Matthieu 18, 23-35 – « Le serviteur impitoyable »

Dimanche 11 septembre 2011 – par Frédéric Martin

 

C’est pourquoi, voici à quoi ressemble le Royaume des cieux : Un roi décida de régler ses comptes avec ses serviteurs. Il commençait à le faire, quand on lui en amena un qui lui devait une énorme somme d’argent. Cet homme n’avait pas de quoi rendre cet argent ; alors son maître donna l’ordre de le vendre comme esclave et de vendre aussi sa femme, ses enfants et tout ce qu’il possédait, afin de rembourser ainsi la dette. Le serviteur se jeta à genoux devant son maître et lui dit : « Prends patience envers moi et je te paierai tout ! » Le maître en eut pitié : il annula sa dette et le laissa partir. Le serviteur sortit et rencontra un de ses compagnons de service qui lui devait une très petite somme d’argent. Il le saisit à la gorge et le serrait à l’étouffer en disant : « Paie ce que tu me dois ! » Son compagnon se jeta à ses pieds et le supplia en ces termes : « Prends patience envers moi et je te paierai ! » Mais l’autre refusa ; bien plus, il le fit jeter en prison en attendant qu’il ait payé sa dette. Quand les autres serviteurs virent ce qui était arrivé, ils en furent profondément attristés et allèrent tout raconter à leur maître. Alors le maître fit venir ce serviteur et lui dit : « Méchant serviteur ! j’ai annulé toute ta dette parce que tu m’as supplié de le faire. Tu devais toi aussi avoir pitié de ton compagnon, comme j’ai eu pitié de toi. » Le maître était fort en colère et il envoya le serviteur aux travaux forcés en attendant qu’il ait payé toute sa dette.

Cette parabole, que l’on ne trouve que chez Matthieu, est sans doute le texte le plus riche sur le pardon. Le récit prend place dans une série d’enseignements destinés aux disciples.

Un maître entreprend de faire rendre des comptes à ses serviteurs. L’un d’entre eux a une dette de 10 000 talents. C’est un chiffre colossal. Un talent valait environ 6 000 deniers. Si l’on se réfère à la parabole des ouvriers de la dernière heure, au chapitre 20, on apprend qu’un denier représentait une journée de travail d’un ouvrier agricole. 10 000 talents c’est ainsi 60 millions de journées de travail, une dette considérable que l’on ne peut évidemment pas rembourser.

Le serviteur étant insolvable, le maître le vend ainsi que sa famille, ce qui était une attitude juste à l’époque en Israël. Le serviteur implore son maître en sollicitant un délai et en promettant de tout régler, ce qui est naturellement irréaliste, et, chose stupéfiante, le maître, ému, le laisse aller et lui remet l’intégralité de sa dette sans plus de formalité. Ainsi, à l’image de ce serviteur, que le maître voulait vendre avec sa famille, nous sommes potentiellement réduits à l’esclavage par nos péchés. Dieu nous considère comme pleinement responsable et nous impute nos fautes. Mais le Seigneur est miséricordieux. Emu, il nous pardonne et nous délivre de l’angoisse quand nous prenons conscience de nos péchés, aussi colossale que soit la dette accumulée. 10 000 talents, 60 millions de journées de travail peuvent être effacées d’un coup ! Lorsqu’il dispense son pardon, le Seigneur ne compte pas, ne mesure pas, ne limite pas sa bienveillance, ne pose aucune condition. Pas de sursis, pas de période probatoire ou de remise de peine. Il lui suffit d’être ému.

Le pardon ne présuppose même pas une demande de pardon. Vous l’avez remarqué, le serviteur ne demande pas l’annulation de la dette mais son échelonnement. Il est prêt à payer toute sa dette. Cette attitude de Dieu va l’encontre de toute démarche de pénitence. Dieu ne compte pas, ne conditionne pas son pardon qui ne dépend que de lui.

