Luc 16, v19-31 : « La parabole du riche et du pauvre Lazare : une promesse d’enfer ou une bonne nouvelle ? »

Dimanche 30 septembre 2007 – par François Clavairoly

 

Chers amis, frères et sœurs,

Au moment où la question du rapport à l’argent et à la richesse que l’on produit dans ce monde et au salaire que l’on gagne chaque jour, préoccupe beaucoup de nos contemporains, et où le thème de l’économie devient de plus en plus l’un des sujets majeurs de nos réflexions et de nos conversations, au moment où l’on arrive presque quotidiennement à s’intéresser au FMI et à la banque mondiale, et où l’on suit de près les cours du CAC 40, et alors que ce rapport à la richesse devient l’un des marqueurs d’identité les plus significatifs dans notre société mondialisée, cette parabole de Jésus énonce une injonction de type prophétique : Elle condamne sans appel le mauvais emploi de la richesse. Elle demande de prendre la mesure de l’importance spirituelle de certains choix. Elle ne condamne pas le riche, mais elle s’adresse à lui. Elle ne justifie pas le pauvre, mais elle se fonde sur la tragique réalité de sa détresse pour redire la valeur décisive qu’acquiert l’aujourd’hui de certains choix de vie.

Ce qui étonne, dans cette histoire, c’est évidemment l’ironie de Jésus qui utilise les images mentales de son temps, images que certains d’entre nous peuvent encore avoir à l’esprit, d’un monde partagé en trois zones -le ciel, la terre et l’enfer-. Il se sert de ces images non pas pour nous parler de ces lieux imaginaires et inconnus de nous tous, non pas pour nous délivrer un enseignement sur ce qui se passe au paradis ou bien dans la géhenne, et nous décrire comment on y grille, comment on y meurt de soif ou comment, au contraire, on en profite enfin, mais pour nous renvoyer, comme par ricochet, à la vérité de notre situation présente : toute la question est en effet de savoir si le riche reste riche pour lui ou s’il est riche pour Dieu.

Et s’il est riche pour lui, si les leviers , les pouvoirs et l’influence dont il dispose ne sont utilisées qu’à la production de nouvelles richesses dont il jouira plus encore, il s’écarte alors des paroles de Moïse et des prophètes, il s’éloigne de la parole de Dieu et il rompt, par là même, la relation avec son prochain, son plus proche voisin, Lazare, figure emblématique du pauvre dont le nom (« Dieu aide ») rappelle qu’il ne devra alors son aide qu’à Dieu seul, puisque aucun riche ne l’aura secouru.

Cette injonction prophétique du Christ est au fondement de l’une des intuitions qui traversent l’Evangile, et qui qualifie la foi chrétienne : elle annonce qu’au cœur du message se situe un élément essentiel de la vérité christique articulant définitivement l’amour de Dieu à l’amour du prochain, et les reliant l’un à l’autre en un même mouvement.

Elle annonce une fois pour toute que l’altérité de Dieu renvoie chacun à la question de l’autre proche, à la question du prochain, du voisin, du conjoint, de l’autre, toujours possiblement ignoré ou méprisé. Car ce Dieu a fait de notre monde -et non du ciel ou de l’enfer- sa résidence, et de l’humanité son partenaire, au lieu déserter l’un et d’abandonner l’autre à sa solitude.

En Jésus Christ, le monde et l’humanité sont en effet liés à lui, par une parole qui nous appelle sans cesse à œuvrer à l’humanisation de nos relations, des liens qui unissent les êtres entre eux.

Or cette conjonction entre Dieu et les hommes qui a pour signature le double commandement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ton intelligence, et de toute ta force » et « tu aimeras ton prochain comme toi-même » s’énonce depuis Moïse et les prophètes : elle n’est pas nouvelle ni inconnue, elle n’est pas inédite, mais elle est enracinée dans la foi juive depuis des générations et des générations.

Elle se trouve reformulée ici par le truchement de l’Evangile en forme d’injonction adressée à quiconque a conscience d’être riche, c’est-à-dire à chacun de nous, qu’il soit riche en argent ou de toute autre manière.

