Marc 9, 33-37 : « En chemin, de quoi discutiez-vous ? »

Dimanche 24 septembre 2006 – par François Clavairoly

 

Chers amis, frères et sœurs,

Dans le hall d’entrée de la belle faculté de théologie protestante de Budapest où je viens de passer sept jours à l’occasion de l’assemblée générale de la CEPE [1], se trouve une statue ( !) du réformateur picard Jean Calvin. Sur le socle de la statue est gravée cette devise en français : « Egaux et grands dans le Christ ». Egaux et grands dans le Christ, c’est-à-dire que chacun se trouve à équidistance du Christ, et qu’en même temps chacun est important pour lui, chacun ayant vraiment du prix à ses yeux. Cette définition des membres de l’Eglise me parait tout à fait juste. Mais en reprenant le texte de l’Evangile qui nous est confié aujourd’hui, je comprends aussi que les disciples qui « discutaient entre eux en chemin » n’avaient sans doute pas lu cette devise ! Ils se demandaient en effet qui était le « plus grand » parmi eux, le « plus grand » par l’intelligence, le plus grand par son degré de proximité avec le maître, peut-être, ou bien par d’autres qualités ou circonstances que le récit ne détaille évidemment pas mais que nous pouvons imaginer. Ce dialogue entre disciples devenus si vite concurrents, à vrai dire, s’est poursuivi longtemps encore. Nous pourrions même dire que, d’une certaine manière, il continue aujourd’hui au sein de l’Eglise et entre le Eglises elles-mêmes, sous différentes formes : en un dialogue qui s’établirait entre Jean, par exemple, figure emblématique de la tradition orthodoxe se prévalant de la profondeur de sa spiritualité et de la grandeur de la Saint liturgie, Pierre, héros de l’Eglise romaine qui pourrait faire valoir la garantie de sa Tradition et la fiabilité de sa hiérarchie, et Paul, inspirant la Réforme et mettant en exergue la force percutante de son message de liberté de conscience et d’interprétation… et quand bien même nous pressentons que ce dialogue nous éloigne toujours un peu plus de ce que le Christ voulait dire à notre sujet, nous restons encore fascinés par nos vaines querelles et nos petites compétitions de disciples, de sorte que le Christ pourrait aussi bien nous interroger à nouveau, et à bon droit, en demandant : « Mais de quoi discutez-vous en chemin ? »… Heureusement, et c’est la bonne nouvelle de ce jour, le Christ qui sait bien de quoi nous sommes faits, ne gronde pas ses disciples à cause de leur attitude, ni ne les condamne en aucune manière ! Bien mieux, bien plus, et avec un grand sens de la pédagogie, au lieu de leur tenir un discours moralisant et culpabilisateur, il leur présente une « parabole en acte » pour leur ouvrir les yeux et peut-être même les faire rire de leur comportement si humain. D’abord, ils arrivent « dans la maison », écrit l’évangéliste Marc. Celle de Jésus, celle d’un ami ou celle d’un disciple, nul ne sait. Et ils s’installent. Jésus s’assoit, comme aujourd’hui nous sommes assis au culte, dans sa maison, pour recevoir un message, une bonne nouvelle, et prendre le temps de l’écoute : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier et le serviteur de tous. Il prit un enfant, le plaça au milieu d’eux et après l’avoir pris dans ses bras, il leur dit : quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci m’accueille moi-même, et quiconque m’accueille, accueille celui qui m’a envoyé. » Et soudain deux mots clefs apparaissent et la vérité de ce qu’est l’Eglise se dévoile à nos yeux. Le service [2] d’une part, et l’accueil d’autre part. Aujourd’hui, jour de rentrée de la paroisse, jour bien particulier où nous reformulons ensemble ce que sera notre chemin, et où les disciples qui conduisent notre communauté viennent d’être reconnus dans leur « ministère » particulier de conseillers presbytéraux, l’Eglise est décrite par Jésus comme ce lieu privilégié du service et de l’accueil.