La suite du récit est plus perturbante. Le sort réservé au serviteur qui exige le remboursement jusqu’au dernier denier d’une dette, somme toute modeste, est peu enviable. Malheureusement, nous nous identifions assez facilement à lui. Nous savons la difficulté qui est la nôtre de pardonner le mal qui nous est fait. Pardonner nous semble une position de faiblesse et si nous pardonnons de petites offenses, nous pensons que nous risquons d’en subir de plus importantes. Nous ne voulons rien laisser passer, faire un exemple, donner une leçon. Nous jugeons et quantifions avec notre propre échelle et nous commençons à nous enfermer, à enfermer notre relation avec l’autre, dans un système, une posture dont il est difficile de sortir. Le pardon va à l’encontre de notre désir d’obtenir notre revanche et plus nous plaçons haut la mesure du mal qui nous est fait, moins nous sommes enclins à pardonner.

Quand nous commençons à compter, la perspective du pardon s’éloigne.

En refusant le pardon, nous restons lié au mal. Comme le serviteur impitoyable, nous sommes malheureux et nous répandons la peine autour de nous. Nous nous maintenons dans une posture de victime.

Par le contraste saisissant des deux récits, Jésus balaye d’un coup cette logique toute humaine. D’un côté une dette incommensurable effacée d’un coup par le maître. De l’autre un acharnement mortifère pour quelques deniers.

L’attitude du roi est également surprenante ; dans une affaire d’une importance considérable pour lui, il abandonne 10 000 talents puis il va se mêler d’une histoire qui ne le concerne pas directement et qui ne porte que sur 100 deniers dus à un autre !

Mais ce qui préoccupe le roi, ce qui est au cœur de cette parabole, ce n’est pas la dette, ce n’est pas le préjudice, le péché ou le mal subi mais avant tout le comportement du serviteur.

Tout cela nous met mal à l’aise car nous connaissons nos faiblesses.

La dureté des paroles rapportées par Matthieu (le serviteur est livré aux bourreaux) est proportionnelle à notre réticence à pardonner, même les plus petites fautes. Elle vise à nous bousculer, à nous faire changer de direction, à suivre un tout autre chemin. Nous ne sommes pas appelés à de petits ajustements furtifs pour améliorer notre quotidien mais à une véritable démarche de conversion.

L’Evangile de Matthieu est un « évangile de combat » et, plus que tous les autres, il met en valeur la condition du disciple. Un manuel à notre intention avec une référence : la perfection divine. Ainsi dans le chapitre 6 au verset 44 : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. Alors vous serez fils de votre Père qui es dans les cieux. Qui aime ses ennemis ? Qui pardonne à ses ennemis ? Cette exigence divine nous semble impossible à atteindre. Mais cette perfection est celle d’un Dieu plein de sollicitude qui connaît nos faiblesses.

Depuis la croix et la résurrection, il n’y a plus rien à payer, juste à accueillir la grâce, la promesse du royaume déjà présent dans le pardon reçu et donné. Face à notre montagne de dettes, face à notre impossibilité à pardonner, une croix et dressée et s’ouvre la possibilité d’une libération, d’un nouveau départ, d’une renaissance.

La parole absolue, excessive de Jésus est la parole même du Règne de Dieu qui fait surgir, pour celui qui le reçoit dans la foi, une nouvelle compréhension de Dieu, du monde, des autres. Cette parole ouvre une voie, un chemin sur lequel nous sommes accompagnés, portés par le Seigneur.

En liant au travers de cette parabole le pardon donné par Dieu et le pardon donné (ou refusé par les hommes), Dieu bouleverse nos constructions humaines ; les torts que nous avons subis, et auxquels nous donnons une importance démesurée, se révèlent bien faibles par rapport à notre dette vis-à-vis de Dieu.

En prenant conscience de la remise totale, gratuite, inconditionnelle de notre dette, nous sommes libérés pour pardonner à notre tour.

Pardonner c’est peut-être faire preuve de faiblesse car nous abandonnons une dette. Mais de cette faiblesse libératrice naît une force que rien n’arrête et qui nous dépasse, à l’image du dénuement complet de Jésus sur la croix, de son abandon total, et de la force qui jaillira de la résurrection.

Ce lien avec le pardon reçu change la nature du pardon donné. Ce n’est plus une morale, une règle de vie sociale ou psychologique ni même une obligation religieuse mais une conséquence de notre condition de disciple. « pardonne à ton frère de tout ton cœur » nous dit Jésus en conclusion de la parabole. Le pardon est une nécessité existentielle pour notre salut. Il est au cœur de la foi.

