Luc 4, v21-30 – « De Nazareth à Jérusalem, de la souveraineté qui impressionne à la majesté bafouée… »

Dimanche 31 janvier 2010 – par François Clavairoly

 

20 Puis Jésus roula le livre, le rendit au serviteur et s’assit. Toutes les personnes présentes dans la synagogue fixaient les yeux sur lui. 21 Alors il se mit à leur dire : « Ce passage de l’Écriture est réalisé, aujourd’hui, pour vous qui m’écoutez. » 22 Tous exprimaient leur admiration à l’égard de Jésus et s’étonnaient des paroles merveilleuses u qu’il prononçait. Ils disaient : « N’est-ce pas le fils de Joseph ? » 23 Jésus leur déclara : « Vous allez certainement me citer ce proverbe : « Médecin, guéris-toi toi-même. » Vous me direz aussi : « Nous avons appris tout ce que tu as fait à Capernaüm, accomplis les mêmes choses ici, dans ta propre ville. » » 24 Puis il ajouta : « Je vous le déclare, c’est la vérité : aucun prophète n’est bien reçu dans sa ville natale. 25 De plus, je peux vous assurer qu’il y avait beaucoup de veuves en Israël à l’époque d’Élie, lorsque la pluie ne tomba pas durant trois ans et demi et qu’une grande famine sévit dans tout le pays v . 26 Pourtant Dieu n’envoya Élie chez aucune d’elles, mais seulement chez une veuve qui vivait à Sarepta, dans la région de Sidon w . 27 Il y avait aussi beaucoup de lépreux en Israël à l’époque du prophète Élisée ; pourtant aucun d’eux ne fut guéri, mais seulement Naaman le Syrien x . »

28 Tous, dans la synagogue, furent remplis de colère en entendant ces mots. 29 Ils se levèrent, entraînèrent Jésus hors de la ville et le menèrent au sommet de la colline sur laquelle Nazareth était bâtie, afin de le précipiter dans le vide. 30 Mais il passa au milieu d’eux et s’en alla.

Chers amis, frères et sœurs,

L’incident de Nazareth est révélateur du projet que met en récit l’évangéliste Luc concernant le ministère de Jésus.

Un projet ouvert, universel, transfrontalier, en croissance dynamique : le projet de faire passer un message d’espérance partout où il n’a pas atteint ses destinataires et n’a pas encore été entendu et reçu, y compris en dehors des limites géographiques et ethniques dans lesquelles Jésus se déplace naturellement.

Ce projet que l’on peut qualifier de missionnaire est celui que l’Eglise reprendra à son compte, après lui et grâce à lui.

La fameuse phrase devenue proverbiale : « nul n’est prophète en son pays » que l’on trouve dans ce récit n’a donc pas pour unique signification la stigmatisation des proches ou des compatriotes excédés par la radicalité de la parole prophétique et peu réceptifs à la pertinence du message, mais aussi et surtout la puissance et le dynamisme d’une parole qui ne peut précisément pas être retenue ni captive, et qui résiste finalement à toute assignation à résidence d’un groupe, d’une culture ou d’un territoire.

Les deux exemples que reprend Jésus au cours de sa controverse à la synagogue de Nazareth, celui d’Elie et celui d’Elisée, rappellent cette puissance de vie prophétique à l’œuvre y compris à l’étranger et en faveur de l’étranger, en faveur d’une veuve habitant Sarepta, en terre étrangère, qui vient de perdre son enfant ou d’un officier syrien atteint de la lèpre. Les prophètes sont ainsi « offerts » au monde entier. Et leur parole rencontre le cœur de quiconque sur cette terre la reçoit et l’entend. Elle résonne encore aujourd’hui, traversant l’espace et le temps, et nous touche :

Point n’est besoin, par exemple, d’être noir ou baptiste ou américain pour entendre Martin Luther King, et considérer alors vraiment, dans quelque contexte que ce soit, tout homme comme un frère et non pas comme un ennemi potentiel, un être inférieur ou une menace qu’il faut expulser. Point n’est besoin d’être résistant, luthérien et abandonné de tous au fond d’un cachot pour entendre la voix spirituelle de Dietrich Bonhoeffer qui fait écho à celle du crucifié, et vivre alors libre, et plus que cela, libéré de toute obsession de la recherche pour soi-même d’un privilège, d’un pouvoir, d’uneplace, et même de la liberté !

Point n’est besoin d’être universitaire et français pour entendre Paul Ricoeur révéler la force éminente du symbole de l’évangile de Jésus-Christ et revisiter alors tous les textes bibliques en toute liberté pour y trouver l’expression vivante d’un message qui fonde notre identité en un autre que nous-même, et ailleurs que dans le désir insatiable d’une toute puissance.