Le service, tout d’abord, est à comprendre ici dans le sens le plus simple et le plus large qui soit : il s’agit du service que chacun peut rendre à son prochain, et à quiconque en a besoin. Il s’agit du service qui consiste à mettre la table, à la maison, comme dans ce temple la table aussi a été mise pour la cène, ou comme en haut, à l’étage, les tables de notre repas de paroisse ont été dressées par quelques-uns. Le service des tables -le mot grec est celui de diakonos qui a donné en français les termes de diacre et de diaconie- préfigure le service de toute l’Eglise pour que chacun ait sa place et que personne ne soit oublié. Une table que le Christ préside et où chacun est invité comme convive, serviteur et ministre. L’Eglise est donc l’assemblée de tous ceux qui se mettent au service du maître, au service, essentiellement, de sa parole, de sorte que cette parole qui est nourriture offerte pour le monde, soit méditée, entendue et transmise au plus grand nombre, par la prédication, par le repas de la cène et par le baptême, par la mission de toute l’Eglise, par la catéchèse des tout petits et des grands, par l’enseignement, par les conférences les rencontres et les études que nous organisons, par les chants et la louange, par la diaconie, précisément, par le service de chacun de nous. Et puis l’accueil. L’accueil du plus petit, l’accueil de cet enfant pris par Jésus comme un exemple, non pas de pureté -l’enfant n’est pas plus pur que quiconque !- mais de dépendance ; l’enfant comme symbole, aussi, de la fragilité et de la faiblesse humaine être rappelant que quiconque peut être facilement blessé, humilié et bafoué. L’Eglise, c’est-à-dire chacune et chacun de nous, est ainsi appelée à participer par ses paroles et par ses actes à la réalisation de cet accueil du plus petit. Ce « plus petit » étant, de fait, image et signe de la présence parmi nous, rendons-nous compte, du Christ lui-même et du Père qui l’a envoyé ! Nous devons mesurer ici toute la force de cette parabole en acte que Jésus représente par un geste prophétique effectué devant ses amis, lorsqu’il révèle ainsi que l’accueil du plus petit n’est rien de moins que l’accueil de Dieu lui-même…

Le service et l’accueil sont par conséquent au cœur de toute compréhension de l’Eglise. Et s’il s’agit là de deux réalités apparemment anodines, elles n’en sont pas moins critiques et en révolte contre les valeurs de ce monde, celles de la compétition mortifère ou celle de la recherche du gain et de la gagne enracinée dans l’égoïsme des hommes et si rebelle au partage. Il s’agit là de deux missions impossibles, à vues humaines, parce que trop difficiles à porter, mais en même temps de deux injonctions du Christ à suivre joyeusement. Deux ordres que reçoit l’Eglise, non pour la paralyser en la plaçant devant une tâche trop importante pour elle, mais pour en faire « grandir » ses disciples, justement, pour les amener à vivre comme des égaux, certes, mais aussi pour leur faire prendre conscience qu’ils sont « grands » avec lui et qu’ils ont du prix à ses yeux au point qu’il leur donne une si belle responsabilité. Le service mutuel au sein de la communauté et l’accueil du plus petit au sein de ce monde, non comme une bonne œuvre à faire qui nous pèserait et qui nous gagnerait quelque mérite, à nos yeux ou aux yeux du Christ, mais comme une joyeuse réponse, une réponse au véritable et premier service que Dieu lui-même nous a rendu, une réponse à l’accueil qu’il a réservé à chacun de nous, ses fils et ses filles prodigues qu’il a pris dans ses bras et qu’il aime malgré tout, voici notre mission ! Le service et l’accueil dont parle l’évangile de ce jour ne sont-ils pas à comprendre avant toute chose, en effet, comme le service et l’accueil de chacun de nous, que Christ a réalisé par le ministère de son immense grâce et par la force irrésistible de son pardon ? Et le culte de ce matin ne témoigne t’il pas de cette vérité, et n’est-il pas ce moment privilégié où nous nous rappelons tous ensemble, comme l’indique le mot allemand qui désigne le culte –Gottesdienst- le service de Dieu pour ses créatures, et comme l’expriment les tout premiers mots de notre liturgie, avant même toute œuvre de notre part, l’accueil de chacun de nous par sa grâce -Proclamation de la grâce de Dieu- qui accueille nos vies ? Nous voici donc à nouveau, en cette fin de méditation et en ce début d’année, en route, en chemin, comme les disciples de notre récit, en chemin et en dialogue les uns avec les autres, mais alors, grâce à cette parabole prophétique, rendus « égaux et grands dans le Christ », nous voici établis comme « serviteurs » et appelés à être « accueillants », audacieux et joyeux, repartant d’un bon pas hors de la maison où il nous a parlé, et confiant sur les routes à parcourir qu’il ouvre devant nous, sur les chemins de nos vies,

 ! אָמֵ


[1] Communion d’Eglises Protestantes en Europe dont le siège est à Berlin, fondée sur la Concorde de Leuenberg et rassemblant 105 Eglises luthériennes et réformées dont l’ERF, l’ECAAL, l’ERAL et l’EELF.

[2] Le terme de service se traduit aussi en langage ecclésial par celui de ministère.