C’est à mon pardon plein, total, absolu, sincère que je reconnais, les autres avec moi, que je vis moi-même du pardon reçu de Dieu. Dieu me pardonne et me permet de pardonner. Quand Dieu a transformé mon passé, je peux à mon tour transformer celui des autres. En me disant « je te pardonne », Dieu me dit en même temps : « va maintenant et pardonne ». En nous aimant, il nous demande d’aimer. La grâce de Dieu est à l’œuvre quand nous sommes pardonnés. Elle est à l’œuvre quand nous pardonnons. Le royaume de Dieu est déjà là.

Nous regardons alors l’autre non comme un débiteur mais comme un frère en Christ.

Nous coupons notre lien avec le mal subi qui empoisonnait notre relation et nous enfermait dans une prison, comme le serviteur impitoyable.

Nous réalisons que nous ne tenons pas les autres entre nos mains mais que nous sommes nous-mêmes dans les mains de Dieu et qu’il suffit de nous laisser conduire là où il veut nous mener.

Peut-on tout pardonner ? Cette interrogation retentit particulièrement en ce dimanche 11 septembre chez tous ceux qui ont pu être touchés par les attentats terroristes de New York et de Washington. Elle retentit aussi dans le cadre familial ou professionnel dans lequel nous subissons parfois des offenses ou des agressions qui nous minent.

Dieu appelle au pardon de l’impardonnable. D’une certaine manière il n’y a de véritable pardon que si le mal est impardonnable car ainsi nous entrons alors véritablement dans le royaume de Dieu qui n’est pas le monde du compromis et de l’amour distillé au compte-gouttes mais celui du don total et gratuit.

Certes le chemin est difficile mais il n’y a pas d’autres issues. Il faut souvent du temps et sans l’aide de Dieu, rien n’est possible. Mais le Seigneur est persévérant et ne nous laisse jamais tomber ! Le psalmiste nous l’a rappelé dans notre première lecture : Le Seigneur est compatissant et clément, patient et grand par la fidélité.

Par cette parabole, Jésus nous met sur le chemin du pardon qui est d’abord bénéfique pour celui qui le donne.

Il nous annonce qu’il est possible de sortir de l’enfermement du mal, de la vengeance et du désir de réparation.

Il nous pousse à notre tour à pardonner, comme il l’a fait sur la croix : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font.

Nous sommes désormais entre les mains de Dieu, sous son regard bienveillant, sur le chemin qu’il nous trace et que nous empruntons avec confiance.

Et je terminerai avec ces paroles de Paul aux Ephésiens : Soyez bons les uns envers les autres, compatissants. Faites-vous grâce réciproquement comme Dieu vous a fait grâce en Christ [1].

Amen


[1] Eph. 4, 32

Jean 1, 35-51 – « Que cherchez-vous, une sagesse ou une espérance ? »

Prédication du 4 septembre 2011 – par le Pasteur François Clavairoly

 

Le lendemain, Jean était de nouveau là, avec deux de ses disciples. Quand il vit Jésus passer, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu ! » Les deux disciples de Jean entendirent ces paroles, et ils suivirent Jésus. Jésus se retourna, il vit qu’ils le suivaient et leur demanda : « Que cherchez-vous ? » Ils lui dirent : « Où demeures-tu, Rabbi ? » – Ce mot signifie « Maître ». – Il leur répondit : « Venez, et vous verrez. » Ils allèrent donc et virent où il demeurait, et ils passèrent le reste de ce jour avec lui. Il était alors environ quatre heures de l’après-midi.

