Genèse 18, 20-3, Colossiens 2, 11-14 et Luc 11, 1-13 : « Pourquoi prier ? »

Dimanche 11 janvier 2009 – par Giovanni Musi, Etudiant en théologie

 

Les textes que nous venons de lire ce dimanche ont tous comme objet la prière, et c’est bien sur la prière que je vais orienter ma prédication.

Mais, d’abord, une question se pose : POURQUOI PRIER ? Pourquoi en effet, nous adresser au Père tout puissant qui sait déjà ce dont nous avons besoin, avant même que nous le lui demandions ? Même si Dieu connaît nos demandes, nos besoins, nos appels, nos souffrances, nos faiblesses et notre péché, il attend que nous nous tournions vers Lui, que nous Lui parlions et l’écoutions.

En effet, la prière est centrale dans notre vie de foi ; elle est un moyen privilégié de rencontre et de dialogue avec le Dieu trinitaire : le Père, Le Fils et l’Esprit Saint.

Car Dieu nous appelle, il nous parle, il nous écoute, IL ATTEND NOTRE PRIERE.

Il y a dans la prière quelque chose du mystère de la communion des saints, au travers de la grande montée de toutes les prières qui relient les hommes à Dieu et, à travers Dieu, relient les hommes entre eux. La prière est présence de Dieu à nous et de nous à Dieu : elle EST COMMUNICATION ET RENCONTRE AVEC DIEU. La prière est omniprésente chez le peuple Juif, le peuple de l’Alliance, à commencer par les psaumes qui sont prière d’intercession, de louange et de supplication à la fois.

Jésus lui-même exhortait ses disciples à prier et à veiller, comme nous pouvons lire au chapitre 26 de l’évangile de Matthieu.

Frères et sœurs PRIER EST AUSSI VEILLER, c’est-à-dire tenir éveillé l’esprit de Dieu, rester attentif aux signes des temps, ne pas succomber à la tentation d’une vie qui ne serait rien d’autre qu’une fuite dans le domaine du possible, de ce que nous pouvons faire nous-mêmes (travailler, nous marier, gagner ou ne pas gagner de l’argent) une vie que suffit à elle-même, avec ses succès, ses déconfitures, ses échecs. Une vie à notre mesure, qui n’a pas besoin de Dieu. Veiller signifie aussi TENIR UNE LAMPE ALLUMEE dans l’attente de Celui qui est, qui était et qui VIENT.

Frères et Sœurs,

C’est Dieu qui s’est rapproché de nous, et non pas l’inverse. Dieu reste Dieu. Mais il a donné à l’homme une possibilité : celle de Le connaître à travers son FILS – Jésus, qui n’a pas hésité à prendre sur soi la condition de l’Homme jusqu’au sacrifice de la Croix.

Jésus lui-même a appris à ses disciples comment prier, comment s’adresser à Dieu, faisant recours à des concepts simples, compréhensibles, qui étaient à la portée de ses disciples qui lui ont demandé :

« Seigneur, enseigne-nous à prier ! » Et Jésus leur apprit une prière toute simple, mais néanmoins riche et profonde sur le plan théologique. Jésus leur répondit : « Quand vous priez, dites : PERE ! »Voilà, Frères et Sœurs, PRIER C’EST SI SIMPLE QUE CA. CA COMMENCE PAR L’ACCEPTATION D’UN RAPPORT DE FILIATION, ENTRE DIEU ET NOUS MEMES.

LA PRIERE EST PEUT ETRE D’ABORD CET ELAN, CET ACTE PAR LEQUEL NOUS NOUS FAISONS PETITS DEVANT DIEU POUR QU’IL GRANDISSE EN NOUS , COMME IL LE PROCLAMAIT JESUS LUI-MEME LORSQU’IL PRONONCA CES PAROLES :

« JE TE LOUE, SEIGNEUR DU CIEL ET DE LA TERRE, DE CE QUE TU AS CACHE CES CHOSES AUX SAGES ET AUX INTELLIGENTS, ET DE CE QUE TU LES A REVELEES AUX ENFANTS » comme nous pouvons lire en Luc, 10,21.

