1 Corinthiens 12, 3-13 – « Nous avons été baptisés pour former un seul corps par le même esprit… Et personne ne peut dire : ‘Jésus est le Seigneur !’ s’il n’est pas guidé par le Saint-Esprit. »

Dimanche de Pentecôte 8 juin 2014 – par le pasteur Jean-Arnold de Clermont

 

3C’est pourquoi je vous le déclare : nul, s’il parle par l’Esprit de Dieu, ne dit : Jésus est anathème ! et nul ne peut dire : Jésus est le Seigneur ! si ce n’est par le Saint-Esprit. 4Il y a diversité de dons, mais le même Esprit ; 5diversité de services, mais le même Seigneur ; 6diversité d’opérations, mais le même Dieu qui opère tout en tous. 7Or, à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité (commune) . 8En effet, à l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; 9à un autre, la foi, par le même Esprit ; à un autre, des dons de guérisons, par le même Esprit ; 10à un autre, (le don) d’opérer des miracles ; à un autre, la prophétie ; à un autre, le discernement des esprits ; à un autre, diverses sortes de langues ; à un autre, l’interprétation des langues. 11Un seul et même Esprit opère toutes ces choses, les distribuant à chacun en particulier comme il veut. 12En effet, comme le corps est un, tout en ayant plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne sont qu’un seul corps, – ainsi en est-il du Christ. 13Car c’est dans un seul Esprit que nous tous, pour former un seul corps, avons tous été baptisés, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit.

Si j’étais plus jeune je me lancerais dans un combat pour que le dimanche de pentecôte soit déclaré dimanche de l’unité des Eglises, que seul ce dimanche soit ouvert à la célébration des baptêmes et que le texte de l’épitre de Paul aux Corinthiens que nous venons de lire soit systématiquement utilisé ou misen exergue de la liturgie…combat perdu d’avance, parce que l’unité des Eglises reste limitée à une semaine de janvier, et chaque famille veut choisir librement la date du baptême de son enfant…. Alors profitons-en aujourd’hui car toutes les conditions sont réunies, de date, de baptêmes et de texte.

Oui, le baptême est le sacrement de l’unité des chrétiens et donc des Eglises. Si les Evangiles en parlent peu – sinon pour parler du baptême de Jésus par Jean Baptiste et de l’ordre donné par Jésus à ses disciples, après sa résurrection, d’aller et de baptiser au nom du Père, du fils et du Saint-Esprit – c’est l’apôtre Paul qui a précisé le sens du baptême et le texte des Corinthiens que nous venons de lire en est la meilleure expression. Le baptême est destiné à nous faire membres d’un seul corps et c’est à propos de ce corps que l’apôtre nous dit : ‘le Christ est semblable à un corps qui se compose de plusieurs parties. Toutes ses parties bien que nombreuses forment un seul corps’. On ne peut être plus clair. Il n’y a pas d’un côté les juifs, et de l’autre les non-juifs ; il n’y a pas le corps des catholiques, et le corps des anglicans, et le corps des orthodoxes, et le corps des protestants, et parmi ceux-ci celui des évangéliques, des pentecôtistes, des réformés, des luthériens, des baptistes, des mennonites….Il y a le corps du Christ dont notre baptême nous fait membre ; il y a un seul corps et nos baptêmes quelques soient leurs formes ne sont ni catholiques, ni anglicans, ni…. Ils sont baptêmes au nom du Père, du fils et du Saint-Esprit. Je dis quelques soient leurs formes car nous avons apporté une extraordinaire diversité…. J’ai connu des protestants qui plongeaient le baptisé en avant dans la rivière, d’autres en arrière ; j’ai vu récemment un collègue de notre Eglise verser trois fois de l’eau sur la tête de l’enfant au nom du Père , puis au nom du fils, puis au nom du Saint-Esprit. Notre sœur l’Eglise catholique ajoute au rite de l’eau le très beau rite de la lumière puisé lui-aussi dans l’enseignement de Paul et des Evangiles qui fait du chrétien un reflet de la lumière du Christ…Qu’importe ! Ce qui compte c’est que nous comprenions bien que le baptême nous unit au Christ en un seul corps qui est le sien.

