Marc 2, 11 « Je te le dis : Lève-toi, prends ta natte, et rentre chez toi… »

Dimanche 22 février 2009 – par Michel Leplay

 

Frères et sœurs,

Je commencerai cette prédication – année Calvin oblige et plus ici qu’ailleurs ! – par une citation succulente du Réformateur français de Genève. Dans son Épître à Jacques Sadolet, « évêque de Carpentras, cardinal et illustre humaniste », il stigmatise le prêche des papistes, thomistes et autres sophistes. Dans cet extrait de cette Épître à Sadolet, il s’agit des sermons que le réformateur contredit ouvertement :

« Tu sais bien toi-même que ce n’était que pure sophisterie, voire et tant entortillée, tant mêlée, tant pleine de détours, et tant entre liée, que la théologie, scolastique ne pouvait dire, à bon droit, une certaine espèce de magie secrète… Quels sermons y avait-il en toute l’Europe, qui représentassent la simplicité en laquelle Saint Paul veut que le peuple chrétien demeure toute sa vie ? » [1]

Essayons à notre tour d’échapper à ces critiques acerbes d’autant qu’ils ne sont plus guère de saison dans la grande Église où l’on prêche souvent aussi bien que chez nous… Tant la prédication n’est pas chose facile qui devrait adresser aujourd’hui et maintenant une Parole de Dieu à chacune, à chacun, selon les mots mêmes de Jésus-christ dans l’Évangile de ce dimanche, lu et médité dans toutes les Églises chrétiennes :JE TE LE DIS…

Il y a, chers amis, une telle richesse d’enseignements dans cette belle histoire – si vraie qu’elle est rapportée par les trois Évangiles synoptiques avec peu de variantes, que je ne sais pas par où commencer et encore moins comment finir. Je retiens donc de façon arbitraire mais peut-être pédagogique, les trois points qui me semblent les plus accessibles et les plus actuels :
-   d’abord la SOLIDARITÉ humaine dans la détresse,
-   ensuite, notre FRAGILITÉ dans la faiblesse,
-   enfin, l’AUTORITÉ souveraine de la miséricorde.

La foule suit Jésus, comme toutes les foules quand il y a un élément mobilisateur, et elle s’entasse dans cette maison de Capernaüm qui est sans doute celle de Pierre, où le premier apôtre vit avec son épouse et sa belle-mère. Jésus est suivi, nous dit Marc, « parce qu’il annonce la parole », littéralement « il parle la parole ». Et nous n’avons dès lors, à notre tour et en son nom qu’une parole à annoncer, non pas nos paroles humaines fussent-elles pastorales, mais la Parole de Dieu qui délivre et bénit, qui relève et met en route. « Je te le dis, lève-toi… »

1- La SOLIDARITÉ

Cette expédition salutaire me semble bien exemplaire de la condition humaine de détresse : il faut s’y mettre à plusieurs. Il faut faire équipe et n’est solide que ce qui est solidaire ; voyez plutôt les porteurs : si l’un des quatre lâche prise, le brancard se déséquilibre et le paralysé chavire. Chacun porte sa part à son poste ; Chacun compte comme un unique, indispensable. Et c’est une belle définition de la solidarité humaine, au-delà même de son origine religieuse, comme on le voit par exemple dans « La Peste » de Camus.

A Capernaüm, donc, ce sont quatre camarades qui rendent au paralysé le service de l’amener vers Jésus. Les quatre gaillards avec leur casquette ou leur bonnet, en savates ou en baskets, enfin ces cortèges de fraternité solidaire comme on voit passer avec les Samu de Paris ou les brancards de Lourdes, ces faibles forces réunies en harmonie pour porter vers l’espérance les plus démunis d’autonomie. Mais on peut renverser la situation et découvrir aussi dans cette belle solidarité que c’est le pauvre paralysé qui enrichit les porteurs de la confiance qu’il leur fait pour le transporter en haut de l’escalier, puis sur la toiture découverte, et le descendre enfin avec les quelques cordes de leur amicale miséricorde pour sa misère, la nôtre, mes frères. Le paralysé de Capernaüm, est étendu sur son « grabat », soit un pauvre petit lit bas de malade, qu’on traduit aussi par paillasse, brancard, enfin chacun donnera un nom au meuble de sa condition, la paillasse du érémiste, le grabat du malade, le lit du bourgeois, le brancard bleu du blessé secouru, ou la civière qu’on escorte. Mais à, chacun, il y a une parole, « je te le dis », prends-toi en charge, emporte ce qui te portait, sois délivré de ta charge et va dans ta maison, chez toi pour être enfin toi-même, et sabler le champagne avec tes camarades ou aller à l’église chanter un Te Deum…

