Jean 17,1-11, « La relation idéale : l’unité du Père, du Fils et des disciples »

Dimanche 5 juin 2011, par Rodolphe Kowal, stagiaire de l’Institut protestant de théologie

 

17 1 Après avoir ainsi parlé, Jésus leva les yeux vers le ciel et dit : « Père, l’heure est venue. Manifeste la gloire de ton Fils, afin que le Fils manifeste aussi ta gloire. 2 Tu lui as donné le pouvoir sur tous les êtres humains, pour qu’il donne la vie éternelle à ceux que tu lui as confiés. 3 La vie éternelle consiste à te connaître, toi le seul véritable Dieu, et à connaître Jésus-Christ, que tu as envoyé. 4 J’ai manifesté ta gloire sur la terre ; j’ai achevé l’oeuvre que tu m’as donné à faire. 5 Maintenant donc, Père, accorde-moi en ta présence la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe . 6 Je t’ai fait connaître à ceux que tu as pris dans le monde pour me les confier. Ils t’appartenaient, tu me les as confiés, et ils ont obéi à ta parole. 7 Ils savent maintenant que tout ce que tu m’as donné vient de toi, 8 car je leur ai donné les paroles que tu m’as données et ils les ont accueillies. Ils ont reconnu que je suis vraiment venu de toi et ils ont cru que tu m’as envoyé.

9 « Je te prie pour eux. Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as confiés, car ils t’appartiennent. 10 Tout ce que j’ai est à toi et tout ce que tu as est à moi ; et ma gloire se manifeste en eux. 11 Je ne suis plus dans le monde, mais eux sont dans le monde ; moi je vais à toi. Père saint, garde-les par ton divin pouvoir, celui que tu m’as accordé , afin qu’ils soient un comme toi et moi nous sommes un.

La prière de Jésus qui conclut les discours d’adieu est un texte très riche de sens, dense et complexe auquel le christianisme s’est souvent référé tout au long de son histoire. Il contient de nombreuses affirmations fondamentales pour la foi.

Dans l’Évangile de Jean, cette prière se situe dans une temps pendant lequel Judas est parti trahir Jésus. Pendant que Jésus prononce son discours, Judas le trahit. Juste après la prière, Jésus est livré. La tension dramatique de l’Évangile de Jean est donc extrême à ce moment de la narration.

Bien que nous nous situions dans le temps de Pâques entre l’Ascension et la Pentecôte, la lecture de l’Évangile que nous faisons ce matin se situe en parallèle de ces fêtes. Avec Jean, nous vivons une expérience de la foi que prend une autre forme. C’est une autre façon de vivre la présence de l’Esprit et du Seigneur dans le temps post-pascal dans lequel, nous – comme les disciples auxquels Jésus s’adresse – nous situons.

Dans cette prière, nous contemplons une relation idéale, voulue par Jésus, du Père avec le Fils, du Fils avec ceux qui lui sont donnés – les disciples -, et des disciples avec le Père : une relation d’unité. Il y a dans ces quelques versets des paroles puissantes, capables de nous aider à bien nous situer dans notre relation de chrétien à Dieu.

Le texte relève bien du genre littéraire de la prière. Le narrateur commence par ces mots : « Jésus leva les yeux au ciel » (Jn 17,1). Il se divise en deux parties : Jésus s’adresse au Père pour lui-même et, ensuite, pour ses disciples.

Lorsque Jésus s’adresse au Père pour lui, il lui demande de le glorifier : que le Père soit glorifié en glorifiant le Fils.

Le terme glorifier est assez spécifique du judaïsme et du christianisme. Il porte l’idée de « mettre en valeur », de « rehausser l’éclat de quelqu’un ». Si l’on est glorifié par Dieu, on est élevé à une gloire éternelle.

Jésus demande pour ses disciples qu’ils soient unis dans son nom, le nom de Jésus-Christ. Jésus reconnaît aussi qu’il est glorifié dans ses disciples (au sein de l’Église). La glorification est donc croisée. Elle circule du Père au Fils, du Fils au Père et des disciples au Fils et au Père.

Nous nous trouvons donc face à deux demandes de la part de Jésus : une première demande de Jésus pour lui-même, qui fera que Jésus sera l’égal de Dieu et une seconde demande, qui est une demande pour autrui, celle d’un Jésus médiateur – ou intercesseur – auprès du Père.

La première demande de Jésus c’est d’être glorifié par le Père. Comment Jésus est-il glorifié ? – En étant crucifié et ressuscité dans sa Passion.