Ainsi, par cet abandon au Père, nous lui remettons tout. Nous déposons notre fardeau et nous nous présentons à Lui tel que nous sommes vraiment : pauvres et humbles de cœur.

S’adresser à Dieu en l’appelant par la parole que Jésus nous a apprise – PERE – est une chose simple, à la portée de tout le monde, ne s’agissant que d’un nom de quatre lettres.

Il s’agit d’un nom que tout le monde connaît. Il évoque le souvenir, l’image même, du père que nous avons perdu et que nous regrettons, ou que nous n’avons jamais eu, ou, encore, celle du père que nous aurions aimé avoir.

Mais, si l’invocation du père ne nous demande pas un effort particulier sur le plan de la compréhension verbale, elle s’avère beaucoup plus difficile sur le plan théologique.

Oui, frères et sœurs, la COMPREHENSION DE DIEU EN TANT QUE PERE NOUS DEMANDE UN EFFORT PARTICULIER. Nous sommes encore habitués à concevoir Dieu comme un juge, prêt à nous châtier quand nous faisons le mal et à nous récompenser quand nous faisons OU QUAND NOUS PENSONS FAIRE LE BIEN.

Ou encore, cessons d’être les juges de nous-mêmes. Nos accusateurs, ceux qui plaident coupable à tous les coups, ceux qui se sentent indignes, pécheurs impénitents, et, par conséquent, incapables de mériter le pardon et la miséricorde de Dieu.

Frères et sœurs, VIVRE ET PECHER, VONT DE PAIR. L’homme ne peut pas échapper à ses insuffisances, à ses manquements, à ses égarements

Mais il y a aussi du bon en nous. Comme il y a aussi des justes dans le monde. Une minorité, sans doute, mais il y en a.

C’est pour cela qu’Abraham, défini le père des croyants, se fait l’avocat de l’humanité entière, comme nous l’avons entendu tout à l’heure, lors de la première lecture, celle du livre de la Genèse, où Abraham intercède en faveur de la ville de Sodome.

Les péchés de cette ville étaient montés jusqu’à Dieu et Dieu envisage d’envoyer ses messagers sur la terre pour qu’ils vérifient le bien-fondé des accusations infamantes portées contre elle, LA SURVIE OU LA DESTRUCTION DE LA VILLE ELLE MEME ET DE SES HABITANTS EN AURAIENT DEPENDU.

Et voici alors Abraham qui intercède en faveur de Sodome et de ses habitants (qui n’étaient pas Juifs) au nom des quelques justes qui y habitaient. Frères et Sœurs, le premier trait que nous dévoile cette prière, c’est la ferme croyance d’Abraham en la justice de Dieu.

« Celui qui juge toute la terre n’exercera-t-il pas la justice ? », Nous lisons au verset 25. Si le Dieu d’Abraham est juste, il est aussi universel, sa justice s’étend sur toute la terre, et cela ressort du verset que nous venons de citer.

Mais, en poursuivant ce commentaire, voyons quel était l’état d’âme du patriarche d’après cette même prière.

Abraham pressent l’existence d’une LOI DE SOLIDARITE’ et c’est ainsi qu’il s’adresse à Dieu : « ……Ne pardonneras-tu pas à la ville à cause des cinquante justes qui sont au milieu d’elle ? » Nous lisons au verset 24. Abraham pense que l’existence d’un nombre, fût-ce limité et minoritaire, de justes est en mesure de racheter la faute collective et faire en sorte que l’ensemble des habitants de Sodome échappent à la mort.

Ainsi, dans son humilité, conscient de la distance abyssale qui le sépare de Dieu, il persévère dans la prière et il marchande avec Dieu le salut de la ville jusqu’à s’arrêter au nombre de 10 justes. Pourquoi 10 ? Le nombre de 10 constitue chez les Juifs, hier comme aujourd’hui, le MINIAN, c’est à dire le NOMBRE LEGAL MINIMUM pour que l’on puisse parler d’une communauté humaine établie en tant que telle et pour que l’on puisse célébrer un culte à la synagogue. La suite de l’histoire nous la connaissons. Les 10 justes ne seront pas trouvés. Sodome, ainsi que Gomorrhe, seront détruites avec leurs habitants : tous, sauf un, Lot et sa famille.

