2 Timothée 1, 1-18 – « car ce n’est pas un esprit de timidité que Dieu nous a donné mais un esprit de force d’amour et de sagesse »

Dimanche 7 octobre 2012 – Culte de confirmation des catéchumènes – par François Clavairoly

 

Paul, apôtre du Christ-Jésus, par la volonté de Dieu, selon la promesse de la vie qui est en Christ-Jésus ; à Timothée, mon enfant bien-aimé : Grâce, miséricorde et paix de la part de Dieu le Père et du Christ-Jésus notre Seigneur !

Je rends grâces à Dieu, que je sers à la suite de mes ancêtres avec une conscience pure, et je ne cesse de faire mention de toi dans mes prières, nuit et jour ; car je me souviens de tes larmes et j’ai le vif désir de te revoir, afin d’être rempli de joie ; je garde aussi le souvenir de la foi sans hypocrisie qui est en toi, et qui habita d’abord dans ton aïeule Loïs et dans ta mère Eunice, comme j’en suis persuadé, (elle habite) aussi en toi. C’est pourquoi, je t’exhorte à ranimer la flamme du don de Dieu que tu as reçu par l’imposition de mes mains. Car ce n’est pas un esprit de timidité que Dieu nous a donné, mais (un esprit) de force, d’amour et de sagesse. N’aie donc pas honte du témoignage à rendre à notre Seigneur, ni de moi, prisonnier pour lui. Mais souffre avec moi pour l’Évangile, par la puissance de Dieu. C’est lui qui nous a sauvés et nous a adressé un saint appel, non à cause de nos œuvres, mais à cause de son propre dessein et de la grâce qui nous a été donnée en Christ-Jésus avant les temps éternels. Cette grâce a été manifestée maintenant par l’apparition de notre Sauveur Christ-Jésus, qui a réduit à l’impuissance la mort et mis en lumière la vie et l’incorruptibilité par l’Évangile. C’est pour cet Évangile que j’ai été établi prédicateur, apôtre et docteur. Et pour cette cause, j’endure ces souffrances, mais je n’en ai pas honte, car je sais en qui j’ai cru, et je suis persuadé qu’il a la puissance de garder mon dépôt jusqu’à ce Jour-là. Retiens dans la foi et dans l’amour qui est en Christ-Jésus, le modèle des saines paroles que tu as reçues de moi. Garde le bon dépôt par le Saint-Esprit qui habite en nous. Tu sais que tous ceux qui sont en Asie m’ont abandonné, entre autres Phygèle et Hermogène. Que le Seigneur répande sa miséricorde sur la famille d’Onésiphore, car il m’a souvent consolé et il n’a pas eu honte de mes chaînes ; au contraire, lorsqu’il est venu à Rome, il m’a cherché avec beaucoup d’empressement et il m’a trouvé. Que le Seigneur lui donne d’obtenir miséricorde auprès du Seigneur en ce Jour-là. Tu sais mieux que personne combien de services il m’a rendus à Éphèse.

Chers catéchumènes,

Il vous a été transmis, transmettez à votre tour !

Vous avez reçu depuis des années déjà toute une série d’enseignements, et de grande qualité ! – à l’école biblique et au catéchisme, au culte, à la maison, dans vos familles, par vos parents et grands-parents, par vos parrains et marraines- par toute une chaine de témoins qui vous ont précédés et qui ont porté devant vous, chacun à leur manière, la parole de l’évangile. Ces enseignements, quels sont-ils, s’il nous fallait les résumer ?

1. Vous n’êtes pas seuls : une communauté vous attend. Une Eglise vous précède et vous accueille aujourd’hui. Vous n’êtes pas seuls, vous êtes attendus.

2. Vous n’êtes pas sans connaissance, sans repères, sans informations : une bible vous attend, contenant mille récits où se cache et se révèle dans des histoires parfois compliquées, parfois lumineuses, le message d’un pardon et d’une joie extraordinaire : le pardon de Dieu, la joie qui nous illumine quand nous le comprenons et quand nous le recevons, et le sourire bienveillant de celui qui garde nos vies. Les textes bibliques sont alors pour vous des référents essentiels qui illustrent ce message et en portent la force et la beauté. Sola scriptura, l’une des devises latines de la Réforme, rappelle combien en matière de foi l’Ecriture est décisive : l’Ecriture seule, et l’Ecriture en son entier, pleinement, pour toutes choses qui concernent la foi.

3. Vous n’êtes pas sans nourriture spirituelle : non seulement la bible mais encore la prédication, la cène, le culte, la vie de l’Eglise, tout cela vous est renouvelé dimanche après dimanche comme la manne au désert (Exode 16) et votre place en cette Eglise reste à jamais marquée : venez donc vous ravitailler en prédication et en liturgie, venez prier avec d’autres, venez chanter les louanges de Dieu, en toute liberté, ici ou ailleurs, demain et après-demain, tout au long de votre existence !

Et puis, chers catéchumènes -mais c’est aussi à chacune et à chacune de vous, frères et sœurs de notre Eglise, que s’adresse cette exhortation : mettez en œuvre ce à quoi vous êtes conviés « car ce n’est pas un esprit de timidité que Dieu nous a donné mais un esprit de force d’amour et de sagesse ».