Etre riche pour soi et pour soi seulement consiste alors à prendre un posture singulière, et à poser un acte de défiance à l’égard de Dieu lui-même qui aime chacune de ses créatures, y compris celles se trouvant en situation de solitude ou d’abandon, qui aime tous les Lazare du monde. Qui aime tous les humains, pauvres en argent, pauvres en esprit, pauvres en intelligence, en connaissance, en relations, en beauté, en humour, pauvres en toutes sortes de dispositions.

Etre riche pour Dieu, à l’inverse, en reviendra à prendre conscience qu’existe bel et bien l’autre proche, et qu’il s’agit de s’interroger toujours sur un possible partage avec lui, sur une rencontre, une parole échangée, et une reconnaissance mutuelle en humanité aimée de Dieu. C’est alors faire des choix décisifs, et opter pour tel geste, telle initiative, telle rencontre, tel partage, tel échange.

L’Eglise, au sens le plus large du mot, l’Eglise réformée de France, par exemple, et notre paroisse du Saint Esprit sont alors à comprendre ici comme des lieux déterminants qui donnent sens à ces choix.

Certes, il existe bien d’autres lieux comme ceux-là, rappelant, chacun à leur manière, la nécessité de l’engagement du riche pour autrui qui se trouve dans la détresse. Et bien d’autres instances sont à l’œuvre, appelant à la compassion et à la solidarité.

Mais il n’y a pas d’autre lieu que l’Eglise où se dit qu’en tout Lazare, qu’en tout humain qui souffre, souffre le messager de Dieu, le Christ, parce que souffre ici, en vérité, Dieu lui-même, Dieu conjoint à notre monde et notre humanité, mais Dieu relevant de toute détresse et de toute mort ceux que la vie a brisés et détruits, Dieu de toute résurrection.

Rien d’autre que ce qu’ont dit Moïse et les prophètes, rien d’autre que ce que dit à l’instant même Jésus à ses interlocuteurs ne sera plus ajouté.

Et cette histoire d’un riche en enfer et d’un Lazare abrité dans le « sein d’Abraham », cette histoire qui se sert d’une géographie mythique et un peu hallucinée de la rédemption et de la damnation, n’est pas là, comme on l’a parfois prêché, pour faire croire en un monde à venir, un monde terrifiant d’après la mort, un monde de la rétribution où les comptes seraient réglés !

Elle dit que le riche a trop attendu dans sa vie présente. Qu’il est bien tard pour lui. Qu’il est même un peu tard pour avertir ses frères. Que même un miracle ne les ferait pas changer d’avis.

Elle dit, en réalité, que nous n’avons qu’une vie.

Et elle dit, par conséquent, qu’aujourd’hui même, appelés à devenir riches pour Dieu, non pour nous seulement, il nous est gratuitement donné dans la rencontre avec le prochain, le proche, le voisin, par le regard porté sur lui, par le dialogue ouvert avec lui, par l’attention portée à autrui, de découvrir que le royaume de Dieu peut être déjà présent et à l’œuvre parmi nous. Et que dans le visage de l’autre, celui du Christ s’y révèle, tel le messager de Dieu qui nous aime, que nous soyons riches ou pauvres, seuls ou entourés, et de toute manière et pour toujours, inlassablement aimés,

Amen

Luc 15 : La parabole du fils prodigue

Dimanche 16 septembre 2007 – par François Clavairoly

 

« Un des deux fils est perdu et retrouvé, mais l’autre ?… »

Chers amis, chères amies, frères et sœurs en Christ,

Nous n’aurons jamais fini de lire cette parabole ni d’en recevoir sans cesse les enseignements profonds qu’elle nous offre. Elle nous rappelle en effet, par une histoire simple, la détermination d’un père qui ne se satisfait pas de la perte de son fils. La détermination et l’amour d’un père et ce fameux fils prodigue qui le quitte et qui perd tout ce qu’il possède, et se perd à son tour. D’où le titre souvent donné à cette page de l’évangile : la parabole du fils prodigue. L’on connaît la grande fortune littéraire et artistique de ce récit qui a permis de relever de diverses façons l’importance du thème théologique et spirituel du « retour » et de la « conversion », et qui a aussi permis de mettre en valeur la grande miséricorde du père qui attend son fils sur le seuil de la maison, et qui, le voyant revenir enfin, au loin, se précipite à sa rencontre pour le prendre dans ses bras tant l’émotion le touche.