2- La FRAGILITÉ

Car il me semble, en second lieu, mais plus brièvement, que dans cette histoire le pardon des péchés et la guérison des maladies sont les deux faces d’une même faiblesse prise en compte par le bon Sauveur. La dispute avec les pharisiens permet d’apprendre que notre individu est en effet indivis, indivisible entre le corps et l’âme que les grecs distinguaient, alors que dans la perspective hébraïque l’être est comme créature vivante à laquelle Dieu donne le souffle terrestre. Et c’est, je crois, dans les plus grandes détresses, que nous réalisons combien notre être entier, dans sa fragilité d’esprit, d’âme et de corps attend la rédemption et la gloire à venir. Notre sœur Myriam le dit bien dans un chapitre de la Règle de Reuilly :

« Tombe dans les mains de Dieu avec ta faiblesse et ta douleur. En cette épreuve de pauvreté tu prends part à toutes les détresses de la terre et la douceur du Christ t’accompagne… » [2]

3- l’ AUTORITÉ

Après la solidarité humaine qui vient en aide à nos fragilités individuelles, reste le plus important qui est l’autorité de Jésus lui-même. Et deux remarques actuelles à ce sujet.

D’abord une enquête ou un sondage récent ont fait apparaître très nettement que dans la mentalité de nos contemporains, l’image de Jésus est intacte, reste positive, quelle que soit la définition qu’on donne de sa personne, alors que les Églises n’ont plus de loin le même attrait, quand elles ne sont pas repoussées. Heureusement qu’à côté d’exemples désastreux de contre-témoignage il y a encore des grandes figures christiques de solidarité et d’amour, dans toutes les communautés chrétiennes.

Ensuite il convient que dans notre culture d’héritage judéo-chrétien on tienne compte de l’unité de l’être dans toutes les composantes de sa personne. C’est la règle d’or des Comités d’éthique et de la recherche en cours sur les lois les meilleures ou les moins mauvaises qui pourraient encadrer les progrès de la médecine.

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Je conclus. L’année Calvin ne fait que commencer, et je vous fais grâce de tous les autres anniversaires de naissance qui s’empilent dans les agendas, de Louis Braille à Félix Mendelssohn, pour ne garder ici-même que la mémoire de St Paul dont c’est aussi l’année. Car il avait écrit au Éphésiens une épître dont je vous lis un passage. Ainsi je vous exhorte à porter le corps de la pauvre Église, souvent grabataire, en vous supportant les uns les autres, pour que nous étant levés nous soyons cette semaine, dans notre maison, chez nous, avec Dieu, et Dieu avec nous qui a fait sa demeure en nous :

« Je vous en supplie donc… vous que Dieu a appelés, conduisez-vous d’une manière digne de cet appel. Soyez toujours humbles, doux et patients. Supportez vous les uns les autres avec amour. Efforcez-vous de maintenir l’unité que donne l’Esprit Saint par la paix qui vous lie les uns aux autres … Il y un seul Dieu et Père de tous, qui règne sur tous, qui agit par tous et demeure en tous. »  [3]

Ainsi soit-il


[1] Calvin Œuvres Choisies, O. Millet, p. 86

[2] la Règle de Reuilly, p. 114

[3] Épître aux Éphésiens, 4 : 1-5

Exode 2 v. 1-10 et Luc 10, 25-37 : « qui est mon prochain ? »

Dimanche 15 février 2009 – par Giovanni Musi, étudiant en théologie

 

Ce morceau de l’Evangile de Luc sur lequel je vais orienter ma prédication de ce dimanche, se construit autour de 2 grandes questions, à savoir :

-   Que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ?
-   Qui est mon prochain ?