Comment cela ? Ce n’est pas un geste magique… à la limite on pourrait même se passer de l’eau comme en période de grande disette on pourrait se passer de pain et de vin pour célébrer la Sainte-Cène ; car ce qui compte, ce qui a du sens et fait l’efficacité du sacrement c’est la parole du Christ qui est dite et reçue dans la foi ; l’eau comme le pain et le vin renvoient à la parolepar laquelle le Christ s’engage. Ici à l’ordre d’ « allez et baptisez » de l’Evangile répond le commentaire ou plutôt la méditation inspirée de l’apôtre : « nous avons été baptisés pour former un seul corps par le même Esprit Saint ! ». C’est le Christ qui, par sa parole méditée et reçue, fait que l’eau de notre baptême qui n’est qu’un signe devient un lien plus fort que la mort… dans les liturgies de notre Eglise nous disons du baptisé et de sa relation à l’Eglise… : ‘ s’il venait à s’en séparer sa place y resterait toujours marquée !’. Il vaudrait mieux dire : ‘Dans ce corps qui est le Christ et auquel ton baptême t’agrège, ta place restera toujours marquée.’ Ainsi aucune tentation récupératrice, dans une Eglise particulière, ne pouvait se faire entendre. Car nous voici par notre baptême ouverts à une autre dimension que celle de nos familles confessionnelles, la vie de l’Esprit Saint. Il faut bien en parler au moins aujourd’hui : c’est Pentecôte !

J’ai une certaine sympathie pour l’apôtre Paul. Cela tient, je crois, à l’optimisme qui est le sien et que je trouve résolument stimulant. Nous en avons ici un bel exemple, car affirmer que « personne ne peut dire ‘Jésus est le Seigneur’, si ce n’est par l’Esprit Saint » me semble relever à première vue soit de la naïveté soit d’un optimisme béat. Peut-on vraiment attribuer à l’Esprit de Dieu nos balbutiantes confessions de foi ? Peut-on vraiment attribuer à l’Esprit de Dieu ces affirmations, souvent prononcées sans trop y réfléchir ? Notre foi n’est-elle pas trop souvent chancelante pour que nous osions la rattacher à l’œuvre de l’Esprit ? Certes, nous avons entendu parler de grands « spirituels », ou peut-être en connaissons-nous. Ceux-là, sans aucun doute, sont porteurs de l’Esprit de Dieu et en font bénéficier leur entourage et toute l’Eglise. Ils savent dire un message qui aide à vivre, ils savent apporter la paix à ceux que la vie malmène, ils savent orienter les esprits de ceux qui les entourent vers la volonté de Dieu. On en a fait des « saints », ou maintenant des « prix Nobel de la paix ». Mais nous n’arrivons pas à leur cheville !