Le retour, la conversion, la miséricorde de Dieu…ce schéma assez simple, en vérité, autorise à l’infini les variations et les commentaires, de même que les interprétations et les identifications des deux fils où l’on aura reconnu tour à tour croyants et incroyants, Israël et l’Eglise, pêcheurs repentis et pêcheurs impénitents [1]…

Mais je voudrais ouvrir ici très brièvement une autre piste que celles ouvertes par ces identifications et ces nombreux commentaires. Une de plus, certes, non pas contradictoire ou péremptoire mais, comme la parabole nous y invite encore, une autre piste, une autre clef possible pour avancer dans la recherche du trésor qu’elle contient et qu’elle nous réserve. C’est que le texte commence ainsi : « Un père avait deux fils » Et qu’à la fin du récit, effectivement, il en a perdu un. Non pas le cadet, le prodigue, celui qui est parti et qui est revenu, mais l’aîné, celui qui est resté et qui n’a rien quitté. Celui-là, refusant d’entrer dans la maison et restant dans les champs, au dehors, au moment de la fête qui va sceller les retrouvailles et la réconciliation -mais avec qui aura-t-elle lieu si toute la famille n’est pas là ?- déclinant l’invitation du père, celui-là reste perdu dans la nuit… Or c’est lui, au fond, qui requiert aussi du lecteur une attention toute intriguée : il n’est pas parti, il ne s’éloigne pas, mais, de fait, « il part de l’intérieur… » comme l’écrit finement un psychanalyste [2]. Et il est perdu pour le père car il sait qu’il ne peut plus vraiment revenir, n’étant pas parti.

Et voici que le désir du père qui était de rétablir enfin la pleine communion, la complétude d’une famille retrouvée, ne s’exauce pas : c’est qu’en effet s’exprime pour la première fois, ici, une violence. Non pas la violence du fils prodigue, lorsqu’il demandait sa part d’héritage ou quand il réalisait son souhait de quitter la maison : il en avait, en effet, tout à fait le droit. Et il ne tuait d’ailleurs en rien le père, symboliquement, puisqu’il gardait en lui la mémoire d’une maison, d’un lieu, d’un accueil, et la possibilité de recourir à sa grâce… Mais la violence bien réelle -au moins verbale- de ce fils aîné qui critique le frère et le père [3], qui rompt l’unité et qui s’imagine désormais privé d’un don -le veau gras- le don du pardon et de la grâce, que le père fait au cadet et qu’il n’aura jamais, et pour cause, lui n’est jamais parti.

Un père avait deux fils, et celui qui est perdu est bien celui qui reste.

Qui est-il, en réalité, ce fils aîné, sinon celui qui réalise un peu tard qu’il aurait pu partir lui aussi, qu’il aurait pu saisir l’occasion, qu’il aurait pu vivre de la grâce de Dieu dont il disposait de même pleinement, c’est à dire recevoir sa part d’héritage et en profiter librement… Qui est-il, sinon chacun de nous, un peu jaloux de tous ceux qui ont osé faire leur vie, osé vivre leur vie, osé agir, dire et vivre en comptant un jour, vraiment, sur le pardon de Dieu…

Un père avait deux fils. Il aurait voulu que l’un et l’autre, l’un avec l’autre, le croient sur parole quand il leur exprimait son amour. Et voici que l’un, en effet, le prodigue, l’a crû, mais que l’autre n’a pas su l’expérimenter, étant resté pour sa part immobile et muet.

Notre Père offre à chacun de nous sa grâce, son amour et son pardon. Il nous veut avec lui, près de lui. Et que nous soyons prodigues ou fidèles en sa maison, il nous aime, et nous appelle à le reconnaître comme tel :

Un père dont l’amour n’a pas de fin, qui nous attend, tous, ses enfants, ses fils et ses filles, jusqu’à ce que et afin que, enfin, sa joie soit complète,

Amen


[1] Cf. Parmi les innombrables commentaires de ce texte, le merveilleux livre de citations des Pères de François Quiévreux, « Les paraboles », éd. Je sers, Paris, 1946.