La prophétie est irrépressible, transversale, internationale, universelle, en même temps qu’elle touche le cœur de celui qui, dans sa singularité et son intimité la plus unique, l’entend et la reçoit comme une parole adressée et personnalisée.

Bien avant Médecins sans frontières, le Dieu d’Israël avait mis en route prophètes sans frontières.

Et dans cette lignée prestigieuse et risquée, Jésus s’aventure, dès le début de son itinéraire, à Nazareth qui veut le précipiter du haut d’un rocher et le tuer, et à la fin de son parcours, à Jérusalem qui l’élèvera sur la croix, le montrant ainsi, l’exposant, sans le vouloir, aux yeux du monde entier.

Jusque dans sa mort, jusque dans ses derniers cris inarticulés, le prophète déchire le silence qui tenait cachée la parole, et il révèle à ceux qui le cherchaient quel est son Dieu qui se donne à voir dans un crucifié :

-  Dieu souverain qui « passe » au travers de la foule hostile, et qui s’en va sans que quiconque ose l’inquiéter, comme lors de l’incident de Nazareth,
-  Dieu crucifié qui se laisse insulter et massacrer comme à Jérusalem, au nom de la même souveraineté libre, mais s’abandonnant en un lâcher prise d’une majesté bafouée pleine de miséricorde.

L’Evangile de Jésus-Christ n’est donc pas un message réservé aux VIP de la foi, issus d’une caste ou résidant dans tel quartier : il est offert aux veuves qui ont tout perdu, leur mari, leur fils, leur sourire, leur maison, leur identité. Il est alors puissance de résurrection et de vie. Il est offert aux malades qui ne guérissent pas et qui cherchent désespérément leur guérison, alors même qu’ils sont loin de se douter qu’ils l’ont déjà trouvée, car ils ont été secrètement rejoints par Christ. Il est encore signe d’espoir pour ceux qui se sont perdus dans la lamentation et dans la plainte, et qui trouvent enfin leur consolation.

Il est offert à tous ceux qui, dans la synagogue de Nazareth ou au Golgotha, ont les yeux rougis et le cœur brûlant car ils ont entendu et compris comment se présente en vérité ce Dieu d’amour : souverain et brisé, impressionnant de force et désarticulé sur la potence, autrement dit porteur d’une force imprenable et acceptant de s’en défaire absolument pour que chacun comprenne enfin -dans la foi- qu’il n’impose rien par la force mais qu’il attend chacun à sa suite, dans une décision libre et responsable pour vivre d’une vie nouvelle.

Tout est dit : à Nazareth, Jésus est souverain. On ne l’attrapera pas. Il a tant de choses, en effet, à dire encore. A Jérusalem, on le livrera au bourreau et la torture brisera son corps épuisé, et fermera sa bouche. Mais selon l’évangile de Luc, sa parole, ici à Nazareth, ou son silence là, à Jérusalem, font signe à qui sait lire ce récit :

Dès lors, il revient au lecteur qui entend et reçoit, au lecteur qui ouvre ses yeux et son cœur, au lecteur quel qu’il soit et qui habite évidemment un autre pays et un autre temps que lui, de « dire en son nom », en parole et en acte, que la puissance et la souveraineté de Dieu, depuis ces jours, sont bien au service de l’amour : un amour sans frontière, un amour éperdu envers toute créature vivante et souffrante. Une puissance et une souveraineté au service de l’amour, et, par conséquent, au service d’un pardon qui relève, qui guérit, et qui promet inlassablement de ressusciter – nous dirions aujourd’hui de « recommencer sans cesse la création et l’histoire- dans la liberté et la joie,

Amen

 

Luc 24, 36-53 – « Etre témoins »

Dimanche 24 janvier 2010 – par le Père Benoît Bourgoin, curé de la paroisse catholique de Saint-André de l’Europe, à l’occasion de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens

 