Aussi, la prière d’Abraham ne fut-elle pas inutile.

Frères et Sœurs, La prière d’Abraham et la prière que Jésus nous a apprise s’adressent au même Dieu : celui d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.

Mais quelle différence entre les deux !

Le souci principal d’Abraham est que son Dieu SOIT JUSTE, QU’IL SOIT UN JUGE EQUITABLE. ET C’EST EN TANT QUE JUGE QU’IL S’ADRESSE A LUI. Souvenez-vous du verset 25, Abraham interpelle Dieu en lui disant : « Celui qui juge toute la terre….. ». Et il ajoute : « FAIRE MOURIR LE JUSTE AVEC LE MECHANT, LOIN DE TOI CETTE MANIERE D’AGIR, LOIN DE TOI. »

Voilà, Frères et Sœurs, nous voici au cœur du problème : Abraham n’arrive pas à concevoir l’idée que le juste et l’impie soient logés à la même enseigne, c’est à dire qu’ils soient châtiés de la même manière. Pour Abraham les justes doivent être récompensés, et les méchants punis en proportion de la faute commise. Et ceci vaut pour Sodome comme pour toute autre situation.

Celle d’Abraham, constitue, pour son époque, une idée révolutionnaire, car elle introduit une notion jusque là inconnue : celle de la responsabilité individuelle et personnelle. Dans le contexte d’Abraham, celui d’une société tribale, fondée sur l’alliance de diverses et différentes familles ou clans familiaux, la faute individuelle entraînait inévitablement la responsabilité collective du clan d’appartenance, qui était solidaire de chacun de ses membres, dans le bon comme dans le mauvais sort. Pour Abraham, en revanche, les rapports avec Dieu doivent répondre à une notion de JUSTICE ET EQUITE’ : (Tsadequé et Mitzphat en Hébreu).

Frères et Sœurs : justice et équité constituent les 2 mots clefs de l’ensemble des livres de la Première Alliance. Ils traduisent le souci du peuple Juif d’être en perpétuelle adéquation avec la Loi de Moïse, d’être quitte vis-à-vis de Dieu. D’où (entre autre) les dégénérations légalistes que Jésus reprochait aux Pharisiens qui étaient, pourtant, par leur zèle et leur piété était le plus proche à sa sensibilité. Mais, avec Jésus, le discours change radicalement. Nous nous trouvons face à une autre compréhension de Dieu. Dieu n’est plus le JUGE mais le PERE. Un Dieu qui ne se limite plus à envoyer sur terre ses rapporteurs, mais qui en revanche a envoyé sur terre, son propre FILS, pour qu’il se charge des péchés collectifs comme des péchés individuels.

Un Fils, Jésus, NOTRE SAUVEUR, qui a envoyé à la retraite le DIEU JUGE.

Un Fils, comme il nous le rappelle la LETTRE AUX COLOSSIENS QUE NOUS AVONS ENTENDU CE MATIN :

« A VOUS QUI ETIEZ MORTS PAR VOS OFFENSES…. IL VOUS A RENDUS A LA VIE AVEC LUI, EN NOUS FAISANT GRACE POUR TOUTES NOS OFFENSES ».

Et encore : « Il a effacé l’acte dont les ordonnances nous condamnaient et qui subsistait contre nous, et IL L’A ELIMINE EN LE CLOUANT A LA CROIX ; »

De cette manière, la croix, dans la lettre aux Colossiens, n’est plus un instrument de mort, mais elle se transforme dans le symbole de l’amour parfait, celui de Jésus. Oui, frères et sœurs, nous avons été rachetés par le sacrifice d’un AUTRE : par le sacrifice de Jésus, nous avons été innocentés.

Il n’y a plus de juges, ni de tribunaux, MAIS IL Y A UN PERE, NOTRE PERE.

Invoquons-le, prions-le, et tout le reste nous sera donné en plus.

AMEN !