Marc 7, 1-23 : « Il purifiait tous les aliments »

Dimanche 3 septembre 2006 – par François Clavairoly

 

Chers amis, frères et sœurs en Christ,

Les questions relatives aux notions symboliques de pureté et d’impureté qu’évoque le texte de l’Evangile nous renvoient à un monde de représentation à bien des égards éloigné de nous dans le temps. Et il faut certainement entreprendre un réel effort de mémoire et de réflexion pour se rappeler et pour mesurer ce qu’ont été dans la tradition religieuse du monde antique, et dans la culture hébraïque en particulier, la réalité et les conséquences de cette distinction opérée dans la vie quotidienne des hommes entre les choses pures et impures, entre le permis et l’interdit ou encore entre le sacré et le profane. Et il faut aussi se redire qu’en amont de cette distinction, autrefois légitimée par les lois et les coutumes, mais aussi sans cesse menacée par la possibilité de transgressions volontaires ou involontaires, c’est toute une compréhension de l’être humain qui se vivait ainsi, une anthropologie exprimant des convictions, des certitudes et des croyances.

Si aujourd’hui les choses ont évidemment bien changé, si les fronts du licite et de l’illicite se sont sensiblement déplacés dans la société, au sein de la famille et dans le quotidien de nos vies, il faut cependant garder à l’esprit que nous ne pouvons pas vivre sans donner du sens à nos gestes, à nos façons d’être ensemble, à nos attitudes sociales, et par conséquent sans leur donner en même temps des limites, dans le temps et dans l’espace, des contraintes, des règles. Des tabous demeurent donc, heureusement, dans notre société, quelques-uns considérés comme étant fondamentaux et garants de l’ordre social ou familial, d’autres se recomposant ou renaissant sous d’autres formes, là où ne les croyait plus opérant [1] : les questions éthiques récentes, liées à la sexualité, au statut de l’embryon ou à la fin de vie, par exemple, comme les interrogations d’ordre bioéthique, nous rappellent la permanence de ces distinctions nécessaires à opérer pour comprendre, de ce travail commun de discernement pour que le vivre ensemble soit possible, de cette construction jamais achevée d’une anthropologie qui essaie sans cesse de se définir pour que demain soit plus juste et habitable pour tous dans la société.

Toujours est-il qu’au plan du seul rapport aux aliments, par exemple, – et le texte de l’Evangile aborde le sujet sous cet angle- la religion, bien souvent, en islam, en hindouisme, en judaïsme et dans certaines société animistes, maintient encore à jour et valide des listes plus ou moins longues de choses pures et impures, licites et illicites, permises et interdites à la consommation, de même que des règles souvent très strictes relatives à leur manipulation. Comme si en se préservant ainsi de choses dites mauvaises, l’homme s’octroyait la capacité de se préserver lui-même du mal, en quelque sorte, et contribuait à son propre salut comme à sa bonne santé : c’est ainsi qu’apparaît et se développe une forme d’anthropologie, c’est-à-dire une façon de comprendre ce qu’est fondamentalement l’être humain dans son rapport aux choses, à la création, au monde, à la vie, à la mort et au salut.

Aujourd’hui encore, l’établissement, le maintien et l’observance des règles relatives au pur et à l’impur organisent pour beaucoup la vie quotidienne, sociale, familiale et individuelle autour de gestes obligés, de coutumes et de traditions contraignantes qui « oeuvrent » au sens religieux du terme « œuvrer », dans la perspective du bien et du salut des hommes, et leur permettent d’y voir plus clair par eux-mêmes, c’est-à-dire de savoir, par le biais de la conformation à cette distinction admise par tous du pur et de l’impur, qui va se trouver légitimé par sa pratique et situé du côté du salut et de la santé, et qui risque de se trouver en quelque sorte contaminé, et placé du côté du malheur et de la maladie. Cette opération culturelle de distinction symbolique aide par conséquent chacun à se positionner au quotidien, et à avancer selon des lois admises et reçues, au sein d’une même société (l’autorité des prêtres et l’autorité des politiques qui y souscrivent validant cette compréhension de l’homme et de la société). La tradition des hommes forge ainsi, par la transmission d’un tel discours et l’encouragement à de telles pratiques, une sorte de canevas, un mode d’emploi, une coutume, un éthos, une manière d’être et de se comporter pour vivre « sainement », dont le critère de vérité sera l’observance, autrement dit la fidélité et la soumission, toutes choses vérifiées et validées par les « religieux » garants de la tradition. Celui qui transgresse, avant d’être définitivement rejeté le cas échéant, pourra cependant, s’il le désire, réintégrer l’ensemble social et religieux par l’accomplissement d’un certain nombre de gestes de réparation et d’expiation, par la participation à des rituels d’amendement et de repentance. Mais s’il persiste dans la transgression, il sera exclu, châtié ou banni. L’idée forte qui traverse et porte cette compréhension de l’être humain, et l’affirmation anthropologique qui sous-tend ces pratiques peuvent se résumer dans la conviction que le mal qui menace l’intégrité de l’homme et de la société, vient de l’extérieur et qu’il faut par conséquent sen préserver. D’où la nécessité de cette mise en œuvre de toute une série de gestes et de rites, d’où l’appel réitéré à l’observance d’interdits, interdits dont on ne connaît d’ailleurs plus toujours la raison ni l’origine exactes [2]. D’où enfin l’impératif de se laver les mains non pas seulement pour des raisons d’hygiène mais de pureté rituelle [3] : la fidélité à l’égard de ces prescriptions religieuses constitue réellement l’une des armes dans l’accomplissement du salut, et témoigne du fait que par sa propre fidélité, par ses œuvres, l’homme peut contribuer à cet accomplissement. Il lui suffit pour cela de mettre la loi en pratique. L’anthropologie présente ici -dans le texte de l’Evangile comme dans bien des sociétés contemporaines- consiste à « postuler que les problèmes de l’homme sont causés par des événements extérieurs : c’est toujours en effet du dehors que vient le mal, c’est toujours l’autre qui agresse, qui peut être impur, raciste ou moralement dépravé. Et l’impératif est de retrouver la communion avec les gens qui partagent les mêmes convictions (à l’intérieur du groupe [4]) » [5].