Le premier jour de la semaine, de grand matin, elles vinrent à la tombe en portant les aromates qu’elles avaient préparés. Elles trouvèrent la pierre roulée de devant le tombeau. Etant entrées, elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. Or, comme elles en étaient déconcertées, voici que deux hommes se présentèrent à elles en vêtements éblouissants. Saisies de crainte, elles baissaient le visage vers la terre quand ils leur dirent : « Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, mais il est ressuscité. Rappelez-vous comment il vous a parlé quand il était encore en Galilée ; il disait :  » Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des hommes pécheurs, qu’il soit crucifie et que le troisième jour il ressuscite » ». Alors, elles se rappelèrent ses paroles ; elles revinrent du tombeau et rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres. C’étaient Marie de Magdala et Jeanne et Marie de Jacques ; leurs autres compagnes le disaient aussi aux apôtres. Aux yeux de ceux-ci ces paroles semblèrent un délire et ils ne croyaient pas ces femmes. Pierre cependant partit et courut au tombeau ; en se penchant, il ne vit que les bandelettes, et il s’en alla de son côté en s’étonnant de ce qui était arrivé. Et voici que, ce même jour, deux d’entre eux se rendaient à un village du non d’Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem. Ils parlaient entre eux de tous ces événements. Or, comme ils parlaient et discutaient ensemble, Jésus lui-même les rejoignit et fit route avec eux ; mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Il leur dit : « Quels sont ces propos que vous échangez en marchant ? » Alors ils s’arrêtèrent, l’air sombre. L’un d’eux nomme Cléopas, lui répondit : « Tu es bien le seul à séjourner à Jérusalem qui n’ait pas appris ce qui s’y est passé ces jours-ci ! – Quoi donc ? » leur dit-il. Ils lui répondirent : « Ce qui concerne Jésus de Nazareth, qui fut un prophète puissant en action et en parole devant Dieu et devant tout le peuple : Comment nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour être condamné a mort et l’ont crucifié ; et nous, nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël. Mais, en plus de tout cela, voici le troisième jour que ces faits se sont passés. Toutefois, quelques femmes qui sont des nôtres nous ont bouleversés : s’étant rendues de grand matin au tombeau et n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire qu’elles ont même eu la vision d’anges qui le déclarent vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau et ce qu’ils ont trouvé était conforme a ce que les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu ». Et lui leur dit : « Esprits sans intelligence, cœurs lents a croire tout ce qu’ont déclaré les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Ecritures ce qui le concernait. Ils approchèrent du village où ils se rendaient, et lui fit mine d’aller plus loin. Ils le pressèrent en disant : « Reste avec nous car le soir vient et la journée déjà est avancée ». Et il entra pour rester avec eux. Or, quand il se fut mis à table avec eux, il prit le pain, prononça la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent, puis il leur devint invisible. Et ils se dirent l’un a l’autre : « Notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait les Ecritures » ? A l’instant même, ils partirent et retournèrent à Jérusalem ; ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, qui leur dirent : « C’est bien vrai ! Le Seigneur est ressuscité, et il est apparu à Simon ». Et eux, racontèrent ce qui s’était passé sur la route et comment ils l’avaient reconnu à la fraction du pain. Comme ils parlaient ainsi, Jésus fut présent au milieu d’eux et il leur dit : « La paix soit avec vous ». Effrayés et remplis de crainte, ils pensaient voir un esprit. Et il leur dit : « Quel est ce trouble et pourquoi ces objections s’élèvent-elles dans vos cœurs ? Regardez mes mains et mes pieds : C’est bien moi. Touchez-moi, regardez ; un esprit n’a ni chair, ni os, comme vous voyez que j’en ai ». A ces mots, il leur montra ses mains et ses pieds. Comme, sous l’effet de la joie, ils restaient encore incrédules et comme ils s’étonnaient, il leur dit : « Avez-vous ici de quoi manger » ? Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé ; il le prit et mangea sous leurs yeux. Puis il leur dit : « Voici les paroles que je vous ai adressées quand j’étais encore avec vous : il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes ». Alors il leur ouvrit l’intelligence pour comprendre les Ecritures, et il leur dit : « C’est comme il a été écrit : le Christ souffrira et ressuscitera des morts le troisième jour, et on prêchera en son nom la conversion et le pardon des péchés à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. C’est vous qui en êtes les témoins. Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Pour vous, demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez, d’en haut, revêtus de puissance ». Puis il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. Or, comme il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel. Eux, après s’être prosternés devant lui, retournèrent a Jérusalem pleins de joie, et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu.

Traduction œcuménique de la Bible (TOB)

Chers amis, ce matin, je vous invite à suivre ces femmes qui partent de bon matin visiter le tombeau du Christ, à suivre Pierre et les autres disciples. Pour renouveler notre rencontre avec le Ressuscité, pour puiser la grâce de la résurrection. Le Christ a quelque chose à nous dire, le Christ est là.

Je vous invite à suivre ces témoins pour ensuite aller visiter nos propres tombeaux, revisiter nos lieux de mort, d’échec, d’épreuve, de deuil. Devant la mort, nous sommes saisis par la douleur, la tristesse, l’angoisse, la solitude et devant l’annonce de la résurrection comme ces femmes et les disciples nous sommes déconcertés, saisis de crainte, bouleversés. Certains choisissent l’ironie devant l’annonce de la résurrection, et en tout cas, force est de constater que nous manquons à comprendre.

Ce n’est pas nouveau, Jésus le dit lui-même. « Esprits sans intelligence, cœurs lents à croire ». C’est alors qu’il leur parle et « il leur ouvrit l’intelligence pour comprendre. »

Il y a de l’inouï, de l’incompréhensible dans cette expérience de la résurrection ! En se rendant au tombeau, ils ne sont pas témoins d’un moment, ils ne sont pas témoins d’un comment, mais d’un état, ils sont témoins d’une réalité. Il n’est plus là, il est vivant.