[2] Cf. « Exegesis », Delachaux & Niestlé, Neufchâtel, 1975, p136 ss.

[3] « Il se mit en colère », note le texte. Et plus loin : « Mais quand « ton » fils (ne le considère t-il plus comme son frère ?) que voici est arrivé, lui qui a dévoré ton bien avec des prostituées, pour lui … »

Luc 14, v. 25-33 : « Qu’est-ce qu’un disciple ? »

Dimanche 9 septembre 2007 – par François Clavairoly

 

Chers amis, chères amies, frères et sœurs en Christ,

Le texte est difficile à entendre. Et l’exigence haute. La définition du disciple aride. Au moment où le conseil presbytéral s’apprête à vivre une journée de formation pour être mieux équipé dans sa tâche de direction et d’animation de l’Eglise, au moment où vous-mêmes expérimentez une nouvelle rentrée ecclésiale, familiale, professionnelle, et où chacun se retrouve placé devant ses choix de vie, ses responsabilités, ses engagements, ses bonnes résolutions, nous écoutons un discours de Jésus sur ce qu’est le véritable disciple.

Trois éléments essentiels en définissent la singularité :

1°) Il sait justifier l’ordre des priorités dans sa vie, de sorte qu’il a conscience de la personne qu’il est, où qu’il se trouve, et le cas échéant il se tient prêt à assumer le fait d’être engagé auprès du Christ et de son Eglise au risque de paraître parfois pour ses proches insupportable, comme un mauvais mari, une mauvaise épouse, un mauvais fils, parce qu’il aura fait des choix prioritaires : combien de fois, en effet, un conseiller presbytéral ou un membre d’une paroisse n’a-t-il pas entendu son conjoint lui reprocher un jour ces fameuses réunions tardives, qu’il ne faut surtout pas manquer, ces repas communautaires si précieux, ces cultes tellement important, parait-il, mais qui barrent, comme par hasard, un beau week-end en perspective, et puis aussi la trop grande fréquence d’appels téléphoniques, de rendez-vous, de préoccupations qui interfèrent sans cesse dans le quotidien de la vie. Et combien de fois la réalité de ces choix assumés n’a-t-elle pas contribué à tendre l’atmosphère du couple et de l’entourage au point de rendre les choses agaçantes ? Et je n’évoque ici que les choses les moins graves, en situation de paix et de concorde civile, sans faire référence à d’autres contextes bien plus tragiques où le choix chrétien amène à prendre de réels risques qui mettent en cause la sécurité des proches, et où, bien évidemment, l’incompréhension, la critique et même la méfiance peuvent prévaloir au sein d’une même famille…et ou parfois la méfiance et la division s’installent. Seulement voilà, il ne faut pas se tromper de cible : Jésus n’est pas un gourou ni un chef de secte. Il réaffirme à mainte reprise, les évangiles en font foi, son attachement aux commandements de la Loi de Moïse, au mariage, à la famille, au respect de l’autre, des parents, des enfants, etc. Et personne ne peut lui faire ce procès de vouloir détruire les liens sociaux qui unissent les couples et les êtres lorsqu’il appelle à le suivre. Ceci dit, l’engagement à sa suite peut, dans certains cas, amener de la discorde, de la tension voire de la haine. [1]