Ces deux questions s’inscrivent dans un débat provoqué par un « spécialiste de la Loi » qui interroge Jésus « dans le but de le mettre à l’épreuve », comme nous dit Luc au début de la lecture d’aujourd’hui.

Malgré les intentions du « spécialiste de la loi », ces deux questions ont traversé l’histoire du christianisme, depuis ses origines. Leur actualité demeure intacte, ce qui explique, entre autres, ma prédication d’aujourd’hui.

Mais qui est donc un « spécialiste de la loi » ou un « docteur de la Loi » et à quel titre s’adressait à Jésus pour le mettre à l’épreuve ?

Sans doute, le terme désignait-il l’un des membres (et pas des moindres) du principal courant du judaïsme du premier siècle, celui des Pharisiens.

Les Pharisiens, principalement laïcs, représentaient le courant majoritaire au sein du judaïsme à l’époque de Jésus.

En plus de la Thora, (la Loi, constituée par les 5 livres de ce que nous appelons aujourd’hui le PENTATEUQUE), ils attribuaient égale importance à la Loi Orale, (celle qui aurait été dictée par Dieu à Moise sur le Mont Sinaï au même moment de la loi écrite).

De cette loi orale, dont l’interprétation écrite au fil des siècles a constitué le TALMUD, les Pharisiens en étaient les gardiens jaloux et ils prétendaient en avoir l’exclusivité.

En outre, les Pharisiens étaient des ardents partisans de la souveraineté de Dieu sur l’homme. Ils croyaient à une hiérarchie d’anges et de démons, à la Résurrection des morts et à l’immortalité de l’âme.

Proches du peuple, ils prônaient une pratique assidue et scrupuleuse, mais RAISONNABLE, DE LA LOI DANS LA VIE PRIVEE ET PUBLIQUE DE CHAQUE ISRAELITE.

Ce n’est donc pas par hasard si les Pharisiens, tout au long du chemin entre la Galilée et Jérusalem, ont été les principaux interlocuteurs voire contradicteurs de Jésus.

C’est donc dans son rôle d’interprète crédité de la Loi et gardien de l’orthodoxie que le légiste prend la parole pour poser à Jésus la première question : « Que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? ».

Par cette question le docteur de la Loi voulait tendre un piège à Jésus, nous dit Luc.

Mais Jésus accepte la question qu’on lui pose comme authentique, comme si elle était la véritable expression d’une quête de sens, comme si le docteur de la Loi était de bonne foi. En effet, si Jésus avait répondu en donnant une solution toute faite, il se serait transformé, lui aussi, dans un docteur de la Loi, c’est à dire dans un professionnel d’une Religion bourrée de rites et de dogmes.

Non, Jésus répond au légiste par deux autres questions :

1) Qu’est qu’il y a écrit dans la Loi ?

2) De quelle manière lis-tu la Loi ?

En effet, la première question ne sert qu’à limiter le champ de la discussion. Etant Juifs tous les deux, la seule et unique référence ne pouvait qu’être que la Loi.

Mais c’est la seconde question à être beaucoup plus intrigante. Jésus lui demande : quelle est ta façon à TOI de lire l’Ecriture. Qu’est que t’en penses TOI. Quelle est Ta position personnelle. Jésus n’est pas intéressé à entamer avec quiconque une savante discussion théologique. Il veut savoir qu’est que tu as dans la tête et dans les tripes, TOI PERSONELLEMENT.

Frères et Sœurs, les Evangiles ne sont pas des traités de théologie mais des récits qui racontent le mystère de l’incarnation du Fils de Dieu et les rencontres qu’il a eues avec les hommes et les femmes de son temps.