Cette réalité se propose, disons peut-être même s’impose mais ne se prouve pas. Nous ne sommes pas témoins d’un comment, mais d’une réalité annoncée, proposée à notre liberté. Christ est Vivant, comme il l’a promis !

Il n’est pas ici, dans ce lieu de mort, mais il est Ressuscité. Rappelez-vous comment il vous a parlé quand il était encore en Galilée.

Ces femmes, les disciples ne voient qu’un tombeau ouvert, un tombeau est vide, les bandelettes sont rangées. Tout est incompréhensible et tout est signe. Le lieu de la mort est bouleversé pour être rendu à la vie. Et nous ne comprenons pas !

Dans nos vies si marquée par les conflits, par les drames nous risquons de ne voir que les nouvelles de malheur. De nous enfermer, de nous ficeler, de nous nouer. Il me semble qu’à la vue de ce tombeau, nous devons apprendre à comprendre nos vies avec une mémoire marquée par les promesses de Dieu maintenant réalisées. Voir la puissance de la résurrection dans cette pierre rendant le tombeau ouvert à la vie. Voir la puissance de la résurrection, à travers ces bandelettes dénouées et rangées. Voir la puissance de la résurrection, à travers toutes les libérations, les réconciliations, les pardons, les guérisons… La promesse est réalisée pour l’homme et pour le rendre à la vie

Il reste que notre cœur est lent à croire. Il nous faut sur le chemin de nos désillusions, de nos échecs, réentendre celui que nous connaissons encore si mal, celui que nous avons tant de mal à reconnaître sur le chemin de nos existences.

Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, Je suis là comme sur le chemin d’Emmaüs. Apprenons à nous édifier les uns les autres pour entrer dans l’intelligence de la Parole de notre Seigneur. Apprenons à goûter cette intimité avec le Ressuscité dans notre prière. Apprenons à le reconnaître, lui qui est présent.

Le fruit de la Résurrection est évident, c’est la joie, la joie des femmes qui reviennent vers les apôtres leur annonçant qu’il est vivant, la joie des disciples à se retrouver réunis dans la Paix de leur Seigneur, la joie de l’avoir découvert dans le partage du pain, la joie d’avoir éprouvé cette intimité à l’écouter, la joie de le dire, de le chanter, de le crier !

Ne cherchons pas d’autre critère, la rencontre avec le Seigneur, avec le Vivant illumine le cœur de l’homme en lui déposant la grâce de la Joie. Une Joie qui nous associe au chœur des anges qui chantent la Gloire de Dieu ; Une Joie qui nous associe aux innombrables témoins du Ressuscité.

La joie n’a pas besoin d’artifice, elle rayonne. Et elle porte du fruit par l’unité, le dynamisme de la mission et le don de soi.

Soyons simples, sincères et vrais.

Entre chrétien, nous ne sommes pas en pleine communion. Notre division peut s’expliquer par l’histoire, la théologie, nos appartenances familiales, culturelles, mais elle révèle plus que cela la division de nos cœurs. Ne cherchons pas des coupables, ne nous jugeons pas, mais attachons-nous à la personne du Christ et travaillons par une amitié vraie à l’unité entre chrétiens.

Dans cette prière œcuménique prions pour porter le désir d’unité, en nous évangélisant réciproquement, en nous édifiant réciproquement. Notre recherche œcuménique nous enrichit par la diversité de nos traditions, de nos expériences et de nos recherches. Notre prière et notre réflexion nous entraînent alors sur un chemin de purification, peut-être de simplification de notre Foi, sans doute pas par un relativisme, mais par un enrichissement pour approfondir notre relation à la Personne du Christ.

Être témoin, c’est être engagé fondamentalement dans une relation personnelle avec la personne du Christ mort et ressuscité et à la suite des Saintes femmes et des apôtres c’est ouvrir notre intelligence pour vivre dans l’Alliance et l’annoncer.

Avez-vous remarqué dans l’évangile que tout va dans tous les sens. Les femmes, Pierre et les disciples, le voyage à Emmaüs. Chacun à sa manière, chacun en son temps et chacun en son lieu. Chacun a eu une expérience unique du Ressuscité. C’est lui qui fait l’unité de tous ces événements parce que c’est Lui qui rassemble et donne un sens.

Frères et sœurs cette rencontre avec le Ressuscité, c’est elle qui nous pousse à aller vers nos frères, et être confirmés dans cette joie pascale. « Ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, qui leur dirent : « C’est bien vrai ! Le Seigneur est ressuscité, et il est apparu à Simon ». Et eux racontèrent ce qui s’était passé sur la route et comment ils l’avaient reconnu à la fraction du pain. »

L’élan œcuménique nous engage dans une relation d’amitié et de fraternité. L’élan missionnaire nous engage à rejoindre tous les hommes pour vivre de cette amitié et de cette fraternité. Il est difficile de vivre en famille, et plus reposant de rester chacun chez soi ! Mais le ressuscité nous oblige à voir notre frère. Nous avons besoin des uns et des autres dans le respect de nos identités.