La prière peut nous donner un nouvel angle de vue pour la Résurrection : la Résurrection est la conséquence d’une demande faite au Père. Pour ressentir pleinement l’effet de cette nouvelle perspective, nous pouvons nous placer dans la disposition de quelqu’un qui écouterait le récit de l’Évangile de Jean pour la première fois. En dépliant ainsi la narration, elle prend soudainement beaucoup d’épaisseur : au moment où la demande est faite, il n’y a pas de certitude. Quand Jésus prie le Père, il n’a aucune certitude d’obtenir la résurrection.

Bien sûr, nous savons déjà à l’avance tout ce qui va se passer.

La mort et la résurrection de Jésus dans sa Passion vont venir valider, offrir une réponse positive à une prière. Pour le christianisme, la croix et la résurrection deviendront les signes de ralliement, le signe de l’adhésion à la nouvelle foi.

La prière regorge d’affirmations concernant la foi et notre relation à Jésus-Christ.

Jésus, dans cette phase de l’Évangile de Jean est un homme, un corps, un personnage incarné, il est palpable, visible, présent d’un manière concrète, tangible. Il est dans le monde, comme les disciples, comme nous aujourd’hui.

Avant sa prière, Jésus nous a parlé de la présence qui le remplacera : l’Esprit saint, l’Esprit de la vérité, un autre défenseur, une autre forme de présence.

Dans la prière, Jésus demande à être glorifié par le Père. La demande est curieuse. Il y a quelque chose d’anormal. Elle n’est pas dans l’ordre des choses : dans le judaïsme, le premier commandement de la deuxième table de la loi indique d’honorer son père et sa mère. Glorifier, c’est bien plus qu’honorer. La demande de Jésus, bien qu’il soit un fils obéissant au plus haut point, est donc une demande paradoxale.

En demandant à être glorifié comme il glorifie lui-même son père, Jésus se place dans une relation d’égalité avec le Père.

De la relation triangulaire Père, Fils et Esprit saint, l’Église ancienne a formulé une doctrine fondamentale : celle de la Trinité. Si cette doctrine a pu parfois sembler un peu abstraite ou compliquée, elle n’en est pas moins fondée sur des textes tels que la prière sur laquelle nous méditons ce matin et qui contient toutes sortes d’affirmations fondamentales de la foi chrétienne.

L’égalité du Père et du Fils ainsi posée dans la prière de Jésus a une conséquence d’une extrême importance : ceux qui sont dans la relation au Fils (à Jésus-Christ) sont en même temps en relation avec le Père, c’est-à-dire le Dieu d’Israël, celui qui est revendiqué par le judaïsme, et en particulier par le mouvement pharisien du Ier siècle. En Jésus-Christ, la relation à Dieu est ouverte à quiconque croit.

Connaître Jésus-Christ, c’est connaître Dieu. La foi chrétienne donne un nouvel accès à Dieu, une nouvelle chance pour chacun !

Qui sont ceux qui sont concernés par ce nouvel accès à la vie éternelle, la connaissance de Dieu ?

Nous aurions envie de répondre, avec générosité : tout homme, toute l’humanité. Ce n’est pas exactement ce que laisse entendre la prière de Jésus. Le texte répond : ceux qui sont à Dieu, ceux qui sont dans le monde et que Dieu confie à Jésus. Le texte ne se prononce pas sur ceux qui sont élus et ceux qui ne le sont pas. Ce sont simplement des hommes qui ont cru.

J’en viens à la seconde demande que fait Jésus dans sa prière.

Dans cette partie de sa prière, Jésus se fait le médiateur des disciples. Il demande à Dieu pour eux.

« Moi, c’est pour eux que je demande » (Jn 17,9).

Ainsi, Jésus que nous avons suivi dans tous le récit évangélique, dont nous avons écouté les discours, médité sur les paraboles et les signes qu’il a produits, ce même Jésus, c’est l’unique relation dont nous avons besoin pour connaître le Père et obtenir la vie éternelle. C’est une conséquence de la relation d’égalité dont il a été question précédemment.

Dans cette prière de Jésus qui conclut les discours d’adieu, nous contemplons la relation idéale, voulue par Jésus, du Père avec le Fils, du Fils avec ceux qui lui sont donnés – les disciples, nous-mêmes -, et des disciples avec le Père : une relation d’unité.

Nous qui confessons la foi de Jésus-Christ, nous sommes ses disciples appelés à être unis, comme Jésus est dans une relation d’unité à son Père. C’est une relation qui nous rend joyeux et qui nous envoie vers les autres. Nous voulons partager cette joie avec tous ceux que nous rencontrons.

Amen.