Or précisément, le Jésus de Marc ne partage pas cette douce illusion : c’est l’intérieur de l’homme, affirme t’il, qui est bien la proie du mal. Paul aurait dit : « Juifs et Grecs sont sous l’empire du péché » (Rm 3,9). Et c’est seulement de l’extérieur de l’homme, c’est-à-dire de la parole d’autorité de Jésus, que peut venir une libération. » Et cette parole d’autorité, Jésus la prononce dans notre récit, au verset 19 : « Jésus purifiait ainsi tous les aliments ! », réservant à Dieu seul et non pas aux hommes ni à leurs lois humaines la capacité de salut. Autrement dit, à ses disciples et à tous ceux qui le suivent, il propose l’abolition de toute distinction opérée par la loi humaine édictant par ses règles propres du pur et de l’impur qu’il pourrait y avoir deux catégories différentes d’hommes : les uns dans la norme, légitimes, fréquentables, sauvés, choisis, faisant partie du même monde, et purs, et puis les autres illégitimes, insupportables, à la limite inhumains et jetables, lapidables, nous dirions aujourd’hui expulsables, en d’autres termes impurs.

La frontière, dans la nouvelle compréhension de l’être humain que présente l’Evangile de Marc, passe désormais ailleurs et autrement : elle passe entre ce qui est intérieur à l’homme et ce qui lui est extérieur, autrement dit entre la loi des hommes qui établit des obligations, des hiérarchies, établit des catégories, mais qui ne peut en aucun offrir de salut, et la parole de Dieu qui déclare tout le monde sur le même pied d’égalité. La bonne nouvelle consiste donc en un message, une parole d’autorité qui nous libère de toute obsession et de toute préoccupation de soi désirant sans cesse nous purifier, nous rendre meilleurs, nous préserver du mal et des autres, et nous justifier devant Dieu, comme si nous pouvions parvenir à cette état de pureté par nous-mêmes à force d’observance, à force de religion. Et cette bonne nouvelle s’expérimente dans le simple fait de l’accueil de cette extraordinaire liberté, une liberté à vivre pleinement sur cette terre, au contact et sans aucune crainte de tout ce que nous offre la création : la liberté de ceux qui, dans leur impureté même et sans illusion aucune sur leur condition, se savent cependant aimés d’avance, et donc pardonnés au plus profond d’eux-mêmes. Avec les premiers disciples, recevons cette bonne nouvelle : nous sommes tous à équidistance de Dieu, impurs en nous-mêmes, certainement, mais appelés au pardon et déjà libérés par sa parole d’amour et de grâce, reconnaissants envers lui chaque jour qui passe,

 ! אָמֵ


[1] L’interdit se traduira le plus souvent, dans nos sociétés, en terme sécularisé de délit ou de crime (cf. la pédophilie, l’inceste…)

[2] La liste des aliments ou des animaux interdits, notamment celle du livre du Lévitique au chapitre 11, ne donne pas dans le détail de justifications satisfaisantes à ses assertions : l’exemple de l’impureté de l’autruche, du lièvre qui rumine ( !), ou encore celui du porc, animal pourtant consommé un peu partout et depuis très longtemps dans le bassin méditerranéen, illustre assez bien la réalité d’un interdit dont les vraies origines restent indécises, les explications d’ordre sanitaire ou médical n’étant pas toujours probantes.

[3] Le miracle de Cana, raconté dans l’évangile de Jean, illustre à sa façon une autre transgression volontaire et assumée de Jésus qui transforme de l’eau en vin : il s’agit, en effet, non pas de n’importe quelle eau, mais ici de l’eau destinée justement au rituel de purification.

[4] Ou de la communauté, de la secte, de la race, du peuple…

[5] Elian Cuvillier in « L’Evangile de Marc », Labor et Fides-Bayard, Paris, 2002, p143.