J’ai besoin de toi mon frère, toi qui connais ou ne connais pas le Christ. J’ai besoin de toi mon frère, parce qu’en priant « Mon Père », c’est « Notre Père » qui m’appelle à t’aimer et te dire combien tu es son enfant bien aimé.

J’ai besoin de toi pour goûter la joie parfaite de l’unité, de la communion avec Notre Père.

Cela réinterroge nos communautés aussi chaleureuses accueillantes, ouvertes soient-elles, sans le désir de l’unité et de la mission, je crains qu’elles ne deviennent ni vivantes, ni fécondes.

Je voudrais confier au Seigneur tous les couples appartenant à deux traditions, deux églises, ou communions chrétiennes.

Vous êtes l’anticipation d’une réconciliation, d’une communion parfaite. Vous êtes une alliance prophétique. Ne vous étonnez pas de souffrir, Ne vous étonnez pas de mal comprendre, Ne vous étonnez pas d’être mal compris, vous éprouvez les souffrances de l’enfantement de la communion de l’église eschatologique, du jour de la Parousie.

À travers vous, ce que vous vivez, comme alliance d’amour, de manière positive, par un amour fidèle heureux et fécond, vous nous dites la joie des noces avec le Ressuscité, vous nous faites comprendre la joie de l’unité et de la communion dans cette alliance divine avec le Vivant.

Seigneur ne cesse pas de nous parler sur le chemin de nos existences, ouvre notre intelligence pour comprendre et vivre de tes promesses.

Luc 3, v15-22 – « Au baptême de Jésus, au commencement d’un monde nouveau, Dieu part à la recherche de son humanité … »

Dimanche 10 janvier 2010 – par François Clavairoly

 

[3.15] Comme le peuple était dans l’attente, et que tous se demandaient en eux-même si Jean n’était pas le Christ, [3.16] il leur dit à tous : Moi, je vous baptise d’eau ; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers. Lui, il vous baptisera du Saint Esprit et de feu. [3.17] Il a son van à la main ; il nettoiera son aire, et il amassera le blé dans son grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint point. [3.18] C’est ainsi que Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple, en lui adressant encore beaucoup d’autres exhortations. [3.19] Mais Hérode le tétrarque, étant repris par Jean au sujet d’Hérodias, femme de son frère, et pour toutes les mauvaises actions qu’il avait commises, [3.20] ajouta encore à toutes les autres celle d’enfermer Jean dans la prison. [3.21] Tout le peuple se faisant baptiser, Jésus fut aussi baptisé ; et, pendant qu’il priait, le ciel s’ouvrit, [3.22] et le Saint Esprit descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et une voix fit entendre du ciel ces paroles : Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis toute mon affection.

Chers amis,

« Pendant qu’il priait, le ciel s’ouvrit… »

Ces quelques mots signalent que le temps où l’on croyait que ne soufflait plus l’Esprit de Dieu est enfin révolu, et que commence une ère nouvelle qu’inaugure Jésus.

Luc est seul à mentionner, à ce moment du récit du baptême, la prière de Jésus. On dirait même que pour lui c’est là l’essentiel. Tous les éléments du récit s’organisent autour d’elle.

-  L’image de la colombe évoque le texte de la Genèse où l’oiseau rapporte à Noé le rameau d’olivier, symbole de réconciliation et de paix, signe de l’alliance que désire conclure Dieu avec les hommes et la cration.
-  L’Esprit semble planer sur les eaux, ici celles du Jourdain, comme dans l’antique récit où il est écrit qu’il planait sur les eaux primitives d’une création encore à venir.
-  Les mots venus des cieux rappellent la parole créatrice du commencement du monde.

L’eau, l’esprit, la parole : ainsi est-il suggéré que s’accomplit une nouvelle création, au moment même de la prière de Jésus, et que s’ouvre un temps nouveau pour le monde.

Mais la particularité la plus remarquable du récit, précisément en réponse à cette prière, est cette formulation de la parole venant d’en haut, comme une citation presque exacte reprise du psaume 2 : « Tu es mon Fils, moi aujourd’hui, je t’ai engendré… »

Ainsi, le baptême de Jésus, comme notre propre baptême qui s’enracine dans la prière, fait entrer chacun, mystérieusement, en une sorte d’engendrement spirituel, dans la conscience d’une nouvelle identité : l’identité de Fils, l’identité de fils et fille d’un même Père, l’identité, par conséquent, de frères et sœurs en Jésus le Christ, au commencement d’une création nouvelle. Qu’est-ce donc que le baptême, après tout ce qui vient d’être énoncé, sinon le signe d’une appartenance, l’appartenance à la grande famille de Dieu notre Père qui entend notre prière ? Mais plus que cela, le baptême est le « signe réalisé » d’une parole venue d’en haut (signe qu’il est convenu de nommer sacrement, depuis si longtemps) : « Tu es mon Fils bien aimé en qui j’ai mis toute mon affection », c’est-à-dire que la relation avec ce Père – relation d’engendrement spirituel – se trouve qualifiée de relation d’amour et de paix (la référence à la colombe et la désignation de bien-aimé en témoignent).

