Jean 20, v. 19-31 : « La paix soit avec vous »

Dimanche 15 avril 2007 – par Jean Vitaux

 

« La paix soit avec vous » : telle est la parole que le Christ ressuscité donne aux disciples. Nous sommes à une semaine de Pâques où nous avons célébré le Christ ressuscité. Pour nous croyants, tout devrait être simple : par la foi, et la grâce du Seigneur, nous croyons en Christ ressuscité après la passion, la croix comme aurait dit Paul. Mais le retour aux textes, et à celui-ci tout particulièrement dans la seconde apparition du Christ, doit nous questionner.

La première apparition du Christ a eu lieu devant les femmes, les apôtres ayant fui pour deux d’entre eux, renié le Christ pour le IIè, Pierre, et étant mort pour le douzième, Judas. Christ apparaît ensuite aux disciples, et leur dit : «  la paix soit avec vous », ce qui a pour but à la fois de les rassurer quant à l’absence de réprimandes et de sanctions suite leur attitude face à la croix, et à la fois de les assurer dans leur rôle futur : « recevez l’esprit saint », pour diffuser la bonne nouvelle. Les apparitions du Christ ressuscité appartiennent à une double logique : affirmer que le Christ ressuscité est bien Jésus de Nazareth , et d’autre part assurer la transmission du message christologique pour les apôtres et les disciples.

L’apparition du Christ surprend les disciples qui étaient enfermés à clef (« les portes de la maison étaient verrouillées ») : l’apparition du Christ dans un lieu fermé à clef et les stigmates de la crucifixion les convainquirent et ils furent tout à la joie de revoir le seigneur. Le cas de Thomas que l’on appelle Didyme, est le plus intéressant, à plus d’un titre. Thomas ou Didyme, c’est en fait le même mot en grec et en araméen et qui signifie le jumeau, identifié au jumeau du frère de Jésus, Jacques. C’est surtout celui qui interroge le Christ lors du repas d’adieu : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment en connaîtrions-nous le chemin ? ». En réponse à Thomas, Jésus lui dit : « je suis le chemin, la vérité et la vie » (Je 14). C’est aussi celui à qui on attribue l’Evangile de Thomas, célèbre apocryphe très ancien contenant seulement les logia de Jésus, puis réinterprété sur un mode gnostique plus tard comme dans la version copte de Nag Hammadi.

Thomas est en fait celui qui nous parle le plus, à nous qui n’avons pas connu personnellement le Christ : sa position est un peu comparable à la nôtre : absent à la première apparition de Jésus, il reste rempli de doute : « si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je n’enfonce pas mes mains dans son côté, je ne crois pas ». Ayant revu les disciples, lors de sa nouvelle apparition, Thomas « cesse d’être incrédule et devient un homme de foi ». Il dit « mon Seigneur et mon Dieu ».

Nous ne verrons jamais le Seigneur et n’aurons pas l’expérience existentielle de voir le Ressuscité et de toucher ses plaies ; la dernière apparition recensée par les textes canoniques est la conversion de Saül de Tarse qui devient l’apôtre Paul sur le chemin de Damas. Cela est sûr ! Veillons cependant à ne pas rester enfermés dans une pièce, au sein de nos convictions, de notre vie quotidienne, comme les apôtres.

L’évangéliste Jean, en sa sagesse, nous dit qu’il n’a pas relaté tous les signes opérés par Jésus dans son ministère sous les yeux de ses disciples. Mais qu’il ne relate que ceux dont l’apparition aux femmes et l’apparition aux disciples afin non pas de nous édifier, ni de conforter les disciples comme des êtres d’exception, mais de nous mener à croire en Christ et à la vie en son nom.

Ce texte est un des textes fondateurs de l’église : il définit la trinité : Jésus est le Christ, le fils de Dieu, et « « aussi comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie » », et il souffle sur eux et leur dit : « recevez l’Esprit Saint ». La théologie fondamentale de la Chrétienté est dans ce texte de Jean.

C’est également un des textes fondateurs de l’église. Parallèlement aux actes des apôtres (et à la Pentecôte) et aux épîtres de Paul, plus opératives, Jésus en personne, après sa résurrection, envoie les disciples dans le monde : « ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils seront retenus ».

C’est un texte d’espoir : « bienheureux ceux qui sans avoir vu, ont crû ». C’est le message qui nous est adressé, à tous, à l’Eglise, à notre Eglise, à chacun de nous, et à chaque chrétien. La grâce de notre Seigneur Jésus nous permet de croire sans avoir vu. C’est un message d’avenir et d’espoir exprimé par Jean dans son évangile : écrit pour que vous croyez que Jésus est le Christ, le fils de Dieu et pour, croyants, vous voyez la vie en son nom. C’est la vraie conclusion de l’évangile de Jean, avant le chapitre suivant, appendice qui a été ajouté après coup par les exégètes. Croyez en Jésus Christ et la vie vous sera offerte. Tel est l’un des deux messages essentiels du texte.

L’autre, cité en exergue à deux reprises, est : « la paix soit avec vous ». En dehors de l’aspect événementiel de présentation de Jésus aux disciples, en ne leur reprochant rien de leur abandon, ni de leur incrédulité, cette paix s’exerce sur nous tous : la paix est avec nous, même si nous doutons, même si nous l’oublions, même si nous n’agissons pas en accord avec les préceptes de l’évangile. La paix soit avec vous en toutes circonstances : par cette phrase, Jésus nous considère comme ses disciples. Il nous assure de sa vie, et nous demande de croire, et comme les disciples d’annoncer le message du Christ et son pardon. Le pardon du Christ est consubstantiel à la foi. C’est la grâce que nous accorde le Seigneur. Le message du pardon est la seule voie possible de la vie, de la vie en Christ.

Pour conclure, comme nous le dit Jésus Christ, notre Seigneur et notre Dieu, recevez l’Esprit Saint : « la paix soit avec vous ». Amen