L’un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean et avaient suivi Jésus, était André, le frère de Simon Pierre. La première personne que rencontra André fut son frère Simon ; il lui dit : « Nous avons trouvé le Messie. » – Ce mot signifie « Christ ». – Et il conduisit Simon auprès de Jésus. Jésus le regarda et dit : « Tu es Simon, le fils de Jean ; on t’appellera Céphas. » – Ce nom signifie « Pierre ». –

Le lendemain, Jésus décida de partir pour la Galilée. Il rencontra Philippe et lui dit : « Suis-moi ! » – Philippe était de Bethsaïda , la localité d’où provenaient aussi André et Pierre. – Ensuite, Philippe rencontra Nathanaël et lui dit : « Nous avons trouvé celui dont Moïse a parlé dans le livre de la Loi et dont les prophètes aussi ont parlé . C’est Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth. » Nathanaël lui dit : « Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? » Philippe lui répondit : « Viens, et tu verras. »

Quand Jésus vit Nathanaël s’approcher de lui, il dit à son sujet : « Voici un véritable Israélite ; il n’y a rien de faux en lui. » Nathanaël lui demanda : « Comment me connais-tu ? » Jésus répondit : « Je t’ai vu quand tu étais sous le figuier , avant que Philippe t’appelle. » Alors Nathanaël lui dit : « Maître, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël ! »

Chers amis, frères et soeurs,

Les premiers mots de Jésus, du moins ceux rapportés par l’évangéliste Jean, sont ceux d’une interrogation : « Que cherchez-vous ? ».

Non pas « qui ? », comme s’il fallait un chef, un guide, un gourou, mais « que » cherchez-vous ?

Et ces mots résonnent comme une interrogation adressée à chacun, comme un appel devinant la réalité de notre quête personnelle et spirituelle dans laquelle nous sommes les uns et les autres engagés déjà depuis si longtemps. Que cherchons-nous en vérité ? Et quel sens, s’il y en a un, osons-nous donner à notre existence ? L’irruption de la parole de Jésus dans ce récit évangélique, avant d’être réponse est donc questionnement, mise en route et invitation bienveillante à poursuivre inlassablement une recherche au long d’un parcours personnel et intime.

Que cherchez-vous exactement, en venant ici, ce matin ?

Vous cherchez peut-être, comme moi, une parole qui fait du bien et qui réalise le bien qu’elle énonce, vous cherchez une bénédiction. Cette parole venue de Dieu vous est donnée aujourd’hui, je l’atteste. Et je vous en rappelle la force et la pérennité : au moment même où vous la recevez, elle vous fait entrer dans une perspective de vie, pour toujours.

Vous cherchez une nourriture solide, un pain qui rassasie votre faim douloureuse d’exister pour quelqu’un ou votre faim tout aussi douloureuse d’être aimé par quelqu’un : cette nourriture vous est offerte de même, je l’atteste. Et sur la table sainte, le pain qui réconforte et qui restaure se trouve accompagné d’un vin inépuisable qui réjouit et qui brûle nos coeurs d’une présence aimante, bénie et partagée. Ce pain et ce vin sont alors pour vous signes et prémisses d’un monde qui vient, et contestation prophétique du nôtre où tant de souffrances inconsolées attendent leur guérison et leur apaisement.

Vous cherchez peut-être encore autre chose, les clefs d’une sagesse…et les philosophes de notre temps comme ceux d’hier nous en proposent de nombreuses.

Mais à y regarder de près, si les clefs sont nombreuses, la sagesse à laquelle elles nous donnent accès, celle qui se dit ou s’enseigne ici et là et qui se vend si bien dans nos librairies, est bien souvent celle d’une progressive acceptation du monde, celle d’un consentement, même éclairé, à toute chose qui advient, y compris à la mort. Elle est la sagesse du courage et de l’abnégation, de l’approbation –amor fati– sorte d’amen au destin qui nous serait réservé, et finalement conformation à ce qui est puisqu’il est tellement vain de se révolter.

La sagesse, il est vrai, est admirable. Elle se tient stoïque et ferme devant l’adversité, elle est sereine en toute circonstance et quasi héroïque, du moins aspire-t-elle à le devenir. Elle rencontre parfois même la géniale intuition bouddhique d’un accueil souriant du monde et d’un plongeon spirituel en lui qui englobe toutes choses et s’y fond …

Que cherchez-vous, demande Jésus ?

Lui, en tout cas, ne cherche pas de héros à sa suite, ni des sages ni même des courageux. C’est à nous qu’il s’adresse et il sait de quoi nous sommes faits : il connaît nos larmes secrètes, nos déplorations et nos fatigues cachées. Il sait nos égarements, nos épuisements, et nos chemins de ronces. Il sait que la douleur d’une mère qui perd son enfant est inextinguible et atroce, et il ne l’acceptera ni n’y s’en satisfera jamais.