Ce qui « signifie », au sens sacramentel du mot, que même si à nos yeux nous sommes coupables de bien des choses inacceptables, même si à nos yeux nous somme peu aimables et même impardonnables, et même à vues humaines irréconciliables avec Dieu, si en conscience nous nous considérons encore pêcheurs et ne méritant en aucun cas cette filiation, cette adoption, cet « engendrement » et ces mots d’amour tendre d’un Père à son enfant, aux yeux de Dieu il en va tout autrement : pour lui, en effet, nous sommes aimés, sauvés, réhabilités, relevés, ressuscités.

Or c’est très exactement ce qu’a voulu traduire en son temps le réformateur Luther par cette expression étonnante qui définissait le statut du chrétien : simul justus et peccator, à la fois juste et pêcheur, autrement dit en même temps justifié, sauvé par l’initiative souveraine et gratuite de Dieu en Jésus -Christ, alors même qu’à nos yeux nous ne sommes que de pauvres pêcheurs.

Le baptême de Jésus, comme tout baptême, ouvre par conséquent sur un chemin nouveau où nous comprenons dans la foi que notre propre regard sur nos vies n’est précisément pas celui de Dieu qui nous aime et nous a pardonnés, celui de Dieu qui nous fait revivre, nous « déculpabilisant » définitivement, au sens le plus fort de ce terme.

Jean le baptiste s’est donc trompé, lui qui annonçait que l’oeuvre de l’Esprit se manifesterait par le truchement d’un terrible jugement opérant un tri sélectif rigoureux des hommes, et par leur destruction dans le feu de la géhenne où seraient jetés les coupables.

L’Esprit se manifeste tout autrement, selon l’Evangile, comme une colombe, avons-nous lu, et il agit en Jésus et en nous-mêmes, établissant pour toujours et de façon irrévocable une relation filiale avec le Père, un Père aimant et affirmant à pleine voix qu’il a plaisir à vivre en notre compagnie !

Le baptême de Jésus fait alors advenir à nos conscience maintenant apaisées la vision d’un Dieu inattendu, pour beaucoup, car bienveillant et miséricordieux, et d’une certaine façon repentant car voulant s’approcher et se réconcilier avec tous ceux qui se tiennent présents, au bord du Jourdain, avec tous les « compagnons du Jourdain » dont Jésus est le premier.

Cette compagnie qui forme la toute première Eglise à laquelle nous avons été adjoints nous-mêmes par notre baptême, reste placée sous le signe du péché, certes, parce qu’encore marquée par tant de dérives, d’erreurs et de fautes, mais elle est sans cesse assurée d’être aimée par celui qui mystérieusement l’a mise en route pour annoncer cette étonnante nouvelle d’un Dieu qui, en Jésus, inlassablement part à la recherche de son humanité.

En Jésus, Dieu part à la recherche de son humanité. Et pour se réconcilier avec elle, en Jésus il se laisse découvrir comme Christ, le messie qui inaugure le temps du pardon et de la paix, dans l’attente du royaume. Devant nous, maintenant, non plus le temps de la crainte d’un jugement mais bien le temps du pardon et de la paix à vivre avec Dieu et à construire avec nous-mêmes et notre prochain, le temps de notre vraie humanité en Jésus-Christ,

Amen

Matthieu 2, v1-12 – « Nous autres, pauvres rois mages devenus riches… »

Dimanche 3 janvier 2010 – par François Clavairoly

 

[2.1.] Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem [2.2.] en disant : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu, en effet, son astre à son lever et sommes venus lui rendre hommage. » [2.3.] L’ayant appris, le roi Hérode s’émut, et tout Jérusalem avec lui. [2.4.] Il assembla tous les grands prêtres avec les scribes du peuple, et il s’enquérait auprès d’eux du lieu où devait naître le Christ. [2.5.] « A Bethléem de Judée, lui dirent-ils ; ainsi, en effet, est-il écrit par le prophète : [2.6.] Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es nullement le moindre des clans de Juda ; car de toi sortira un chef qui sera pasteur de mon peuple Israël. » [2.7.] Alors Hérode manda secrètement les mages, se fit préciser par eux le temps de l’apparition de l’astre, [2.8.] et les envoya à Bethléem en disant : « Allez vous renseigner exactement sur l’enfant ; et quand vous l’aurez trouvé, avisez-moi, afin que j’aille, moi aussi, lui rendre hommage. » [2.9.] Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route ; et voici que l’astre, qu’ils avaient vu à son lever, les précédait jusqu’à ce qu’il vînt s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’enfant. [2.10.] A la vue de l’astre ils se réjouirent d’une très grande joie. [2.11.] Entrant alors dans le logis, ils virent l’enfant avec Marie sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage ; puis, ouvrant leurs cassettes, ils lui offrirent en présents de l’or, de l’encens et de la myrrhe. [2.12.] Après quoi, avertis en songe de ne point retourner chez Hérode, ils prirent une autre route pour rentrer dans leur pays.