Avec Zachée, avec la Samaritaine, avec la femme hémorroïsse, avec Nicodème, avec Barthimée l’aveugle, avec le jeune homme riche, avec Levi, le chef des péagers, et avec toute une série de blessés de la vie : des aveugles, des estropiés, des lépreux, des gens que le moralisme ambiant tenait aux marges de la société, en les jugeant fautifs et impurs à cause de leur handicap ou de leur maladie.

Mais aussi avec des hommes et des femmes parfaitement en phase avec les valeurs de la société dans laquelle ils vivaient, comme le docteur de la Loi de ce dimanche. Il nous ressemble beaucoup, avec sa rigueur morale, son esprit de géométrie et, sans doute, un sens aigu de la justice. Un homme bien, dans l’ensemble.

SUR TOUS CES GENS LA, JESUS A PORTE LE REGARD TENDRE ET COMPATISSANT DE SON PERE. A TOUS CES GENS-LA, BONS ET MECHANTS, INTELLIGENTS ET FAIBLES D’ESPRIT, JESUS A DONNE UNE CHANCE, UNE OPPORTUNITE, EN SE PROPOSANT COMME L’AUJOURD’HUI DE DIEU SUR LA TERRE.

« TU AIMERAS LE SEIGNEUR – LE SEIGNEUR TON DIEU DE TOUTE TON AME, DE TOUTE TA FORCE, ET DE TOUTE TA PENSEE ; ET TON PROCHAIN COMME TOI-MEME » voilà la réponse irréprochable donnée par le légiste aux deux questions que Jésus venait de lui poser. Le légiste vient de citer en premier le précepte de Dt. 6,4, que tout Juif pieux récite, hier comme aujourd’hui, deux fois par jour dans la prière FONDAMENTALE de la foi israélite : le SHEMA ISRAEL, un hymne d’un amour inconditionnel au Dieu unique qui récite au début : « Ecoute Israël ! Le Seigneur notre Dieu ; le Seigneur est un ! »

Ensuite, il a adjoint le précepte de Lévitique 19,18, concernant l’amour du prochain. En mettant à la suite ces deux versets, notre homme obéit à la tradition juive qui valorise, au même titre, l’amour d’autrui et l’amour de Dieu.

De toute évidence, Jésus est satisfait de sa réponse et il lui dit : « Bravo ! Tu as bien répondu. »

Jusque là, Frères et Sœurs, nous nous trouvons spectateurs d’un débat tout à fait interne à la tradition juive. Soit Jésus, soit le légiste, sont de bons Juifs. Et Jésus a été certainement le meilleur des enfants d’Israël et le fait que des soi disant chrétiens, durant leur histoire deux fois millénaire, aient persécuté les Juifs, a été un crime odieux sur le plan civil.

Sur le plan théologique, il a constitué le refus implicite de l’incarnation du Fils de Dieu dans l’homme.

Mais Jésus ne se contente pas d’un accord purement théorique ou théologique avec son interlocuteur. Il invite le légiste à sortir de ce cadre théorique et à rentrer dans le concret, à mettre en pratique l’enseignement de la loi. « Fais cela et tu vivras », lui dit Jésus.

Mais le légiste ne démorde pas et il lui pose une question apparemment sans importance, mais qui en réalité visait à obliger Jésus à prendre position pour ou contre quelque chose ou quelqu’un, à se situer à l’intérieur d’un cadre politico-religieux bien établi. Il lui demande : « Qui est donc mon prochain ? »

Si Jésus avait donné une définition du PROCHAIN, dont il aurait tracé les caractéristiques auxquelles il aurait dû répondre pour être accepté en tant que tel, il aurait pris position en faveur des uns et contre les autres. Bref, il se serait transformé en un légiste lui aussi.

C’était probablement l’espoir du Parti Pharisien qui était, sans doute, le plus proche de la façon de penser de Jésus : ramener ce meneur de foules à l’intérieur d’une orthodoxie bien définie, de telle manière que cette dernière puisse profiter de ses qualités extraordinaires.

