoute d’un enseignement, afin que notre témoignage, éclairé par ce dialogue précieux de la prière et sérieusement informé et formé par l’intelligence et la connaissance, soit aussi crédible, et par conséquent recevable par d’autres que nous.
Ce témoignage, c’est celui de Jésus, mort et ressuscité pour le salut du monde.

Amen.


[1] Cf. Luc 24 et le récit des disciples d’Emmaüs.

[2] La dernière à laquelle je participer avec vous cette année…

Luc 16, 19-31 – Parabole de l’homme riche et Lazare

Dimanche 17 mars 2013, Simone Bernard

 

Il y avait un homme riche qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et qui chaque jour menait joyeuse et brillante vie. Un pauvre couvert d’ulcères, du nom de Lazare, était couché à son portail ; il aurait désiré se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; même les chiens venaient lécher ses ulcères. Le pauvre mourut et fut porté par les anges dans le sein d’Abraham. Le riche aussi mourut et fut enseveli. Dans le séjour des morts, il leva les yeux ; et, en proie aux tourments, il vit de loin Abraham et Lazare dans son sein. Il s’écria : Père Abraham, aie pitié de moi, et envoie Lazare, pour qu’il trempe le bout de son doigt dans l’eau et me rafraîchisse la langue ; car je souffre dans cette flamme. Abraham répondit : (Mon) enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie et que de même Lazare a eu les maux, maintenant il est ici consolé, et toi, tu souffres. En plus de tout cela entre nous et vous se trouve un grand abîme afin que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous ne puissent le faire, et qu’on ne parvienne pas non plus de là vers nous. Le riche dit : Je te demande donc, père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père ; car j’ai cinq frères. Qu’il leur apporte son témoignage, afin qu’ils ne viennent pas aussi dans ce lieu de tourment. Abraham répondit : Ils ont Moïse et les prophètes ; qu’ils les écoutent. Et il dit : Non, père Abraham mais si quelqu’un des morts va vers eux, ils se repentiront. Et Abraham lui dit : S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader, même si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts.

Ce texte s’inscrit dans une série de paraboles : La brebis retrouvée – la pièce retrouvée – le fils retrouvé, passage intitulé quelquefois parabole du fils prodigue. Jésus a expliqué à ses disciples pourquoi il s’exprimait sous forme de parabole. Relisez dans Matthieu 13 les versets 10 0 17 d’où j’extrais ces lignes : « Voici pourquoi je leur parle en paraboles : parce qu’ils regardent sans regarder et qu’ils entendent sans entendre ni comprendre… »

Saurons-nous entendre, saurons-nous comprendre ce que nous dit Jésus à travers la parabole proposée ce matin à notre méditations ?
Nous nous trouvons devant deux personnages : un homme riche vivant dans l’opulence – qui n’est pas nommé – et un homme pauvre du nom de Lazare, ou Eléazar, ce qui signifie « Dieu aide ». L’homme riche n’a aucune pitié pour Lazare et ne lui octroie aucune aumône. Connaît-il seulement son existence ? La suite du récit nous prouvera le contraire. La mort vient faucher et Lazare et le riche, mais leur sort est bien différent. Le pauvre Lazare est désormais dans le sein d’Abraham, vivant une félicité. Il en va tout autrement de l’homme riche qui se retrouve dans ce que l’on peut nommer les flammes de l’enfer. Nous pourrions lui rappeler les paroles du Seigneur rapportées par le prophète Esaïe : « Je procure en plein désert de l’eau, des fleuves dans la lande, pour abreuver mon peuple, mon élu… » Mais le riche ne pense pas à Dieu. Plus prosaïquement, c’est à Lazare qu’il pense ; il suggère à Abraham de le lui envoyer afin de le rafraîchir. A ses yeux, Lazare reste un inférieur qui peut encore être à son service, même dans l’au-delà. La mort ne lui a pas ouvert les yeux sur les rapports entre les êtres. Abraham va remettre les choses en place : Abraham, qui a connu le malheur sur terre, est maintenant dans la félicité, et le riche qui a été dans l’opulence, connaît maintenant la souffrance. Et il n’existe pas de solution pour rétablir l’équilibre : les relations sont impassibles entre les deux mondes, celui des bienheureux et celui des damnés.

Le récit nous montre alors une facette plus sympathique de l’homme riche : il demande que ses frères soient mis au courant de sa situation afin d’échapper au même sort. Une fois encore il suggère que Lazare aille bers ses frères. Abraham explique alors à l’homme riche qu’il est impossible de passer du royaume des morts à celui des humains ; l’enseignement qui est dispensé ici-bas doit suffire pour ouvrir la voie du ciel. Faisons un détour par l’épître aux Philippiens. L’apôtre Paul s’exprime ainsi : « Il s’agit de le connaître, lui – le Christ – et la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, de devenir semblable à lui dans la mort. » La parabole ne fait pas mention du Christ – c’est lui qui s’exprime, bien vivant, avant Gethsémané et l’évènement de Pâques. L’homme riche qui ne s’est soucié que de son bien-être et de sa renommée est tombé au plus bas. Il se trouve en enfer.
L’enfer joue un grand rôle dans cette parabole, mais il n’en est pas le cœur. Si le centre du récit était la prédication de l’enfer, la parabole voudrait dire qu’il suffit d’être pauvre pour aller au paradis et que tous les riches sont damnés. Je ne crois pas que les membres des associations caritatives s’appuient sur la parabole du riche et de Lazare pour venir en aide à tous les démunis, leur redonner espoir en un monde meilleur. Suffirait-il de dire à un S.D.F. rencontré dans la rue qu’il a un avenir radieux pour que son visage s’illumine et qu’il se voie déjà dans le paradis – sans lui donner la moindre pièce ni lui adresser le moindre mot de réconfort…

L’enseignement central de ce récit est la relation riche / pauvre et l’importance de la vérité de Moïse et des prophètes. La parabole est un appel à la justice sociale et au partage. Il n’est pas besoin d’une révélation spéciale pour entendre cet appel, il suffit d’être à l’écoute des Ecritures. Jésus utilise ainsi la parabole pour dire aux Pharisiens qui aimaient l’argent qu’il ne suffit pas d’appliquer la Loi pour être quitte avec l’Ecriture : il faut être capable de voir le pauvre qui est à sa porte.
Ce texte qui parle de damnation, de châtiments éternels peut nous choquer. Nous avons des difficultés à le relier à l’affirmation centrale de l’Ecriture selon laquelle Dieu est amour.
Tout au long de son ministère, Jésus s’est tourné vers les plus défavorisés : malades, infirmes, indigents, apportant guérisons et réconfort. A chacun de relire cette parabole en l’actualisant. Nous sommes submergés par des appels en faveur d’œuvres multiples qui ont toutes leur raison d’être : appels en direction des enfants malheureux, des personnes âgées, des handicapés, des malades atteints de maux divers… Comment répondre à toutes ces détresses ? C’est ce qui s’efforce de faire l’association DIESE qui nous sollicite chaque dimanche. Que l’Esprit nous éclaire dans les choix que nous avons à faire et que toute action concoure à l’annonce de l’Evangile.

Souvenons-nous de la déclaration du prophète Esaïe : « Je procure en plein désert de l’eau, des fleuves dans la lande, pour abreuver mon peuple, mon élu. »
Cette eau, sachons la partager avec ceux qui ont soif, soif d’espoir, soif d’amour.

Amen