Chers amis,

Les mages apparaissent au début et disparaissent à la fin de notre récit.

Nous ne les retrouverons plus nulle part dans les évangiles.

Et s’il y a une épiphanie aujourd’hui, c’est, je crois bien, en plus de celle de Jésus révélé à Bethléem comme messie, cette apparition soudaine et imprévue de ces personnages troublants et inconnus venus de l’orient.

Les mages font une apparition dans l’évangile, telle une épiphanie du monde rendu présent dans ce bourg de Judée.

Et puis ils retournent à leur histoire et à leur destin dont nous ne saurons plus rien.

La tradition de l’Eglise, jalouse de voir lui échapper ces personnages et toutes ces choses étonnantes, voudra les garder encore un peu, les apprivoiser, les capturer. Elle parlera d’eux sans hésiter en affirmant qu’ils étaient au nombre de trois, ce que ne précise pas le texte biblique, elle parlera d’eux en les nommant par leur nom, alors qu’aucun nom n’est écrit : Gaspard, Melchior et Balthazar, ce qui ne manque pas d’allure et fait penser à des origines lointaines et exotiques…

De même, les présents qu’ils offrent au nouveau-né seront chargés par elle de quelques significations symboliques, et notamment, pour ce qui est de l’or, elle parlera de la royauté de Jésus, pour ce qui est de l’encens, de sa divinité, et pour ce qui est de la myrrhe, de son humanité et de sa mort à venir sur une croix.

L’épiphanie des mages est donc brève et mystérieuse dans le récit évangélique, elle s’étoffera selon les siècles et durera très longtemps dans la tradition, jusqu’au Moyen âge, jusqu’à Cologne en Allemagne où, devenus au cours d’une histoire imaginaire évêques et martyrs, leurs reliques déposées dans une châsse y seront vénérées et feront l’objet d’un culte.

Alors que retenir de tout cela ? Le texte, et le texte seulement, dans sa concision et mystère ? Ou bien la tradition, dans sa confusion, dans sa profusion de légendes et son imaginaire fécond ?

Albrecht Dürer – l’Adoration des Mages

Voilà bien deux routes devant nous, deux directions à suivre, comme deux formes de spiritualité qui se saluent à distance et s’empêchent apparemment l’une l’autre…La première attachée à l’Ecriture comme à un repère exclusif, un guide, un jalon suffisant, définitif et critique de tout autre considération.

La seconde, laissant libre cours à des narrations, des contes, des histoires, des rêves et des itinéraires imaginés.

Après tout, l’enjeu n’est peut-être pas si grave. Cette histoire de l’Evangile, tellement sobre, ne contient-elle pas -au sens de retenir- le désir et l’envie de tout lecteur de laisser jouer son imagination au point d’ajouter au mystère d’autres histoires, d’autres détails, d’autres anecdotes, comme des suites « contenues » mais non écrites, retenues et presque suscitées, suggérées par les silences du récit ? Et est-ce un hasard s’il faut attendre peu à peu le VIè siècle, avec la tradition apocryphe, pour « découvrir » enfin qu’ils étaient trois, et le IXè pour « apprendre » qu’ils étaient rois, ces mages, et puis évêques et martyrs !

Leur épiphanie n’en finit pas de nous étonner.

En tous cas -la chose est essentielle- l’idée de la tradition, une tradition si belle et si prolixe, comme l’idée du récit biblique dans sa sobriété, restent les mêmes et peuvent se résumer ainsi : des gens venus de loin, des gens venus d’on ne sait où, ont reconnu le messie, l’ont adoré et puis sont repartis.

Comme dans l’Eglise, comme dans nos paroisses, il arrive de temps en temps que des personnes inconnues, des personnages venus de loin, venus d’on ne sait où, s’arrêtent un jour, guidés par leur étoile, s’assoient sur nos bancs et passent un temps parmi nous et puis repartent et disparaissent.

Que dire alors de ces personnes de passage, que dire d’autre ? Etaient-elles croyantes, étaient-elles incroyantes ? Et ces mages de l’Evangile sont-ils devenus juifs, sont-ils devenus chrétiens ? Nul ne le sait -sauf la tradition, évidemment, qui les imagine et les rêve martyrs…et y croit-.