Si Jésus, l’irrégulier, le franc tireur, le prophète itinérant et dérangeant était rentré dans les rangs, tout le monde aurait trouvé son compte. Le parti auquel Jésus aurait adhéré en aurait tiré parti. Et Jésus aussi : il aurait probablement terminé sa carrière au service de telle ou telle autre école théologique ou mouvement politique de son temps. Ainsi, la boucle aurait été bouclée.

Mais Jésus refuse, une fois de plus, le marché qu’on lui propose. Il ne tombe pas dans le piège et, en revanche, il raconte une parabole qui se terminera par une autre contre question.

Et nous voici, Frères et Sœurs, sur cette fameuse route qui descend de Jérusalem à Jéricho.

Hormis les brigands et l’aubergiste qui, sur cette route, sont chez eux, tous les autres personnages de ce récit sont de passage : la victime rouée de coups, le prêtre, le lévite et le Samaritain.

Quant à l’homme blessé, l’homme du voyage, Jésus ne nous dit rien de lui. Ni son nom, ni son âge, ni, surtout, sa nationalité ou son identité sociale, de telle manière que quiconque puisse se reconnaître en lui.

Le Samaritain, quant à lui, est un hérétique qui ne reconnaît que l’autorité de la loi écrite (la Thora) et récuse en bloc la loi orale.

Aux yeux sourcilleux du légiste, le Samaritain constitue l’antitype parfait des honorables serviteurs du Temple. Ceux-ci – les 2 employés du Temple – se tiennent à distance du blessé, réputé mort, sans doute pour ne pas se souiller de son sang. Ils veulent à tout prix respecter les interdits concernant l’impureté liée à la mort.

Le Samaritain, (l’hérétique, le non-conforme) – en revanche – se moque des interdits religieux. Il suit une autre logique, il a une autre morale : celle du cœur, dirions-nous, celle DES TRIPES, si l’on veut rester fidèle au texte grec Etre ému de compassion, dans le texte de Luc, n’est ni plus, ni moins que la traduction du verbe esplagnizomai qui veut dire « être bouleversé viscéralement » touché au plus profond, dirions-nous.

« Il eut pitié » nous lisons dans l’écriture d’aujourd’hui. Il eut pitié comme la fille du Pharaon. Elle-aussi fut émue de compassion pour un petit enfant Juif.

Frères et sœurs, la suite de l’histoire, nous la connaissons : la plus part d’entre nous, dès notre plus jeune âge. A la fin du récit, c’est Jésus qui renverse les rôles. Il met fin à l’interrogatoire posé par le légiste par une question simple, qui renverse toute la problématique du légiste : « Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ? »

Dans l’esprit de Jésus, le prochain est celui qui MANIFESTE DE LA MISERICORDE, NON CELUI QUI EN BENEFICIE. LE PROCHAIN, CE N’EST PLUS L’AUTRE A AIMER, MAIS CELUI QUI S’EST FAIT PROCHE DE LUI.

En posant la question de cette manière, le docteur de la Loi est obligé à désigner le SAMARITAIN, c’est-à-dire l’HERETIQUE, celui qui avait un rapport faussé vis-à-vis de la Loi, COMME CELUI QUI A ACCOMPLI LA LOI, DANS SON ESPRIT ET DANS SA LETTRE.

Jésus n’a plus alors qu’à inviter le légiste à INVENTER – DANS SON QUOTIDIEN – DES PRATIQUES SEMBLABLES. « Va, et toi, fais de même », lui dit-il.

Et nous, Frères et sœurs, réunis en ce dimanche de février, qu’est ce que nous allons retenir de cette lecture de Luc.

Pour ce qui me concerne, moi j’ai retenu 2 éléments, au moins :

1) LES ACTES DE BONTE OU DE PIETE EN GENERAL NE SONT PAS UNE PREROGATIVE DES CHRETIENS.