« Personne ne peut dire ’Jésus est le Seigneur’ si ce n’est par l’Esprit Saint ! » c’est ici le message de l’apôtre pour nous en ce dimanche de Pentecôte. Et c’est d’abord un message de grâce ! La conviction de l’apôtre me semble bien être que l’Esprit n’est pas chose extraordinaire ! Il est notre bien commun ; il est ce qui accompagne la Parole de Dieu qui œuvre en nous et nous engage dans les multiples dimensions de la vie chrétienne. Un geste d’amitié, une parole de réconfort, une lueur d’espoir, un moment de paix intérieure, sont autant de manifestations de cet Esprit. Sans lui la parole reste lettre morte, elle ne produit rien en nous, sinon à considérer l’Ecriture sainte comme un roman policier ou un livre d’aventures. Mais dès lors qu’elle nous parle, nous fait réfléchir, oriente notre propre parole et notre attitude, l’Esprit est là.
Qui de vous pourrait se croire à l’abri de l’Esprit, comme Jonas fuyant pour ne plus entendre la Parole de Dieu alors même qu’elle l’habite et l’accompagne en tout lieu ? Qui de vous ne saurait entendre ce bruissement qui l’empêche de se croire seul devant l’existence et lui parle de Dieu comme Seigneur ?
Certes, le récit de Pentecôte nous fait rêver parfois d’un grand vent de tempête qui nous emporterait vers des cimes élevées et nous ferait contempler le monde du haut d’une foi indestructible. Cela existe sans doute ! Mais la vie de foi dont parle l’apôtre est la vôtre et la mienne, où se mêlent le doute et la foi, les hauts et les bas, les certitudes et les interrogations, qu’accompagne l’Esprit comme une nécessaire béquille. La grâce qui fait vivre au quotidien. Ainsi je reçois ce texte de l’apôtre comme un message de grâce mais tout autant comme un message d’humilité collective autant que personnelle.
Humilité personnelle, comme une foi qui ne vit pas dans le rêve, mais se réjouit de sa chaotique réalité. Et se réjouit tout autant de la voir surgir même furtivement dans la bouche d’un enfant qui ose dire ce qu’il croit, avec ses mots, avec son expérience d’enfant. Et qui m’appelle à manifester la mienne avec mes mots et mon expérience.
Humilité collective, à laquelle nous invite l’apôtre lorsqu’il développe cette image du corps pour parler de l’Eglise, avec ses sages et ses ignorants, ses doués de guérisons ou de miracles et ceux qui peuvent seulement s’en émerveiller, ses apôtres, ses docteurs et ses simples fidèles.
Humilité collective qui nous apprend à attendre beaucoup les uns des autres, mais en même temps à ne pas garder pour nous les dons qui nous sont offerts.
Une Eglise, des fidèles qui entendent ce message de l’apôtre, et se disposent à partager.
Humilité aussi quand je sais ce que nous faisons de ce constat que d’autres ont quelque chose à nous dire de la part de Dieu … Qu’en faisons-nous, en fait ? Savons-nous traverser les quelques mètres qui nous séparent de l’Eglise sœur d’à côté, catholique, baptiste ou pentecôtiste, pour entendre ce qu’elle reçoit de l’Esprit de Dieu et partager avec elle ce que nous en recevons ?
Je ne dis pas cela en pensant que puisque nous sommes chrétiens tout sera bon et gentil… Je sais nos tensions, nos divisions, parfois nos incompatibilités. Mais je dis cela parce qu’il s’agit, comme dit l’apôtre d’un « même Esprit ». Notre unité dans la diversité est en lui, et c’est de lui que nous avons à rendre compte. C’est cet Esprit que nous ne devons pas trahir !

C’est pourquoi je vous demande d’entendre ce message de l’apôtre comme un appel à la disponibilité. Ce que ces quelques lignes de Paul laissent entendre, c’est à la fois la diversité des visages de la foi chrétienne dès lors qu’elle se traduit en actes, et la multiplicité des stimulations, des effets de l’Esprit de Dieu. Chacun de nous est destiné à en être l’instrument. Car l’œuvre de Dieu ce n’est pas seulement une Parole venue d’en haut, c’est un peuple conduit et accompagné dans sa pérégrination pour être témoin du Règne à venir. Chacun doit et peut y trouver sa place. C’est le sens de l’image du corps ! Mais elle signifie que chacun doit en recevoir l’appel. C’est ce que nous font entendre les baptêmes de ce jour. Un appel tout simple par le prénom qui nous a été donné le jour de note baptême.
Cet appel, j’en suis convaincu, cet appel de l’Esprit, n’est pas une voix secrète révélée aux seuls chrétiens supérieurs. Il est la voix douce et paisible de Dieu, ferme et pressante, qui nous dit et redit son amour sans limite, et nous en fait les témoins.
Dieu a besoin de chacun de nous. C’est cela le premier message de Pentecôte. Sa mission, la mission de Dieu portée par Jésus Christ, qui est de révéler à chacun qu’il a une place dans le cœur de Dieu, ne peut s’accomplir qu’à travers des témoins, chacun de nous témoin de son amour. Et pour cela son Esprit nous est donné. Et cette grande famille qu’il constitue par son Esprit, son Eglise, si diverse mais qu’il appelle à l’unité de l’Esprit. Chacun de vous, faible ou fort, pauvre ou riche, y a sa place, car sur chacun souffle l’Esprit de Dieu pour le bénéfice de tous. Et pour que chacun et ensemble nous soyons un écho de sa parole, un reflet de sa lumière.

Amen