Le terme de timidité (de peur ou de crainte) qui est utilisé par l’apôtre Paul laisse place, dans sa lettre à Timothée, aux beaux mots de force, d’amour et de sagesse : la force en grec, se dit dynameis et il évoque donc une réelle dynamique dans la parole que nous prononçons et dans les engagement que nous prenons ; le terme d’amour se traduit par agapè, en grec, et au contraire de l’éros qui séduit, désire et possède ou de la philia qui désigne l’amitié qui aime le frère, le proche ou le même, l’agapè veut être amour sans frontière, amour de l’autre différent, et même de l’autre « ennemi », s’il le fallait. La sagesse pour sa part, est celle du discernement et de l’intelligence des situations, non pas celle des gourous ou des professeurs de bonheur à la petite semaine.

Cet encouragement de Paul à son jeune disciple ou catéchumène qu’est Timothée, lui qui vient d’une famille chrétienne, puisque sa mère et sa grand-mère, Eunice et Loïs étaient converties, résonne ainsi comme une injonction qui fait de lui, à son tour, un véritable disciple du Christ, non pas paralysé par sa faiblesse ou sa timidité mais confiant et assuré d’être accompagné : je veux formuler aujourd’hui le souhait qu’à votre tour aussi vous entendiez et receviez l’écho -telle est la racine de ce curieux mot de catéch]umène- de ce message de l’évangile et que vous soyez aussi appelés à être disciples du Christ. Certes, vous êtes jeunes, encore, mais ce n’est pas grave du tout, bien au contraire ! Vous pouvez en effet grandir, en force, en amour et en sagesse, et témoigner de tous les biens que vous avez reçus, et vous pouvez garder, comme dit l’apôtre, le bon dépôt (de la foi). Vous pouvez faire tout cela et persévérer dans cette voie.

Reprenons maintenant les trois points que je viens de citer :

1. Vous n’êtes pas seuls.

Désormais, ne restez pas seuls. Entrez en compagnie de quelques autres ou de beaucoup d’autres, pour partager votre engagement, vos questions et vos recherches personnelles. Acceptez et goûtez la compagnie des autres pour vivre ces engagements et ces questionnements qui sont les vôtres, simples et authentiques. Qu’il s’agisse, dans les mois qui viennent, d’un groupe de jeunes, qu’il s’agisse, un jour prochain, quand vous serez adultes, d’une action de solidarité ou d’un temps de service dans l’Eglise ou ailleurs : donnez du temps, donnez de l’argent, donnez ce qui vous coûte, osez agir, agir pour d’autres et pas seulement à votre profit.

2. Vous n’êtes pas sans connaissance ni information : restez informés !

Lisez ! Lisez ce que vous voulez, la bible, si vous êtes courageux, mais aussi le journal : Causette, pour les filles et les garçons, Charlie Hebdo pour les uns et les autres, le Figaro, aussi, mais pas trop, le Monde et Libération, mais pas trop, lisez les chroniques économiques et politiques, mais aussi les chroniques religieuses, et les informations d’ordre éthique ou spirituel, et commencez sans tarder à forger votre jugement. Personne ne doit le faire à votre place. Pour pouvoir, le moment venu, ne pas vous laisser ballotter par les courants et les doctrines, vous aurez à apprendre à penser par vous-mêmes, et par conséquent pour exercer votre discernement, à argumenter : croire c’est penser, disait Paul Ricoeur, le philosophe protestant.

3. Vous n’êtes pas sans nourriture : le pain, le vin, la grâce, tout cela vous est offert.

Tout cela vous a été transmis, comme à Timothée, jadis, par sa mère et sa grand-mère. Ah, l’importance des grands-mères !

Chers catéchumènes, vous aurez compris, si vous m’avez suivi jusqu’ici, que cette responsabilité ou cette vocation de transmettre est essentielle, et que c’est le cœur de mon message. Cette transmission a permis que vous soyez avec nous aujourd’hui, exactement comme elle a permis que nous-mêmes soyons avec vous, pour faire en sorte que ce jour soit un jour exceptionnel, un jour qui compte et qui marque une étape décisive dans votre recherche et votre parcours de vie. Un jour que vous considèrerez dès demain comme ayant été un jalon indispensable, comme le premier jour où vous aurez dit « oui » et « amen » à l’évangile de Jésus-Christ qui vous conduit, qui vous met debout en vous-mêmes et qui vous éveille à la vie.

Cette transmission, vous en avez donc été les bénéficiaires, grâce à vos grands-parents et tous les membres de vos familles. Maintenant, vous me voyez venir, il s’agit pour vous d’avancer en âge, en stature, en grâce et en sagesse, et par conséquent de faire fructifier tout cela. Il s’agit pour vous, comme dans la parabole des talents (Mt 25, 14-30) que vous connaissez bien, de faire les bons placements dans votre vie. Les bons placements spirituels… Il s’agit de garder le bon dépôt et de prendre conscience de son immense richesse.

Toute votre vie, devant vous, pour découvrir et redécouvrir ce trésor ! Toute votre vie pour vous émerveiller de la grâce de Dieu et du pardon qu’il vous offre !

Et vous, Eglise du Saint-Esprit, accueillez maintenant ces catéchumènes comme vos frères et sœurs en Christ. Ils constituent l’Eglise d’aujourd’hui avec vous, et celle de demain. Ils acceptent de prendre leur responsabilité, de répondre présent lorsque Christ les nomme et les appelle. Ils peuvent désormais recevoir, avec vous, la plus belle bénédiction qui soit, celle qui bénit tout Israël et toute l’Eglise en un seul peuple choisi : « Que le Seigneur vous bénisse et vous garde, qu’il tourne sa face vers vous et vous accorde sa grâce. Qu’il lève sa face vers vous et vous donne la paix, Amen [1] ».

[1] Nb 6, 24-25.