2°) Mais il se trouve, et c’est la deuxième affirmation que nous pouvons souligner, que les deux petites paraboles de l’homme qui bâtit une tour et du roi qui part en guerre, constituent un véritable appel à la sagesse et à l’intelligence. En effet, lorsqu’il est question de suivre le Christ comme disciple, il ne s’agit en aucun cas de partir sans réfléchir. Le disciple, au contraire, se doit d’être avisé et, avant de prendre quelque initiative que ce soit, il est appelé à discerner, évaluer, peser les choses, analyser… Les paraboles de la construction de la tour et du départ en guerre sont suffisamment explicites pour que nous les prenions au sérieux : elles résonnent comme une exhortation à mettre en œuvre une véritable méthodologie : l’élément financier, par exemple, est important. Il n’est pas tabou, au contraire : la prévision, l’anticipation des conséquences budgétaires sont décisives etc. Et l’on ne se lance pas à la légère dans un projet de vie, un projet d’Eglise quel qu’il soit. Vous imaginez la force d’une telle parole, et la puissance évocatrice qu’elle a mis en œuvre, de sorte que les premières communautés chrétiennes, déjà, ont du être attentives à cet aspect des choses dans leur témoignage, et ont peu à peu mis en place, très tôt, à vrai dire, des équipes de responsables, des ministères, des structures. De même, l’idée de partir en guerre qui fait référence à la stratégie, à la conduite de projet, avec la nécessaire conscience qu’il existe donc des rapports de force, des circonstances plus ou moins favorables, un contexte social, économique, politique, religieux dans lequel on s’engage…cette idée a amené les premiers chrétiens à être sage dans un monde mouvant, parfois hostile, en tout cas incertain. Et Jésus, au lieu de séduire et de circonvenir les disciples en occultant les risques et les difficultés, au lieu d’endormir la vigilance de ses interlocuteurs, les alerte donc, les met en garde contre toute décision hâtive, superficielle et finalement peu sérieuse parce que peu réfléchie. Il fait appel à leur intelligence.

3°) Discerner les priorités, faire preuve d’intelligence dans l’élaboration et la conduite de projets, et enfin, troisièmement, « porter sa croix », « renoncer à tout ». Porter sa croix, dans le langage courant, consiste à souffrir et accepter cette souffrance, à supporter les épreuves de la vie, qu’elles soient grandes ou petites. Mais ici, il s’agit un peu d’autre chose, d’après le contexte de notre récit. La coutume romaine était en effet la suivante : celui qui était condamné à mort par crucifixion devait porter jusqu’au lieu de l’exécution du supplice la lourde barre de bois, le patibulum, qui allait être joint au pieu déjà fiché en terre. Porter sa croix, c’était donc, dans ce temps de l’accomplissement da la peine, montrer, manifester publiquement qu’on marchait vers la mort. Pour le disciple du Christ, porter sa croix en revient par conséquent à reconnaître publiquement, c’est-à-dire à être conscient, à discerner avec d’autres qu’une sentence capitale pèse sur lui, comme la croix pèse sur les épaules du condamné. Mais de même que le Christ a porté sa croix, a subi la sentence, et puis, le troisième jour, est ressuscité des morts – c’est-à-dire précisément que cette sentence n’a pas été le dernier mot sur sa vie-, de même le disciple porte sa croix, conscient de ses limites, conscient de la mort vers laquelle le péché le mène, mais aussi et surtout conscient de la vie nouvelle à laquelle il est appelé, et en témoignant publiquement. Renoncer à tout et porter sa croix, dans ce contexte, en revient alors non pas à tout rejeter, à se cacher dans le désert, ou bien à se complaire dans la souffrance ou la mortification, mais à prendre conscience -là encore- que toute possession, tout bien, toute richesse de ce monde est, dans l’ordre des priorités, au moins seconde. Non pas inutile, mais seconde, c’est-à-dire qu’elle peut être placée, dans la foi confiante, au service du Christ.

Ces trois enseignements sont donc pour vous, de la part de Jésus qui appelle ses disciples :

-   l’apprentissage inlassable d’un bon discernement des priorités, malgré les risques de dissension et de tension dans les relations interpersonnelles,
-   la nécessaire réflexion avant d’entreprendre un projet au service du Christ,
-   et le renoncement à tout, c’est-à-dire la sage capacité de placer au coeur de sa vie la confiance en Dieu, en portant sa croix, même si elle est huguenote ( !), comme un témoignage tourné vers l’espérance. Sous le double signe de la mort et de la résurrection, sous le double signe de la reconnaissance de notre finitude et de l’espérance en la vie nouvelle,

Amen


[1] Le verset 25 écrit littéralement « Si quelqu’un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère…il ne peut être mon disciple ». Le verbe Misein, d’où sont venus les mots misanthrope, misogyne…est en effet assez fort pour inquiéter, et alerter le disciple sur la radicalité potentielle de ses choix. On pense aussi à l’appel des douze qui quittent leur lieu de vie pour aller sur les traces du maître.