Il sait que les violences et la barbarie des hommes se déploient au grand jour avec les dictateurs qui les encouragent, comme elles s’expriment aussi dans les plus petits gestes de nos vies conjugales, familiales et sociales, et qu’y consentir est tout simplement inacceptable.

L’Evangile dont nous parle le récit de ce jour, n’est donc pas tant une sagesse, comme s’il s’agissait d’en déployer les effets en Eglise, et de créer -mais avec quels moyens ?- une sorte d’Eglise école, une espèce d’Eglise modèle, un incroyable monastère d’hommes devenus sages, hommes nouveaux, et enfin réconciliés avec eux-mêmes ! Il résonne bien plutôt comme une parole vive et s’offre comme une nourriture offertes à tous ceux qui sur leur route, et à tout âge, en toute circonstance heureuse ou malheureuse, peinent à vivre avec eux-mêmes, ont faim et soif, et veulent se reconnaître comme des humains blessés mais révoltés, fragiles mais non pas résignés, dignes et indignés, lucides et réalistes mais dont le regard intérieur voit loin.

L’Evangile est alors parole et nourriture qui attestent qu’une espérance traverse ce temps et cet espace qui sont les nôtres. Et en cette espérance s’origine le sens de nos vies.

Or l’espérance de l’Evangile inquiète quelque peu la sagesse et trouble son horizon immobile. Elle agace sa quête de sérénité. Mais elle l’emmène avec elle et lui montre et lui apprend à discerner les voies d’un autre monde.

L’espérance ne se satisfait pas du déjà-là. Elle désigne de loin un pas encore.

Un peu sur le mode de ces paroles de Jésus, après qu’il a dit à ses disciples : « Que cherchez-vous ? », il les invite à la découverte et à l’inconnu de rencontres à venir en disant : « Venez et vous verrez ! ».

Et il leur fait comprendre qu’ils n’ont pas tout vu, que tout n’est pas encore advenu ici et maintenant.

Et alors André entraîne Simon, et Simon rencontre Jésus, et Jésus rencontre Philippe, Philippe Nathanaël et toute une chaîne, jusqu’à vous tous ce matin, et tous ceux qui en ce moment même et dans le monde entier désignent de loin « ce » qui est en train d’advenir, et « celui » qui vient.

En le nommant de mille manières, Roi d’Israël, fils de Joseph, Fils de Dieu, Messie…

Ils n’ont rien vu ! Ecoutez :

« Oui, je vous le déclare, c’est la vérité, dit Jésus, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au dessus du Fils de l’Homme », autrement dit, en référence à ce texte du livre de la Genèse qui relate le fameux rêve de l’échelle de Jacob, le ciel s’ouvre, et l’horizon ne se limite pas seulement à celui de ce monde-ci.

Le ciel s’ouvre et, par la vision d’un au-delà que la sagesse humaine ne perçoit pas, s’inaugure en Jésus, le Fils, et non plus seulement en Jacob-Israël, un salut pour le monde entier. Un au-delà dont les limites dépassent celles de telle ou telle nation, telle ou telle culture, et où toute l’humanité se trouve convoquée, invitée, accueillie, et promise à la vie.

Que cherchez-vous, demandait Jésus au début de l’évangile ?

Et nous de répondre ensemble : ta parole et ton pain. Et lui de nous dire, en ouverture à cette année ecclésiale : en vérité, c’est moi qui vous cherche, qui entreprend de vous chercher, c’est moi qui part à votre recherche, inlassablement et avec bienveillance, et j’ouvre le ciel pour que notre communion et notre joie soient complètes, au delà de toute détresse et de toute larme, de toute crainte et de toute violence.

Et je vous offre ma parole et mon pain, signes d’une réalité toute humaine, ouvrant vos yeux et vos coeurs aussi aux réalités ultimes.

Frères et soeurs, qu’aux noms de Nathanaël, Simon, André, et Philippe, s’ajoutent désormais les vôtres et ceux de toute la multitude des témoins, comblés par une parole qui bénit et rassasiés pour la marche sur un chemin d’espérance par une nourriture éternelle,

Amen