Je pense pour ma part qu’il y a dans ce monde beaucoup de rois mages comme nos trois Gaspard, Melchior et Balthazar, beaucoup d’êtres qui cherchent et qui se cherchent en même temps, et qui trouvent avec nous, en présence du Christ, tout ce dont ils ont besoin pour leur vie, le temps ou le moment d’une adoration et d’un culte, …et puis s’en vont. Et qu’on ne verra plus. Des êtres qui ont suivi une route les menant au Christ, mystérieusement, des êtres qui poursuivront leur voyage avec dans le coeur l’or, l’encens et la myrrhe qu’ils ont cru déposer là, mais qui les ont enrichis, en réalité, au plus profond d’eux-mêmes. Puisqu’ils ont compris en un éclair que Christ était roi, et aussi présence de Dieu, et enfin crucifié pour leur salut. L’or, l’encens et la myrrhe, ces premiers cadeaux de la foi offerts par les mages sont alors étonnamment devenus les cadeaux du Christ lui-même à chacun d’eux : l’or comme symbole de la certitude de sa royauté sur le monde, l’encens comme symbole de sa divinité bienveillante et la myrrhe comme symbole de son humanité livrée pour le salut de tous.

Mais il y a plus que cela, il y a plus que ces êtres qui, comme les mages, s’arrêtent un jour et adorent le Seigneur et puis repartent sans laisser de trace : il y a chacun de nous. Chacun de nous comme « roi mage » ou « reine mage », faisant une apparition ou plus exactement nous présentant devant Dieu tels que nous sommes. Et ce n’est pas tous les jours que nous osons faire cela ! Nous présenter à Dieu tels que nous sommes, nous arrêtant un instant, le temps d’un dimanche, le temps d’un culte, d’une célébration, d’une prière chez soi, le temps d’une minute seulement. Le temps d’une halte où nous « apparaissons » devant Dieu après avoir parcouru nos propres itinéraires, venant d’on ne sait où, de si loin parfois et de tant de détresses, de tant de fatigues. Et voulant nous restaurer, nous reposer, nous arrêter un peu pour que cesse un instant notre si longue marche.

Le culte est en vérité l’un de ces instants, comme aussi quelques autres plus secrets, où nous déposons devant Dieu nos convictions et nos doutes, le poids de nos soucis, nos élans et nos joies, nos peines et nos interrogations les plus intimes.

Et où tout cela se trouve soudain comme transfiguré, transformé, récapitulé en Christ et restitué comme un cadeau inattendu qu’il nous fait, comme une grâce qui nous remet debout et permet alors un autre départ.

En ce début d’année où l’actualité du monde offre une réalité à voir faite de chaos et de grandes détresses, où nous ressentons des sentiments mêlés de peine, de chagrin et d’impuissance, au moment où comme le crie le psalmiste, nous nous demandons « ce qu’est l’homme si petit que tu en aies souci », nous pouvons recevoir ce récit de l’épiphanie des mages comme l’histoire simple mais tellement vraie des hommes sur cette terre, des hommes fragiles, comme des rois pauvres et misérables qui apparaissent et qui disparaissent soudain, et qui n’ont d’autre que leur vie à faire valoir « devant Dieu », qui n’ont rien d’autre que leur vie « pour Dieu ». Nous pouvons recevoir ce récit comme l’histoire de la fragilité des hommes : venus de loin pour adorer, et repartant les mains vides dans la nuit, mais devenus définitivement riches de leur voyage et de leur adoration. Comme chacun de nous sur cette terre, où notre seule richesse est le chemin et le voyage que le Seigneur nous donne de découvrir jour après jour pour aller à sa rencontre, et l’adoration, la louange et la reconnaissance qu’il est lui, et lui seul, le sauveur de toute mort.

Tout un voyage, donc, toute une vie pour rencontrer ce Seigneur, pour se mettre à genoux et pour l’honorer, telle est notre épiphanie. Et dès demain, d’autres routes, d’autres voyages pour en parler autour de nous, en témoigner avec d’autres dans le partage et la joie.

L’épiphanie est donc bien évidemment en premier lieu l’apparition du Seigneur sur la terre, et la venue de Jésus-Christ, pour notre salut. Mais c’est aussi notre possible apparition, enfin, sur cette même terre, notre épiphanie d’hommes sauvés, comme des mages, comme de pauvres rois mages nomades, certes, sans cesse en chemin, sans cesse en voyage, mais définitivement rendus vivants, rendus à la vraie vie -la vie éternelle- et pour toujours riches en nos cœurs, malgré toutes les détresses et toutes les horreurs, assurément riches de la « foi de Christ », le seul Sauveur,

Amen