Nous l’avons pu constater dans les deux lectures de ce jour : ni le Samaritain et ni, à plus forte raison, la fille du Pharaon étaient religieusement conformes, des modèles à suivre en matière d’orthodoxie religieuse. Quant à la fille du Pharaon, elle était carrément païenne. Cependant, elle n’a pas hésité un instant : lorsqu’ elle voit l’enfant, elle en a eu d’abord PITIE’. Ensuite, elle comprend que le nouveau né est Juif. Elle décide donc de l’épargner. Son acte miséricordieux devient un acte politique, ou, pour mieux dire, il revêt une valeur politique.

Cet acte de sauvetage nous enseigne que, même dans les pires moments de l’histoire, une autre option que celle de se soumettre à la politique criminelle du pouvoir est toujours possible. Autrement dit : de même que l’acte salvateur de la fille du Pharaon, tout acte salvateur recèle un potentiel d’une portée historique incalculable. Chaque enfant sauvé est un Moïse en puissance.

Dans notre histoire récente, par exemple, héberger les Juifs pendant l’Occupation, n’a pas été une tâche dont les chrétiens ont eu le monopole. Bien au contraire, ils l’ont partagée avec des non-croyants, des gens de tous les milieux sociaux et culturels. Cependant, l’accomplissement de cette tâche, en cette sombre période de notre histoire, relevait du pure Evangile. C’était une façon concrète, reconnaissable et incontournable d’accueillir le Christ souffrant.

2) COMMENT DEVONS NOUS ENTENDRE L’INVITATION DE JESUS : « Va, et toi fais de même » ?

Frères et sœurs, en un siècle l’espérance de vie en France a augmenté à peu près de 30 ans. Elle était de 48 ans en 1900 elle est maintenant de 78 ans ou presque. Ce qui veut dire que dans l’espace d’un siècle nous avons gagné une génération. Ce n’est pas mal, voyez-vous. Depuis 1945, l’Europe dans son ensemble et la France avec elle, ont connu une période de croissance économique, de développement social et culturel sans pareil. Certes, notre pays, comme tout autre, a connu des difficultés, des moments de crise, comme celle que nous vivons actuellement. Mais, somme toute, rien de comparable aux difficultés auxquelles les générations qui nous ont précédés ont été confrontées. La démocratie, ainsi que les droits personnels, sont respectés : Il n’y a pas ni de petit Moïse à sauver ni de Juifs avec l’étoile jaune à cacher. Mais ça n’empêche que cette invitation, ce commandement impérieux : « Va, et toi fais de même » nous est adressée, à nous aussi, aujourd’hui encore.

Jésus nous invite à partir, A L’EXTERIEUR, LOIN DE L’ENCLOS DE NOTRE EGOISME OU CA SENT L’ENFERMEMENT ET LE MOISI.

IL NOUS INVITE A QUITTER NOS TEMPLES INTERIEURS, BOURRES DE NOS PREJUGES, DE NOS ORTHODOXIES THEOLOGIQUES, SI SOUVENT MARQUEES PAR UN MORALISME ET UN LEGALISME SI PEU EVANGELIQUES VIS A VIS DES AUTRES.

RECEVONS CETTE INVITATION DE JESUS « Va, et toi fais de même » comme un appel à nous engager dans la liberté qui nous est donnée comme enfants de Dieu.

LIBRES de NOUS engager dans une œuvre diaconale, ou en politique.

LIBRES de contribuer au bonheur de la cité dans laquelle nous vivons.

LIBRE de nous moquer de nos limites et de nos insuffisances, qui ne nous sont plus comptés comme péché.

LIBRE de continuer notre vie telle quelle, mais avec un autre regard sur nos frères et nos sœurs,

IL NOUS INVITE A SORTIR DE NOS EGOISMES, A NOUS METTRE SUR LE CHEMIN, ENTRE JERUSALEM ET JERICHO, VERS LE GRAND LARGE DE NOTRE EXISTENCE,

AVEC LES AUTRES, TOUS LES AUTRES, MEME LES EXCLUS, LES DIFFERENTS, LES NON CONFORMES.

A JESUS QUI FAIT ROUTE AVEC NOUS ET AU PERE DE TOUTES LES MISERICORDES, HONNEUR ET GLOIRE.

AMEN.